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African Business

Le pétrole, principal point noir de la zone Cemac

Les agences de notation américaines se penchent sur les soubresauts de l’Afrique centrale, ballottée entre résilience et risque de surendettement. S&P abaisse d’un cran sa note concernant le Cameroun, sans catastrophisme.

Par la rédaction 

Les analystes de S&P Ratings soufflent le chaud et le froid, concernant l’Afrique subsaharienne. Ils refusent de céder au catastrophisme ambiant et ne croient pas à des tensions sur le franc CFA, dans la zone Cemac.

Tandis qu’ils confirment la note appliquée à la dette souveraine des autres pays, ils dégradent celle du Cameroun. De son côté, l’agence Moody’s, au discours voisin sur le fond, confirme ses propres « ratings ».

Concernant la crise pandémique, les analystes font le constat d’une épidémie contenue, au plan sanitaire. Néanmoins, les pays ont pris des mesures fortes, en réduisant les distanciations physiques, en décidant le verrouillage des liaisons avec les principaux partenaires commerciaux, Chine et Europe occidentale.

« Le principal canal de transmission [du risque financier] est l’impact de la baisse des prix du pétrole sur les recettes publiques ainsi que le repli des revenus d’exportations », note l’agence Moody’s.

La baisse de la demande extérieure s’ajoute au resserrement des conditions de financement. Tout cela, « pèse lourdement sur des éléments déjà fragiles les économies, qui souffrent de systèmes de soins de santé inadéquats, ainsi que de graves problèmes de développement, de gouvernance et de sécurité ».

S&P Ratings rappelle que les pays de la Cemac ont lancé des programmes de réductions de leur dette publique et de l’accumulation de la dette, soutenus par le FMI et les partenaires au développement. Pour autant, « ils ont peu progressé dans la diversification de leurs économies, hors pétrole ».

Sur les six États membres de l’espace Cemac, seule la Centrafrique est un importateur net de pétrole. En moyenne, l’or noir représente encore près de 75% des exportations de marchandises de la région et 40% des recettes fiscales, et a contribué pour environ 25% à l’activité économique l’année dernière. Cependant, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon dépendent davantage du pétrole que le Cameroun, qui représentait 42% du PIB nominal de la Cemac en 2019.

Au total, la timide reprise dans les économies de la Cemac, qui avait commencé en 2017 suite au précédent choc pétrolier, s’est arrêtée en raison de la récession mondiale, déclenchée par des mesures pour contenir la pandémie.

Plus précisément, S&P prévoit une croissance économique faible au Cameroun, moins dépendant du pétrole et une récession au Congo-Brazzaville (notation maintenue à B-). L’agence prévoit « une forte détérioration du budget de la région et des déficits commerciaux, réduisant les réserves de change déjà relativement faibles ».

Ses analystes considèrent que la baisse des prévisions économiques sont significatives et restent sujettes à la trajectoire de la pandémie dans la région et dans le monde. L’agence avait dégradé la note du Congo début avril, (à B-) afin de tenir compte de la baisse des cours du pétrole.

De bonnes perspectives de croissance

Cependant, les experts jugent que l’adhésion à la Cemac « reste favorable à la solvabilité souveraine, notamment en diminuant les risques de volatilité des taux de change qui menacent d’augmenter la charge du service de la dette extérieure ».

À ces tensions économiques s’ajoutent, au Cameroun, le risque politique et les retombées de la crise anglophone. « Les tensions sociopolitiques dans les régions du nord anglophone montrent peu de signes d’atténuation, malgré le dialogue national qui s’est tenu à la fin 2019. »

La crise continue de peser sur les perspectives économiques. Le complexe agro-industriel Cameroon Development Corporation (CDC), premier employeur du pays après l’administration publique, a dû réduire ses activités dans ces régions. » Voilà pourquoi S&P abaisse sa notation attribuée à la dette souveraine du Cameroun, à « B- » (très spéculatif).

En revanche, l’agence Moody’s maintient sa notation « B2 » qui est un cran au-dessus de la note de S&P, dont elle partage l’analyse, pour l’essentiel. « Le principal canal de transmission [du risque financier] est l’impact de la baisse des prix du pétrole sur les recettes publiques ainsi que le repli des revenus d’exportations », note l’agence. Qui souligne, en outre, « le resserrement des conditions de financement extérieur ».

Pour autant, Moody’s considère que le Cameroun dispose d’autres sources de revenus extérieurs que le pétrole, et que ses investissements dans l’énergie, l’agriculture et les infrastructures sont des atouts susceptibles d’amortir le choc de la crise pandémique.

Une modération que l’on retrouve également chez S&P Global Ratings. Malgré les défis qui se posent au Cameroun, le pays affiche « de bonnes perspectives de croissance ».

L’agence estime aussi que l’appartenance à la Cemac permettra à ses membres de toujours bénéficier des réserves de change en cas de difficultés. Le Cameroun a une solide position extérieure, avec des réserves de change qui pouvaient couvrir 7,4 mois d’importations, selon les dernières données publiées par institutions financières.

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