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African Business

Un indice des capacités productives

Un nouvel indicateur, établi par un organisme onusien, synthétise l’avancement des pays dans leur transformation socio-économique. Il souligne le manque d’industrialisation de certains pays africains, ou leur retard en matière de nouvelles technologies, ainsi que leurs efforts.

Par Aude Darc

Un nouvel outil pour se situer. La Cnuced (Conférence des Nations unies et le développement) propose un « Indice des capacités productives ». L’ICP est établi par 46 indicateurs, regroupés en huit composants. Chacune des performances des pays est notée de 1 à 100 ; l’indice agrégé permet donc une comparaison.

L’indicateur confirme l’intuition des économistes selon lesquels la dépendance des pays africains aux exportations de produit de base nuit à leur croissance économique et entrave leur capacité de résilience aux chocs extérieurs.

Il vient compléter l’approche purement économique du PIB et celle, plus composite, de l’IDH (Indice de développement humain). Selon la Cnuced, l’indicateur vise essentiellement à voir où les 193 pays étudiés en sont en matière de transformation sociale et économique.

L’organisme définit les capacités productives comme les ressources productives, les capacités entrepreneuriales et les liens de production qui, ensemble, déterminent la capacité d’un pays à produire des biens et des services qui lui permettent de croître et de se développer. Les huit composants principaux sont le capital humain, le capital naturel, l’énergie, les transports, les TIC (Technologies de l’information et de la communication), les institutions, la place du secteur privé, le changement structurel.

« Cet outil va aider les pays sur la voie de l’émergence à améliorer leurs politiques de développement et à réduire la pauvreté. Il va aussi renforcer leur résilience économique face à des chocs tels que celui de la pandémie actuelle », justifie un communiqué de l’institution.

Indice ICP Cnuced

Les données de l’ICP ont été collectées entre 2000 et 2018 et sont désormais publiées et actualisées en ligne, une carte interactive permettant de lire les données selon les critères voulus. Le portail de l’organisme onusien et les documents qui s’y rapportent se veulent « un guide pratique et un outil de diagnostic destiné à éclairer les choix en matière de politique commerciale et de développement au niveau national », précise Paul Akiwumi, de la Cnuced.

« Alors que les pays luttent contre la crise sanitaire, renforcer les capacités productives de leurs économies pour tendre vers une croissance inclusive et durable est plus nécessaire que jamais », commente le secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi.

L’Île Maurice en tête

Contrairement à ce qui est fait pour l’IDH, la Cnuced ne met pas l’accent sur le classement par pays, préférant la déclinaison et la comparaison dans le temps des composants, pour chacun.

Néanmoins, une hiérarchie n’est pas difficile à établir. Sans surprise, on retrouve en tête de peloton les États-Unis et les pays développés, dont les performances sont supérieures dans tous les critères, sauf pour celui du capital naturel.

Les premiers pays africains sont l’île Maurice, classée 46e au monde, suivie de l’Afrique du Sud (74e) et de la Tunisie (85e). En Afrique de l’Ouest, le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Bénin devancent, en termes de capacités productives, le géant Nigéria. Trois pays africains ferment la marche du classement mondial, la Somalie, la Centrafrique et le Tchad.

« Il n’existe pas de feuille de route universelle pour favoriser le développement des capacités productives et la transformation structurelle d’une économie », précise Paul Akiwumi. Selon qui « les politiques doivent être élaborées au niveau national en prenant en compte les contraintes, les opportunités et les avantages comparatifs propres à chaque pays ».

À noter que les statisticiens ont calculé que la corrélation entre l’indice ICP et le PIB ressort à 0,91. Ce qui veut dire qu’un renforcement des capacités productives, telles que définies par l’indice ICP, a un impact favorable indéniable sur la croissance économique.

De même, l’ICP met en évidence une corrélation inverse entre les capacités de production et la concentration des exportations de marchandises. Voilà qui devrait inciter un peu plus les pays à réduire leur dépendance aux exportations de quelques produits de base, et donc leur dépendance à des chocs qu’ils ne maîtrisent pas.

Par pays, on observe que le Maroc, par exemple, ne se situe qu’au 117e rang mondial de l’ICP, avec une « note » de 29,4/100, contre 33,24/100 pour le voisin tunisien. Si le Royaume est en pointe pour son secteur privé, ses ressources naturelles, dans une moindre mesure pour son capital humain et ses institutions, il est en retard sous le critère des TIC, des transports, du changement structurel et de l’énergie.

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