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African Business

Un ballon d’oxygène pour agir, selon Tidjane Thiam

Envoyé spécial de l’Union africaine, Tidjane Thiam salue le moratoire sur la dette des pays pauvres décidée par le G20. Face à l’endettement de certains pays africains, d’autres décisions seront nécessaires, au cas par cas.

Par ABF

Ancien directeur général du Crédit Suisse, le Franco-ivoirien Tidjane Thiam est l’un des quatre envoyés spéciaux de l’Union africaine chargé de mobiliser la communauté internationale et les Africains au sujet de la crise sanitaire, en compagnie de Ngozi Okonjo-Iweala, Trevor Manuel, et Donald Kaberuka. Interrogé par RFI (Radio-France Internationale), il a réagi au moratoire d’un an de la dette des pays les plus pauvres, dont beaucoup de pays africains, décidé par le G20, le 15 avril 2020.

« Le coronavirus, il faut le battre partout. C’est pour cela aussi qu’on a créé ce groupe panafricain. C’est pour que nous fassions preuve de solidarité entre États africains et que nous résolvions ce problème partout en Afrique et dans tous les pays. » 

Celui qui a plaidé pour qu’« une aide exceptionnelle soit dégagée en faveur de l’Afrique » se déclare « réjoui » de cette décision qui constitue à son sens une réponse à l’urgence et qui constitue « une première étape ». Face à une crise « absolument exceptionnelle », partout dans le monde, des mesures exceptionnelles ont été prises. Ce moratoire « va apporter aux États africains, au moins dans un premier temps, les moyens d’agir rapidement et efficacement, nous l’espérons, contre la pandémie ».

L’idée première du moratoire, qui concerne tant le principal de la dette que les intérêts, est d’offrir « aux gouvernements immédiatement des ressources sur place qu’ils peuvent utiliser pour lutter contre la maladie ».

Cette procédure que Tidjane Thiam qualifie de « très puissante » est la manière la plus rapide de mettre de l’argent immédiatement sur le terrain pour agir au profit des populations, plutôt que d’attendre des décaissements qui, dans le meilleur des cas, mettront plusieurs semaines à arriver dans les différents pays.

Lesquels auraient dû payer environ 44 milliards de dollars cette année. Une grosse partie de ce montant sera reportée, estime l’ancien ministre du Plan de Côte d’Ivoire, qui ne confirme pas, cependant, le chiffre de 12 milliards $ avancé par certains commentateurs.

Quoi qu’il en soit « ce sont des sommes très, très significatives et à la mesure du choc économique que subissent les économies africaines ».

Répondre à l’urgence

Surtout, insiste-t-il, les sommes iront « immédiatement » à des dépenses urgentes qui sont indispensables pour maîtriser la pandémie. Malheureusement, l’appareil hospitalier n’a pas la capacité de traiter un grand nombre de malades, ce qu’il faut faire à tout prix, c’est éviter l’augmentation très forte du nombre de malades. « Donc, il faut tester, dépister, identifier les personnes qui ont été en contact, isoler et traiter. »

Tidjane Thiam reconnaît que la décision du G20 n’est qu’un moratoire et non une annulation de la dette, et comprend les observations des ONG selon lesquelles, en l’état, les pays les plus endettés devront reprendre les remboursements en 2021, sans oublier les intérêts majorés. « Nous étions face à une crise urgente. Tous les jours, des gens meurent. Dans une phase aigüe du coronavirus, deux jours d’attente, c’est un doublement du nombre total de morts. »

Cette décision répond donc au « sentiment d’urgence ». Ce moratoire « nous laisse le temps de prendre des mesures plus permanentes et de traiter, le cas échéant, la question de la dette et d’obtenir des restructurations là où elles sont nécessaires ».

Il faudra d’autres décisions sur la dette

Interrogé par RFI sur le rôle de la Chine, Tidjane Thiam rappelle que ce pays est devenu, avec l’expansion de son activité en Afrique, un créancier important. Il est donc naturel que Chinois et Africains discutent et qu’il y ait eu des démarches vis-à-vis de la Chine.

« Ce que nous souhaitons, c’est qu’elle participe à ce mouvement », explique l’ancien banquier, qui fait observer que le G7, dont fait partie la Chine, a approuvé l’accord du G20. « Je suis confiant, la Chine participera à ce grand mouvement international de solidarité avec l’Afrique. »

Plus généralement, l’ancien banquier reconnaît que l’Afrique n’est pas partie d’une situation très favorable, en matière de dette ; de 108% du PIB (pour les pays concernés), elle pourrait monter rapidement à 150%, face au recul des recettes fiscales.

« Clairement, des pays seront sous pression et il faudra envisager des remises ou des annulations de dettes », au-delà du « ballon d’oxygène » que représente le moratoire décidé le 15 avril. Il s’agira de trouver de bonnes solutions, des solutions adaptées à chaque pays, car la situation dans chaque pays africain est différente.

Enfin, concernant la bonne – ou la mauvaise – utilisation des fonds débloqués, l’ancien banquier rappelle un élément différent des décennies précédentes : la technologie permet de mieux distribuer les fonds aux populations.

Il cite l’exemple du Kenya, qui a souhaité que les paiements puissent être effectués par téléphone mobile et dont le gouvernement a annulé les taxes sur les transferts. « Tout le monde comprend que le coronavirus, il faut le battre partout. C’est pour cela aussi qu’on a créé ce groupe panafricain. C’est pour que nous fassions preuve de solidarité entre États africains et que nous résolvions ce problème partout en Afrique et dans tous les pays. »

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