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Afrique subsaharienne : une trajectoire peu modifiée

Afrique subsaharienne : une trajectoire peu modifiée
  • Publiéjanvier 12, 2024

Tout en s’inquiétant d’une « décennie perdue » pour les pays en développement, la Banque mondiale ajuste ses prévisions de croissance pour l’Afrique subsaharienne, constatant d’importantes divergences de certains pays.

 

Les économistes de la Banque mondiale constatent que la croissance du continent (hors Afrique du Nord, donc) s’est ralentie pour atteindre 2,9 % en 2023, soit 0,3 point de moins que ce qui était prévu voici six mois. Dans les trois plus grandes économies de la région – le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola –, la hausse de la production a fléchi, à 1,8 %, ce qui a freiné la croissance globale de la région.

En moyenne, le revenu par habitant en Afrique subsaharienne devrait tout juste augmenter de 1,2 % cette année et de 1,5 % en 2025. Près d’un tiers des habitants de l’Afrique n’aura pas retrouvé le niveau de vie de l’avant pandémie.

Dans les autres pays, la croissance a reculé à 3,9 %, reflétant en partie une forte baisse de la performance des exportateurs de métaux et une diminution des prix des métaux au niveau mondial. En outre, des conflits intenses et prolongés ont entravé la croissance dans plusieurs économies. « Plus généralement, les reprises après la pandémie ont été freinées par l’affaiblissement de la demande extérieure et le resserrement des politiques nationales visant à lutter contre l’inflation persistante », résument les économistes.

Au Nigeria, la croissance a marqué le pas pour atteindre un taux estimé à 2,9 % en 2023. Le recul de la bonne tenue des services est en partie dû à une politique de démonétisation « déroutante » (sic), qui a consisté à remplacer les anciennes grosses coupures en naira par des billets redessinés à partir de décembre 2022, avant de faire marche arrière en novembre 2023. En revanche, la production annuelle de pétrole a augmenté après les baisses précédentes.

L’Afrique du Sud a connu un nouveau déclin de sa croissance – estimée à 0,7 % en 2023. La croissance en Angola s’est affaiblie pour s’établir à un taux estimé à 0,5 %.

Une bonne nouvelle toutefois : l’inflation des prix à la consommation s’est modérée en 2023 mais elle est restée importante. « Le coût de la vie demeure élevé, ce qui a aggravé les difficultés économiques des pauvres et augmenté l’insécurité alimentaire dans toute la région. »

Il en résulte des perspectives contrastées. Certes, la croissance de l’Afrique subsaharienne devrait s’accélérer pour atteindre 3,8 % en 2024 et se raffermir encore à 4,1 % en 2025, à mesure que les pressions inflationnistes s’estomperont et que les conditions financières s’assoupliront. Des projections régionales pour 2024 et 2025 finalement guère modifiées en six mois, mais qui masquent des divergences selon les pays.

Alors que la croissance des premières économies de l’Afrique subsaharienne devrait être inférieure à celle du reste de la région, les pays moins pourvus en ressources devraient maintenir un taux de croissance supérieur à la moyenne régionale. Si l’on exclut les trois plus grandes économies, la croissance dans la région devrait s’accélérer, passant de 3,9 % en 2023 à 5 % en 2024, puis se renforcer encore pour atteindre 5,3 % en 2025.

Quelques prévisions de croissance, en % de la Banque mondiale :

Pays

2023 

2024 

2025

Bénin 

5,8 

6,0 

6,0

Burkina Faso 

4,3 

4,8 

5,1

Centrafrique 

1,3 

1,6 

3,1

Cameroun 

4,0 

4,2 

4,5

Tchad 

3,0 

2,8 

2,7

RD Congo 

6,8 

6,5 

6,2

Congo 

3,2 

4,1 

3,0

Côte d’Ivoire 

6,3 

6,5 

6,5

Gabon 

2,7 

3,0 

2,8

Guinée 

5,1 

5,8

6,2

Madagascar 

4,0 

4,8 

4,7

Mali 

4,0 

4,0 

5,0

Mauritanie 

48 

5,1 

5,5

Niger 

2,3 

12,8 

7,4

Sénégal 

4,1 

8,8 

9,3

Togo 

5,2 

5,2 

5,8

 

Pas d’inquiétudes majeures, a priori, les exportateurs de métaux se relèveront du recul de leur croissance en 2023, les révisions à la baisse concernent toujours essentiellement ces pays, « la faible progression persistante de la demande de la Chine représentant sans doute un frein à l’activité ».

En moyenne, le revenu par habitant en Afrique subsaharienne devrait tout juste augmenter de 1,2 % cette année et de 1,5 % en 2025. Ce qui fait que près d’un tiers des habitants de l’Afrique n’aura pas retrouvé le niveau de vie de l’avant pandémie.

Bien entendu, ces projections sont assorties d’un avertissement : la balance des risques penche négativement sur les perspectives régionales. Et la BM de redouter une aggravation de l’instabilité politique et de la violence, comme l’intensification du conflit au Moyen-Orient, de perturbations du commerce et de la production mondiale ou locale, d’une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques défavorables – préjudiciables notamment pour les mines et l’agriculture. Sans compter que le continent ne peut être à l’abri d’un ralentissement économique mondial plus marqué que prévu et d’un risque plus élevé de défaillance des gouvernements.

Par exemple, une escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait exacerber l’insécurité alimentaire en Afrique subsaharienne. En effet, non seulement une hausse durable des prix du pétrole induite par le conflit augmenterait les prix des denrées alimentaires en renchérissant les coûts de production et de transport, mais elle pourrait aussi perturber les chaînes d’approvisionnement. Tout risque d’une résurgence de l’inflation n’est donc pas écarté.

Enfin, la forte augmentation des coûts du service de la dette publique dans de nombreuses économies de la région depuis la pandémie a renforcé la nécessité d’en réduire le niveau, en particulier dans les pays lourdement endettés, conclut la Banque mondiale.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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