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African Business

Investir dans les femmes

Les entreprises dirigées par des femmes participent à la réduction de la pauvreté dans le monde. Pourtant, l’investissement est toujours fortement biaisé en faveur des entreprises dirigées par des hommes. Pour tenter de sortir de l’impasse, African Business et Educate Global ont réuni un panel d’experts lors d’un récent webinaire.

Débat mené par Pedro Besugo

L’investissement prenant en compte le genre cherche à combler l’écart de financement entre les hommes et les femmes. Il permet d’orienter les décisions d’investissement et ainsi faire progresser l’égalité des sexes. Cette démarche, durant la dernière décennie, a suscité l’intérêt des fonds d’investissement et des banques de développement.

Par exemple, en 2021, l’International Development Finance Corporation des États-Unis (IDFC) prévoyait de mobiliser 12 milliards de dollars pour investir dans des entreprises qui font progresser l’égalité des sexes dans les marchés émergents. Cette initiative fait partie de son 2X Women’s Challenge. Un total de 15 millions de femmes et de jeunes filles devrait en bénéficier.

En mars 2021, la banque d’affaires Goldman Sachs s’est engagée à investir plus de 10 milliards $ au cours de la prochaine décennie pour faire progresser l’équité raciale et les opportunités économiques, en investissant auprès des Femmes noires.

Dans la même veine, la CEA (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique), en partenariat avec la Standard Bank, a lancé l’African Women Leadership Fund avec l’objectif de lever 1 milliard $ en dix ans. Le partenariat créera une plateforme durable pour soutenir les gestionnaires de fonds dirigés par des femmes.

L’investissement axé sur le genre est une opportunité de corriger les vieux déséquilibres néfaste au continent. Son résultat dépendra des collaborations qui seront forgées et de la volonté des femmes africaines de saisir les opportunités pour changer les choses.

Malgré ces efforts, les investissements dans les fonds et les entreprises gérés par des femmes en Afrique subsaharienne sont loin derrière les entreprises dirigées par des hommes ; la différence approcherait 42 milliards $ en faveur des hommes.

De plus, la pandémie a accentué les projecteurs sur ces disparités, compte tenu des différents niveaux d’impact subis par les femmes. L’accent accru mis sur l’économie des soins a également offert aux fonds africains et mondiaux une opportunité d’orienter les investissements vers les entreprises et les secteurs dirigés par des femmes sur le continent.

Les objectifs du G7

Des questions demeurent quant à savoir si et comment ces efforts peuvent réussir pour avoir le plus d’influence, quels que soient les obstacles qui doivent être surmontés. African Business et le fonds à impact Educate Global ont réuni un panel d’experts pour discuter de ces questions.

Les panélistes comprennent Sandrine Henton, directrice générale d’Educate Global ; Jessica Espinoza, présidente du 2X Challenge ; Mary Wangari, directrice exécutive de Equity Bank ; Dick Ingram, Senior advisor chez RisCura ainsi que Lindeka Dzedze, en charge de la clientèle institutionnelle chez Standard Bank Group.

2X Challenge a été lancé en 2018 pour orienter les investissements vers des femmes. Jessica Espinoza confirme qu’il ne s’agit pas du premier engagement de ce type de la part des institutions de financement du développement. Les pays du G-7 avait fixé pour 2020 un objectif de 3 milliards $. À l’époque, certains avaient émis des doutes quant à sa réalisation. Cependant, grâce à la collaboration des investisseurs du secteur privé, 11,7 milliards $ ont été levés.

Même si la pandémie amène son lot d’obstacles, l’objectif de 15 milliards $ d’ici 2022 est donc parfaitement atteignable. Néanmoins, il faudrait davantage d’investisseurs pour se joindre à l’effort, juge Jessica Espinoza. De nouvelles approches pour canaliser les investissements en faveur des femmes doivent être envisagées, car les méthodes traditionnelles n’ont pas pleinement réussi, considère-t-elle.

Heureusement, il existe un nombre croissant de gestionnaires de fonds dirigés par des femmes avec des stratégies axées sur le genre. Ils investissent dans des entreprises championnes qui montrent la voie à suivre. Jessica Espinoza juge qu’il est difficile de changer les choses en agissant seul, mais des partenariats augmenteraient les chances de succès.

Bénéfices de la diversité

Pour sa part, Mary Wangari observe que l’investissement axé sur les femmes nécessite des perspectives nouvelles et différentes. L’expérience d’Equity Bank, qui a suivi un programme d’inclusion financière pendant des années, a eu des résultats.

La banque avait quatre approches : encourager l’épargne et l’investissement pour les femmes, étendre les services de prêt aux femmes, leur faciliter l’assurance et autres instruments financiers, et leur permettre de transférer de l’argent et d’effectuer des paiements. Les femmes représentent 52 % des clients d’Equity Bank. Les remboursements des prêts sont satisfaisants, révèle Mary Wangari. Grâce à des partenariats avec la DEG, la BAD, la Banque européenne d’investissement et d’autres institutions, Equity Bank a pu prendre des risques plus importants qui ont porté leurs fruits.

De nombreuses femmes ont créé des entreprises avec un capital de seulement 100 $. Cela a permis de stimuler la croissance de l’économie réelle et de faciliter le développement social. Mary Wangari fait observer que le conseil d’administration d’Equity Bank, composé majoritairement de femmes, ce qui reflète l’importance que la banque accordait aux femmes. Elle juge que le temps est maintenant venu pour les investissements axés sur le genre et que les femmes africaines réussissaient dans les entreprises quand elles bénéficiaient de la formation et du soutien appropriés.

Des exemples inspirants

Dick Ingram, de chez RisCura, considère que les investisseurs doivent tenir compte du fait que les femmes représentent plus de la moitié de la population mondiale et que l’Afrique est peuplé de jeunes. Les idées fausses sur le continent, le refus de s’engager dans un terrain nouveau et l’habitude de faire avec les performances solides des marchés développés…

Autant d’éléments qui détournent les gestionnaires de fonds de l’Afrique. Les fonds de pension américains sont actuellement en mesure d’afficher des rendements annuels de 20 %, ce qui ne les incite pas à chercher ailleurs. Les structures de gouvernance qui supervisent les gestionnaires de fonds ont également tendance à les rendre prudents et peu enclins aux risques.

Aussi, le changement ne viendra-t-il pas rapidement. Certains États américains exigent maintenant que les femmes et les minorités soient prises en compte dans tout investissement public ; ce qui donne aux gestionnaires une certaine couverture pour orienter les fonds en faveur des femmes. Voilà pourquoi, selon Dick Ingram, les entreprises africaines dirigées par des femmes représentent une perspective nouvelle et prometteuse que les investisseurs mondiaux seraient bien avisés d’explorer.

Mobiliser les fonds de pension

Sandrine Henton (Educate Global) confirme qu’investir dans les femmes signifie cibler de nouveaux secteurs et lieux qui n’ont pas attiré d’investissements auparavant. Il est donc logique pour les investisseurs d’envisager d’autres options nouvelles et ajustées aux risques dans les marchés émergents.

La diversité, selon un rapport de la SFI, conduit à de meilleurs résultats et apporte une amélioration de 20 % des rendements pour les investisseurs. Sandrine Henton ajoute la nécessité pour les investisseurs de se concentrer sur l’économie réelle, qui comprend des secteurs tels que l’alimentation, la santé, l’éducation et les services numériques, où les femmes sont très actives.

Educate Global était l’un des invités du 2X Challenge à co-concevoir une nouvelle installation, 2X Ignite, qui allouera en 2021 plus de capital aux femmes gestionnaires de fonds pour appliquer des stratégies tenant compte du genre.

Pour le 2X Challenge, justement, Jessica Espinoza suggère que les gouvernements africains encouragent leurs fonds de pension à investir au moins 10 % de leurs actifs dans les secteurs essentiels (alimentation, santé, éducation et services numériques) afin de stimuler la reprise post-pandémie.

En Afrique, la majorité des sources de financement des fonds de pension proviennent des universités et des hôpitaux, et il est donc essentiel que les administrateurs des fonds de pension allouent également des capitaux à ces deux secteurs vitaux.

L’investissement axé sur le genre est une opportunité de corriger les vieux déséquilibres entre les sexes qui ont eu des répercussions négatives sur l’ensemble du continent. Son résultat dépendra des collaborations qui seront forgées et de la volonté des femmes africaines de saisir les opportunités pour changer les choses.

@PB

 

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