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African Business

La Zlecaf veut un Vlisco Made in Africa

Intervenant dans un domaine privé, la ZLECAf appuie l’offre de la société africaine Made in Africa pour reprendre Vlisco. Bien que néerlandais, le fabricant de vêtements en wax représente des intérêts importants en matière commerciale et d’image, pour le continent.

Par Marie-Anne Lubin

Le propos a de quoi surprendre mais ne manque pas d’arguments. Le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a cru bon, le 27 juillet 2021, de publier un communiqué soutenant l’offre de rachat d’une société privée néerlandaise par une structure privée fondée par des Africains.

« Le continent tout entier et le monde des affaires en Afrique suivent cette affaire de très près, et l’esprit d’entreprise africain et la compétitivité mondiale doivent être traités de façon équitable », prévient la ZLECAf.

D’emblée, le communiqué de la ZLECAf rappelle que son « partenaire stratégique, une des plus importantes institutions financières africaines », a soutenu une offre de 200 millions de dollars émanant de Made in Africa pour le rachat de Vlisco.

Nul mystère là-dessous, le « partenaire stratégique » non nommé étant Afreximbank, qui a effectivement accordé deux lignes de crédit (d’un total de 190 millions $) pour cette opération financière hors marché, en janvier 2020. L’objectif était d’aider Made in Africa à financer son fond de roulement, une fois l’opération financière achevée.

Vlisco est la marque commerciale de la société néerlandaise African Fabric Holdings BV. Ses vêtements en wax ont fait le tour du monde et de l’Afrique, donnant une image plus moderne de l’Afrique. Certains rappellent toutefois que ses activités ne profitent guère au continent et que cette « mode » n’est pas spécifiquement africaine, tandis que le wax n’est pas le produit le plus éco-responsable du marché…

Conscient de l’originalité (pour ne pas dire de l’incongruité) de sa démarche, le secrétariat de la ZLECAf assure « respecter les droits des parties dans le cadre d’une transaction privée ».

Il trouve néanmoins « surprenant » que l’offre proposée par Made in Africa n’ait pas été retenue par le vendeur – ce refus, cette fois, constitue une information quasi confidentielle. Les entreprises en question n’étant pas cotées en Bourse, elles ne sont pas tenues de communiquer sur l’état de leurs transactions.

Les intérêts de l’Afrique

La ZLECAf considère que cette opération constitue « une question d’intérêt public pour l’intégration du marché africain et la compétitivité régionale et mondiale ». C’est pourquoi l’institution panafricaine, insiste-t-elle, « soutient intégralement l’offre de Made in Africa, qui bénéficie du soutien financier d’une des principales banques de financement du commerce en Afrique ».

L’objectif de la ZLECAf est d’accélérer l’industrialisation du continent africain, de consolider un marché intégré comptant plus de 1,3 milliard de personnes et un PIB combiné de 3 400 de dollars, et de placer l’Afrique sur une voie durable en matière de compétitivité régionale et mondiale.

Pagne wax, fleurs de mariage

Le secteur du textile et de l’habillement est au cœur de la compétitivité mondiale et régionale de l’Afrique. En effet, ce secteur emploie des milliers d’Africains, principalement des femmes, et contribue à l’industrialisation du continent.

« Si nous respectons les droits des parties à structurer leurs transactions à leur gré dans le contexte d’une opération commerciale privée, nous sommes d’avis que la vente de Vlisco à Made in Africa servirait les intérêts économiques et commerciaux plus larges de l’Afrique », explique le secrétariat de la ZLECAf. Lequel « suit donc cette question de près ».

Dans cette optique, nous encourageons la conclusion favorable de cette transaction pour Made in Africa. Cette société est dirigée par Kojo Annan – fils de feu Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies –, ainsi que par d’autres célébrités africaines de la mode et des affaires. Son co-PDG est le Libérien Chid Liberty.

« Nous ne saurions émettre un jugement de valeur sur les motifs du rejet de l’offre de Made in Africa, laquelle était par ailleurs la plus élevée », reconnaît Wamkele Mene (photo), secrétaire général de la ZLECAf.

Qui a « cependant l’intime conviction que lorsqu’une entreprise africaine soumet une offre exceptionnelle pour acquérir une entreprise étrangère qui semble tirer ses bénéfices exclusivement de ventes sur le continent africain, qui plus est soutenue par une banque de financement du commerce africain de premier plan, cette entreprise africaine est légitimement en droit d’espérer conclure la transaction en faveur de l’Afrique ».

Aussi la ZLECAf invite-t-elle « instamment » les actionnaires de Vlisco à reconsidérer cette décision : « Le continent tout entier et le monde des affaires en Afrique suivent cette affaire de très près, et l’esprit d’entreprise africain et la compétitivité mondiale doivent être traités de façon équitable. »

Malu

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