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African Business

Maroc : Comment stimuler le secteur privé

Au Maroc, les obstacles que rencontrent les entreprises privées formelles sont encore nombreux et les résultats ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Une inclusion financière mieux adaptée et une meilleure intégration dans les chaînes de valeurs permettront au secteur privé de devenir le moteur de la croissance marocaine, souligne une étude.

Par Laurent Soucaille 

La poursuite du développement du secteur privé marocain doit favoriser l’inclusion et une hausse de l’emploi, explique une étude menée conjointement par trois organismes : la Banque africaine de développement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, et la Banque européenne d’investissement.

À court terme, l’augmentation de la dette publique limitera la marge de manœuvre budgétaire et l’investissement public. Il est donc primordial, pour les auteurs, que le pays renforce la dynamique du secteur privé. D’autant que l’économie marocaine n’est pas assez diversifiée.

L’étude dresse un tableau de l’économie marocaine, par ses données macroéconomiques, l’étude de ses marchés, ses débouchés, son agriculture, etc. et dresse des pistes de réflexions pour l’avenir. Pays relativement stable politiquement, déficit budgétaire « acceptable », dette publique « maîtrisée », réserves de change « importantes et stables ». Cependant, plusieurs obstacles entravent une croissance plus inclusive et plus durable.

La production agricole reste instable et très dépendante des précipitations, tandis que la croissance n’a pas suffi à répondre aux aspirations des citoyens en matière de bien-être. Si le « Plan Maroc vert » n’a pas eu les résultats espérés, la nouvelle stratégie « Génération Green » couvrant la période 2020-2030 devrait y remédier, veulent croire les analystes.

Afin d’encourager le secteur privé, les autorités pourraient fournir des aides indirectes au moyen de crédits d’impôt : « Ce mécanisme, facile à utiliser, s’est révélé utile dans d’autres pays », relèvent les analystes.

Plus généralement, le modèle envisagé met notamment l’accent sur l’amélioration de l’intégration économique des zones rurales et sur la promotion de l’inclusion des femmes, des jeunes et des personnes peu qualifiées. « Pour en garantir la réussite, le renforcement de l’investissement privé sera certainement crucial, dans la mesure où le secteur public, par l’intermédiaire des grandes entreprises publiques, demeure l’un des principaux moteurs de la croissance. »

Un système bancaire bien développé

Jusque-là, la stratégie de développement du secteur privé au Maroc visait surtout à attirer des investissements étrangers, via les « écosystèmes industriels » qui se concentrent sur un petit nombre d’entreprises. Dans le même temps, les PME marocaines, 90% du tissu industriel, ont eu du mal à investir.

À l’avenir, l’informatisation des procédures et des processus, dans le secteur tant public que privé, notamment sous la forme d’initiatives visant à améliorer l’administration en ligne, peut s’avérer cruciale pour libérer le potentiel de l’investissement privé. À cet égard, la réussite du Plan Maroc numérique semble primordiale.

L’accès aux financements, tant pour les fonds de roulement que pour les investissements, constitue une entrave majeure pour les investisseurs privés, quelle que soit leur taille. Et pourtant, le Maroc possède l’un des systèmes bancaires les plus développés d’Afrique !

Il est donc essentiel d’accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale d’inclusion financière, notamment en renforçant le rôle clé des institutions financières non bancaires, telles que les organismes de microcrédit et les sociétés de crédit-bail.

Enfin, l’investissement privé est à même de se développer au Maroc, s’il met à profit les possibilités offertes par une plus grande participation aux chaînes de valeur mondiales et une intégration plus poussée en Afrique subsaharienne.

Bon nombre des défis relevés par le rapport pourraient être transformés en opportunités pour le secteur privé de participer plus largement à l’activité économique, par exemple en mettant en place des partenariats public-privé et en favorisant davantage l’investissement dans des activités qui soutiennent la transformation verte et numérique de l’économie.

L’argument ne vaut pas que pour le Maroc : les chaînes de valeur mondiales (CVM) représentent entre 60 % et 80 % du commerce international. Les entreprises des économies émergentes qui participent à une CVM bénéficient non seulement de débouchés supplémentaires à l’exportation, mais aussi de l’accès à des technologies étrangères sous licence et de nouvelles formes de pratiques de gestion.

Intégration plus poussée en Afrique subsaharienne

Ces quinze dernières années, le Maroc a mis en oeuvre des stratégies industrielles volontaristes et l’intégration dans les CVM a considérablement augmenté, notamment dans trois secteurs et écosystèmes prometteurs, à savoir la santé, l’automobile et l’aéronautique. Dans l’ensemble, la participation du Maroc aux CVM est conforme à celle des pays à revenu intermédiaire comparables, mais la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations brutes marocaines y est plus élevée.

D’ailleurs, une intégration plus poussée en Afrique subsaharienne devrait accroître la part de la valeur ajoutée locale dans les exportations. Si les exportations totales ont très rapidement augmenté au cours des deux dernières décennies, les principaux marchés de destination demeurent ceux de l’Union européenne. Et si le commerce et l’investissement n’ont cessé de se renforcer entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne ces vingt dernières années, ils restent à des niveaux modestes.

Le programme de réformes, qui a été lancé ces dernières années et a permis d’apporter des améliorations à l’infrastructure financière, devrait se poursuivre. Ces mesures visent à soutenir l’accès au crédit et à d’autres services financiers, mais aussi, en particulier, à combler les lacunes en matière d’accès et d’utilisation pour des segments spécifiques du marché, tels que les femmes, les jeunes et les populations rurales.

Aussi, les experts soulignent-ils quelques recommandations stratégiques en faveur d’une meilleure intégration dans les CVM. Elles comprennent l’accroissement des investissements étrangers, l’élimination des obstacles actuels à une intégration plus poussée en Afrique, l’amélioration de l’accès aux financements et la diversification des instruments financiers, ainsi que la définition de politiques industrielles appropriées. Les nombreux accords commerciaux et l’adhésion à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vont dans le bon sens.

Stimuler la R&D

« Par rapport aux importations en provenance de l’UE ou d’autres pays, c’est sur les produits importés du Maroc que l’Afrique subsaharienne impose les droits de douane les plus élevés », s’étonne l’étude.

Le Maroc a défini plusieurs stratégies sectorielles (énergie, logistique, commerce, TIC, emploi et tourisme) afin de renforcer sa compétitivité. Les objectifs et perspectives de ces stratégies sont d’une manière générale clairement établis. Cependant, la création d’un organisme public intersectoriel et interministériel, sous la supervision directe du chef du gouvernement, pourrait renforcer leur efficacité.

Les experts émettent d’autres recommandations, comme la révision de la stratégie nationale en matière d’innovation, dans l’industrie pharmaceutique, par exemple. Afin d’encourager le secteur privé, les autorités pourraient fournir des aides indirectes au moyen de crédits d’impôt : « Ce mécanisme, facile à utiliser, s’est révélé utile dans d’autres pays. » Enfin, les liens étroits entre les universités et le secteur privé ont une incidence positive sur la recherche et l’innovation. À ce titre, il est essentiel de créer un cadre réglementaire adéquat régissant le statut des chercheurs.

Les experts conseillent également au Maroc de moderniser plus avant le secteur de la logistique ; ainsi que les transports, au travers « de nouveaux puissants acteurs locaux formels ». Les normes et les certifications contribuent à l’élaboration de produits de qualité et permettent ainsi à ces produits d’accéder aux marchés étrangers.

Les objectifs de développement ciblés à l’horizon 2035 décrivent un Maroc prospère, des compétences, inclusif et solidaire ainsi qu’audacieux. « La généralisation de la protection sociale englobant l’assurance maladie universelle, la retraite, l’assurance chômage et les allocations familiales devrait permettre au Royaume de renouer avec une croissance forte, inclusive et résiliente à moyen terme », conclut l’étude.  

@LS

Rapport complet sur : www.eib.org/fr/publications/private-sector-development-in-morocco-covid19

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