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African Business

Tunisie : Nouveau coup de semonce de Moody’s

L’agence américaine Moody’s se montre sévère à l’égard de la Tunisie, redoutant que ses problèmes de gouvernance ne se transforment, à moyen terme, en difficultés de paiements. Un point à surveiller : la capacité du nouveau gouvernement à mener les réformes promises.

Par Paule Fax

L’influente agence de notations Moody’s Investors Service a abaissé ses notes à long terme du gouvernement tunisien, à Caa1 de B3. Surtout, elle a maintenu sa perspective « négative », augurant de la possibilité d’une nouvelle dégradation. L’agence a également abaissé les notes de crédits des émissions de la Banque centrale de Tunisie, à B3.

Ce déclassement reflète « l’affaiblissement de la gouvernance et une incertitude accrue » quant à la capacité du gouvernement à mettre en œuvre des mesures qui garantiraient un accès renouvelé au financement. Il lui faudra pourtant répondre « aux besoins de financement élevés au cours des prochaines années ».

Face à ses contraintes budgétaires, le gouvernement tunisien pourrait rechercher d’autres sources de financement telles que des prêts bilatéraux et un prélèvement sur les droits de tirage spéciaux récemment alloués par le FMI pour un montant de 740 millions de dollars.

Or, si un financement important n’est pas assuré, une forte pression de liquidité pourrait conduire à un défaut, juge l’agence. Qui nuance : « ce risque est en partie atténué par l’accumulation passée du volant de réserves de change qui fournit un certain soutien aux futurs paiements du service de la dette extérieure. » En effet, le pays dispose d’un coussin de réserve de change de 7,8 milliards $ à compter de septembre 2021 qui offre un filet de sécurité pour les besoins de financement restants du gouvernement cette année.

D’autre part, il demeure un risque de retards prolongés dans les réformes en cours du pays, sachant que le financement qu’il reçoit dépend précisément de l’avancée des réformes. D’où la perspective « négative », surtout si ce profile le scénario d’une restructuration de la dette du secteur public qui entraînerait des pertes pour les créanciers du secteur privé.

Moody’s ne peut que sanctionner « l’affaiblissement de la gouvernance », en particulier la baisse de la qualité des institutions tunisiennes, laquelle « augmente considérablement » les risques de liquidité qui pourraient conduire à un défaut à terme.

La crise constitutionnelle qui a éclaté le 25 juillet à la suite de la suspension par le président Kaïs Saied de l’ancien gouvernement et du parlement sur la base de pouvoirs d’urgence temporaires est exacerbée par l’absence d’une cour constitutionnelle, habilitée à régler les différends entre les pouvoirs exécutif et législatif. L’incertitude persistante concernant le cadre institutionnel réduit les perspectives de réformes budgétaires et économiques structurelles sur lesquelles repose un accès renouvelé aux sources de financement officielles et commerciales pour répondre aux besoins de financement à venir du gouvernement.

Faire face aux contraintes budgétaires

Toutefois, la formation d’un nouveau gouvernement, dirigé par Najla Bouden Romdhane, « ouvre la voie à de nouvelles négociations avec les prêteurs officiels et bilatéraux ». Reste à savoir si un consensus sera trouvé sur les réformes en cours et sur la question épineuse de la masse salariale dans le secteur public ; les analystes de l’agence américaine n’en sont guère convaincus, à ce stade. Pourtant, écrivent-ils, « de telles réformes sont essentielles pour rééquilibrer les comptes budgétaires de la Tunisie et assurer la viabilité de la dette à l’avenir dans un contexte de croissance modérée ».

Sur le plan financier, les conditions de liquidité extérieure et intérieure se sont considérablement resserrées à la suite de la crise constitutionnelle, entraînant une incertitude quant à la capacité du gouvernement à répondre à ses besoins de financement à venir. L’estimation par Moody’s du déficit budgétaire de 7,7% du PIB en 2021 et de 5,9% en 2022 implique des besoins bruts d’emprunt d’environ 18% du PIB cette année et 16% en 2022.

Face à ses contraintes budgétaires, le gouvernement pourrait rechercher d’autres sources de financement telles que des prêts bilatéraux et un prélèvement sur les droits de tirage spéciaux récemment alloués par le FMI pour un montant de 740 millions de dollars. Sur le plan domestique, une nouvelle augmentation des besoins de refinancement des banques commerciales auprès de la Banque centrale « indique des contraintes d’absorption croissantes ».

Compte tenu d’une croissance économique plus faible que prévu, à 3,5% cette année, suivie de 2,5%/an par la suite, Moody’s s’attend à ce que le ratio dette/PIB augmente à près de 90% du PIB en 2021, contre 84,7% en 2020, et se stabilise en dessous de 95% au cours des prochaines années.

@PF

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