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African Business

L’agroécologie améliore les rendements

Plus respectueuse des sols que l’agriculture intensive, l’agroécologie offre des rendements et des revenus supérieurs aux techniques traditionnelles. L’exemple du Sénégal est édifiant, relate une note publiée par l’Agence française de développement.

Extraits choisis par Laurent Soucaille et Aude Darc

En Afrique subsaharienne, l’agriculture représente 15,6% du PIB et 54% des emplois. Le développement du secteur agricole, nécessaire pour nourrir une population croissante, est limité par l’appauvrissement des sols, la disponibilité du foncier ou le changement climatique.

Les stratégies agroécologiques ont montré, en Afrique de l’Ouest, et au Sénégal en particulier, des résultats très positifs en matière d’impact sur les rendements et sur les revenus des ménages. Cependant, l’agroécologie a du mal à s’imposer plus massivement.

Cela rend nécessaire la recherche d’une nouvelle voie pour l’agriculture, notamment en Afrique de l’Ouest, la région africaine la mieux dotée en production agricole et animale. Au sein de l’ouvrage collectif L’Économie africaine 2021, édité par l’Agence française de développement, Philippe Roudler (AFD) et Djiby Dia (Institut sénégalais de recherches agricoles) argumentent en faveur de l’agroécologie.

Selon différentes analyses, expliquent-ils, la diffusion de l’agroécologie permettrait une croissance de l’agriculture bien plus efficace en matière de réduction de la pauvreté, qu’une croissance engendrée par l’industrie.

L’objectif d’autosuffisance alimentaire suppose la sortie d’un modèle recherchant des liquidités via les cultures de rentes (coton, cacao, arachide) pour se procurer sur les marchés internationaux les denrées consommées comme le riz. Compte tenu de la croissance démographique attendue, il faudrait une augmentation drastique de la production agricole. Donc soit étendre les surfaces cultivées, soit améliorer les rendements. En Afrique, si ces derniers ont également augmenté, ils restent bas comparés à ceux de nombreuses régions du monde et à leur potentiel.

Par exemple, les rendements des céréales en Afrique de l’Ouest sont environ quatre fois inférieurs à ceux d’Asie du Sud-Est, d’Europe ou d’Amérique latine, et inférieurs de 50 % à ceux d’Afrique de l’Est. Cela est dû au fait que l’agriculture ouest-africaine est extensive, c’est-à-dire qu’elle consomme peu d’intrants sur une surface donnée et qu’elle est faiblement mécanisée. À première vue, on pourrait plaider en faveur d’un modèle d’agriculture intensive comme en Europe ou en Asie. On sait que les dégâts causés sur l’environnement excluent de privilégier cette piste.

Remettre l’agriculteur au centre du processus

Il faut donc chercher une troisième voie qui permette de réaliser une augmentation de rendement de manière écologique, c’est-à-dire qui ne gaspille pas l’eau et n’appauvrisse pas les sols. D’autant que le changement climatique est à prendre en compte.

Deux voies émergent : l’agriculture intelligente face au climat (Climate smart agriculture) et l’agroécologie. Elles partagent le but de l’intensification, tout en améliorant la résilience climatique et en minimisant l’impact environnemental.

Tandis que l’agroécologie est fondée sur la mobilisation et le développement des processus écologiques et biologiques pour se passer au maximum d’intrants de synthèse (pesticides, fongicides), l’agriculture intelligente face au climat peut formellement y avoir recours, de même qu’aux organismes génétiquement modifiés.

Pour sa part, l’agroécologie vise à remettre l’agriculteur au centre du système agricole et à valoriser son savoir traditionnel ainsi que la production locale. C’est ainsi que le Sénégal réaffirme son option vers davantage d’agroécologie, mettant l’agriculture familiale au cœur de ses préoccupations.

Son programme identifie quinze défis majeurs, dont la protection et le développement de l’agriculture familiale, la sécurité et la souveraineté alimentaires, l’accès à la terre pour les exploitations familiales, la protection des ressources en eau productives, la protection et la restauration des terres, la gestion durable des ressources forestières, la protection de l’agro-biodiversité.

Ainsi que la résilience face au changement climatique, les synergies agriculture & élevage, la dépendance réduite aux pesticides et engrais minéraux ainsi que la promotion d’une consommation durable. Au Sénégal, l’agroécologie vise à atténuer la forte dépendance aux engrais minéraux et aux produits phytosanitaires, dont les résultats sont mitigés.

Une des grandes critiques souvent émises à l’encontre de l’agroécologie serait son incapacité à « nourrir le monde », c’est-à-dire à atteindre des rendements nécessaires. Certes, une différence de rendement avec l’agriculture intensive peut être notée. Par exemple, dans la région des Niayes au Sénégal, les parcelles de choux pommés menés en agroécologie ont 35 % de rendement en moins par rapport aux cultures avec apports importants d’engrais azotés.

Des gains indéniables à long terme

En revanche, la comparaison avec les pratiques culturales classiques est plus flatteuse. Au Sénégal, les exploitations agroécologiques connaissent une augmentation de rendement de 52 % pour les céréales par rapport à l’agriculture extensive ou traditionnelle. Une revue plus générale des projets menés en Afrique constate même une augmentation moyenne de 114 % des rendements après la mise en œuvre de pratiques agroécologiques. Et n’oublions pas que les engrais chimiques appauvrissent les sols, au fil des ans.

Ainsi sur un horizon de dix ou quinze ans, les potentialités de l’agroécologie pourront-elles pleinement s’exprimer.  Enfin, il faut tenir compte d’un autre critère : le revenu des exploitants. Outre l’effet sur les rendements, c’est à travers des prix de vente parfois plus élevés et des coûts de production plus faibles que l’agroécologie peut contribuer à l’augmentation drastique des revenus des producteurs.

Au Sénégal, on relève des augmentations de revenu médian de 33 % grâce à l’agroécologie. Surtout, les cultivateurs les plus pauvres réussissent à dégager un revenu de la vente de leur production, ce qui n’était pas le cas auparavant. De même, les exploitations au Sénégal qui intègrent fortement agriculture et élevage — un des principes de l’agroécologie — ont des revenus par actif familial deux à quatre fois supérieurs à ceux des autres familles, à superficie égale.  Évidemment, les techniques retenues ont souvent des bénéfices importants sur le climat, bien que cela ne soit pas l’intention première des agriculteurs.

On le voit, l’augmentation nécessaire de la production de céréales en Afrique de l’Ouest ne viendra pas uniquement de l’augmentation des surfaces cultivées, compte tenu de la crise de la main-d’œuvre rurale, et la culture intensive n’est pas une solution fiable. 

Un indispensable accompagnement

De nos jours, l’agroécologie peine à s’imposer en Afrique de l’Ouest. On peut déplorer une faible politique de promotion et de soutien de l’agroécologie par les gouvernements qui ne connaissent pas forcément ses pleines potentialités.

Les revues spécialisées négligent cette technique. De plus, les agriculteurs font face à des contraintes qui limitent leur utilisation de l’agroécologie, notamment la disponibilité en fumure organique. Ses techniques complexes, demandent une étape de formation qui peut paraître trop longue à beaucoup de producteurs ; elle nécessite d’ailleurs un dispositif d’appui et conseil dans la durée, qui fait souvent défaut.

De plus, le passage à l’agroécologie constitue une prise de risque qui rebute les agriculteurs. Dès lors, il semble indispensable de mettre en œuvre des processus d’accompagnement et des filets de sécurité pour favoriser cette transition. Sans compter les dispositifs financiers d’accès au crédit, tandis que le retour sur investissement de la transition agroécologique ne se concrétise que sur le long terme.

C’est seulement en travaillant de manière coordonnée que gouvernements, agriculteurs, organisations de producteurs, chercheurs, ONG et autres acteurs du secteur pourront lever ces barrières, concluent Djiby Dia et Philippe Roudler.

LS et AD

L’Économie africaine 2021

L’Économie africaine 2021

Agence française de développement

Éditions La Découverte, collection Repères

Prix papier : 10 euros ; prix numérique : 7,49 euros

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