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African Business

Les financements au cœur de la sortie de crise

Pour rebondir face aux crises multiples qui le traversent, le continent africain doit s’apprêter à diversifier et valoriser ses marchés intérieurs. Il doit surtout pouvoir compter sur d’importants volumes de liquidité jusqu’en 2024.

Par Nicolas Bouchet

« Un choc sans précédent » par lequel l’Afrique subit simultanément la baisse de la demande mondiale et celle des cours des matières premières. C’est ainsi que la macro-économiste Yasmine Osman, de l’AFD (Agence française de développement), qualifie le phénomène auquel le continent fait face. Un moindre impact sanitaire sur les pays africains (moins de 5% des contaminations mondiales) n’a pas empêché de fortes conséquences pour leurs finances publiques, leurs emplois et leur niveau d’activité.

Le continent africain fait face aux effets d’une crise « en poupées russes ». D’abord sanitaire, elle est devenue, économique, sociale, environnementale. Ce constat est le moteur d’un nouvel ouvrage collectif, L’Économie africaine 2021 (éditions La Découverte), publié par l’AFD. Ce recueil vise à préciser les perspectives de ces crises par régions. Si les pressions ont été les mêmes sur chacun, tous les pays africains n’y ont pas réagi, tant s’en faut, de la même manière.

La perception du risque africain par les grandes sociétés financières de la Chine s’est aggravée après une longue période de prêts accordés avec largesse. Cette pratique ne pourrait reprendre qu’à la condition de renégociations et d’annulations attendues en 2021 dans des pays déjà très endettés.

L’ensemble du continent voit sa croissance économique 2020 atteindre 2,6% alors que les projections étaient supérieures à 4%. Les investissements directs étrangers ont baissé de 40%. Les récessions sont dès lors majoritaires (40 pays) mais ne sont pas uniformes et elles côtoient des situations plus favorables voire résilientes.

Un premier groupe de pays, composé de ceux les plus affectés par les effets de cette crise multiple, rassemble les économies dites extractives, pays miniers d’Afrique de l’Est et australe, et à leurs côtés les pays fortement touristiques de l’océan Indien.

Certains peuvent espérer une amélioration de leurs équilibres par la consommation chinoise de matières premières qui soutient le niveau des cours, avec un baril de pétrole revenu à 55 dollars contre 30 $ pendant la première vague du coronavirus. Un soulagement relatif alors que l’effort public pour soutenir les économies se monte jusqu’à 2,5% du PIB. D’autres pays résistent mieux, surtout ceux du Golfe de Guinée.

Difficile accès aux capitaux

Un troisième groupe enfin, au Sahel, donne des exemples de résilience. Le Sahel est la région qui « croît le plus vite et souffre le moins de la crise de la Covid-19 », analyse Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD.

Ceux de ces pays qui ont pu soutenir une part de leurs dépenses grâce à la montée des cours de l’or et dont les économies sont autrement peu intégrées aux marchés internationaux sont relativement protégés des chocs externes. L’Égypte est un cas à part qui voit un taux de croissance nettement positif (3,5%) en 2020. Mais au-delà de ces portraits macroéconomiques, un regard par secteurs montre que le secteur privé est impacté partout.

Les plus touchés sont le tourisme et l’hôtellerie, peu soutenus faute de moyens par les pays qui s’y spécialisent à l’exception de l’Égypte. Le transport aérien, le secteur manufacturier et la vente au détail hors alimentation sont aussi au nombre des secteurs les plus affectés, et l’impact sur l’emploi est fort.

Sous le coup des baisses d’activité, PME et TPE qui représentent 90% des entreprises africaines et 60% de l’emploi formel, peinent à accéder à de nouveaux capitaux. Le marché du travail continental compte 430 millions de personnes et se compose à presque 90% d’emplois informels, sans filets de sécurité, ce qui crée de grandes attentes de soutien financier public. Or ces mêmes dépenses ont un effet inflationniste qui joue encore en défaveur des ménages.

L’inflation, « impôt des pauvres » selon Yasmine Osman, participe à l’aggravation des inégalités et à l’augmentation de la pauvreté extrême (moins de 1,9 dollar par jour). Des pays comme la Mauritanie, le Sénégal et le Soudan voient leurs populations particulièrement exposées à ces risques.

L’occasion pour la spécialiste en évaluation d’impacts, Claire Zanuso (AFD) de faire connaître des projets reposant sur le numérique et qui permettent aux jeunes de se signaler sur une plateforme de l’emploi ; ils peuvent bénéficier d’un revenu de solidarité comme au Togo (projet Novissi), au Kenya et en Afrique du Sud. De tels programmes peuvent être répliqués ne remplaceront pas les très importants volumes de liquidités attendues de créanciers internationaux et dont les pays ont besoin à court et moyen terme.

Aller chercher les banques de développement

Les perspectives de sortie de crise dépendent étroitement de la disponibilité de financements. Rémy Rioux rappelle l’estimation à hauteur de 345 milliards $ faite par le FMI du volume nécessaire à ce que le continent retrouve un chemin de croissance antérieur à la crise, ce qui demande que se forme une coalition de financeurs.

Depuis le Sommet Finance en commun, en novembre 2020, les expressions d’intention d’alliance entre bailleurs et banques de développement de tous niveaux, de la locale à l’internationale, se multiplient. L’institution française reconnaît qu’il reste encore à « aller chercher les banques de développement nationales ou régionales, comme la Banque ouest africaine de développement, qui cherche du capital pour grandir ».

Il le faudra pour atteindre les niveaux des besoins de financement les plus fins, celui des sociétés africaines. Alors seulement sera-t-il possible de faire face à une deuxième vague de conséquences économiques. Ceci par la valorisation du marché intérieur pour réduire la dépendance aux marchés extérieurs dont la demande est réduite, la diversification de la production, le soutien à la santé et à la protection sociale. Et à plus long terme, avertit le directeur de la Recherche de l’AFD, Thomas Mélonio, « La question est celle du traitement du stock de dettes ».

Les pays africains devront être capables de porter le poids de prêts supplémentaires. Dans un tiers des pays du continent déjà les ratios d’endettement ont augmenté de plus de dix points de PIB. En conséquence, le continent ne pourra pas compter autant qu’avant sur les créanciers chinois.

La perception du risque africain par les grandes sociétés financières de la Chine (China Construction Bank, Industrial and Commercial Bank of China) s’est aggravée après une longue période de prêts accordés avec largesse. Cette pratique ne pourrait reprendre qu’à la condition de « renégociations et d’annulations attendues en 2021 dans des pays déjà très endettés comme Djibouti, le Kenya, le Congo, ou l’Angola », selon Thomas Melonio. Celui-ci ajoute : « Il faut espérer que la Chine se joigne beaucoup plus aux cofinancements. »

Autrement dit, ces banques pourraient continuer à pratiquer la prudence face à des pays qui ont vu leur dette souveraine atteindre en moyenne 57% de leur PIB en 2020, selon le FMI. La réponse internationale devra peut-être moins compter sur le partenaire chinois lors du Sommet sur le financement des économies africaines, en mai.

Un risque pour le continent alors que la participation de tous les créanciers est une condition du fonctionnement de l’Initiative pour la suspension du service de la dette qui doit produire ses effets (moratoires, annulations) jusqu’à l’automne 2021.

NB

 

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