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African Business

L’informel n’est pas une fatalité

Une étude exhaustive de la Banque mondiale décortique le phénomène du travail informel, qui entrave le développement. Ses auteurs rappellent que les moyens de le combattre existent, et préconisent une série de mesures.

Par Kimberly Adams

Dans les économies en développement, particulièrement en Afrique subsaharienne, une part élevée de travailleurs et d’entreprises opèrent en dehors des écrans radars des gouvernements.

Cette réalité pourrait freiner la reprise dans ces économies, selon une étude de la Banque mondiale, The Long Shadow of Informality: Challenges and Policies. Le rapport préconise un éventail complet de politiques pour pallier les inconvénients du secteur informel.

Selon cette analyse exhaustive – la première sur ce sujet menée par la BM –, l’informalité grève une reprise économique privilégiant sur le long terme un développement vert, résilient et sans exclus.

Dans les économies émergentes et en développement, le secteur informel représente plus de 70 % de l’emploi total et contribue à près d’un tiers du PIB. « La prédominance de cette économie de l’ombre réduit la capacité des pays à mobiliser les ressources budgétaires nécessaires pour stimuler l’activité économique en période de crise, mener des politiques macroéconomiques efficaces et constituer le capital humain indispensable au développement à long terme. »

Dans les économies marquées par une forte informalité, les gouvernements disposent de moyens plus limités qu’ailleurs pour combattre les récessions profondes et soutenir la relance. Là où le degré d’informalité est supérieur à la moyenne, les recettes publiques ressortent autour de 20 % du PIB, soit cinq à douze points en dessous du niveau atteint dans les autres pays du même groupe.

En Afrique subsaharienne, les politiques se sont concentrées sur la libération du potentiel économique latent du secteur informel en investissant dans le capital humain et en améliorant l’accès aux ressources pour augmenter la productivité du travail.

Les dépenses publiques sont elles aussi nettement inférieures, jusqu’à dix points du PIB. Outre l’État, les banques centrales sont, elles aussi, entravées dans leurs actions.

« Les travailleurs informels sont majoritairement des femmes et des jeunes peu qualifiés. En pleine crise de la Covid-19, ils sont souvent laissés pour compte, sans guère de possibilités de bénéficier d’une protection sociale lorsqu’ils perdent leur travail ou qu’ils subissent de lourdes pertes de revenu », souligne Mari Pangestu, directrice générale de la Banque mondiale.

Qui appelle les décideurs à prendre conscience de « ce domaine peu étudié » et « à agir de nouveau contre l’informalité, un combat indispensable pour installer un développement vert, résilient et inclusif ».

Un poids élevé en Afrique subsaharienne

En pleine crise sanitaire, faute de pouvoir accéder à une protection sociale, de nombreux acteurs du secteur informel n’ont eu ni les moyens de rester chez eux ni la possibilité de respecter les règles de distanciation sociale. Dans les économies émergentes et en développement, les entreprises informelles représentent 72 % des prestataires de services.

Un niveau élevé d’informalité rime également souvent avec de médiocres performances de développement. Les pays ayant un secteur informel important se caractérisent par un revenu par habitant plus faible, une pauvreté plus répandue, de plus fortes inégalités de revenu, des marchés financiers moins développés et des investissements moins nombreux — et sont plus éloignés de la réalisation des Objectifs de développement durable.

L’étendue du secteur informel dans les économies émergentes et en développement varie selon les régions et les pays. C’est en Afrique subsaharienne qu’elle est la plus marquée (en pourcentage du PIB), avec un taux de 36% — contrairement à la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, qui affiche le taux le plus faible, à 22 %.

En Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, l’informalité généralisée résulte en grande partie du faible niveau de capital humain et de l’importance du secteur agricole. Dans d’autres régions comme l’Afrique du Nord, le poids de la réglementation et de la fiscalité et la faiblesse des institutions sont deux facteurs importants de l’informalité.

Pourtant l’informel n’est pas une fatalité. Le phénomène était plutôt en recul, depuis trente ans, jusqu’à la pandémie. En moyenne, l‘informel a baissé de 7 points de pourcentage du PIB entre 1990 et 2018, pour ressortir à 32 % de la richesse produite.

Ce reflux est le fruit des réformes engagées : depuis trois décennies, la plupart des gouvernements ont pris des mesures, soit pour augmenter les avantages liés à la participation à l’économie formelle, soit pour réduire le coût de l’exercice d’une activité formelle. Qu’il s’agisse de réformes fiscales, pour améliorer l’accès aux finances ou pour renforcer la gouvernance.

La nécessité d’une approche globale

Le rapport avance cinq recommandations générales à l’intention des responsables publics des pays émergents et en développement, comme renforcer l’accès à l’éducation, aux marchés et aux financements, améliorer la gouvernance et le climat des affaires, rationaliser les régimes fiscaux.

L’originalité de l’apport tient dans la méthode d’analyse. En effet, à chaque cause son remède, expliquent les observateurs de la Banque mondiale. Selon lesquels, pour traiter le problème de l’informel, il faut à la fois avoir une approche globale, c’est-à-dire qui considère les autres causes du sous-développement, et adapter les politiques aux caractéristiques du pays.

En Afrique subsaharienne, les politiques se sont concentrées sur la libération du potentiel économique latent du secteur informel en investissant dans le capital humain et en améliorant l’accès aux ressources pour augmenter la productivité du travail. Une voie à poursuivre, juge le rapport.

Ainsi, dans les pays où l’informalité est principalement le reflet d’une mauvaise gouvernance, un ensemble de politiques approprié pourrait rationaliser les cadres réglementaires et fiscaux tout en améliorant l’efficacité du gouvernement, l’application de la réglementation et en renforçant la prestation des services publics pour renforcer la morale fiscale.

En revanche, dans les pays où l’informalité reflète principalement le sous-développement, un ensemble de politiques approprié pourrait inclure des mesures visant à élargir l’accès au financement, aux marchés et aux intrants. L’objectif es d’améliorer la productivité des entreprises, une meilleure éducation pour faciliter l’emploi dans le secteur formel, et des filets de sécurité renforcés pour amortir les risques.

Quelques politiques ont déjà porté leurs fruits, à condition d’être bien menées. Par exemple, les programmes de libéralisation des échanges sont censés augmenter les salaires réels et réduire la rentabilité des entreprises – on pense au grand chantier de la ZLECAf. Cela dit, ils peuvent être associés à une plus grande informalité à court terme, à moins qu’ils ne s’accompagnent de mesures visant à accroître la flexibilité du marché du travail et les compétences de la main-d’œuvre.

En Afrique subsaharienne, les politiques se sont concentrées sur la libération du potentiel économique latent du secteur informel en investissant dans le capital humain et en améliorant l’accès aux ressources pour augmenter la productivité du travail. Une voie à poursuivre, juge le rapport.

@KA

Rapport complet sur : https://www.worldbank.org/en/research/publication/informal-economy

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