Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Business

Eduardo Gutierrez Garcia : À la recherche d’entreprises innovantes

La société de capital-investissement Development Partners International (DPI) a achevé, en octobre 2021, la clôture de son troisième fonds, ADP III, levant 900 millions de dollars. Eduardo Gutierrez Garcia, associé chez DPI, nous explique les critères de sélections des entreprises en croissance. 

Par Omar Ben Yedder

Selon quel critère votre fonds va-t-il investir dans des entreprises axées sur l’innovation ?

Ces entreprises sont celles qui trouvent une meilleure ou une nouvelle façon de répondre aux besoins des marchés africains. Leurs produits ou leurs services innovants sont fondamentalement ceux que les consommateurs de la classe moyenne africaine souhaitent acquérir.

Vos investissements sont substantiels, à partir de 40 millions de dollars. Comment respecter cette contrainte ?

Parce que la taille minimale de nos investissements est assez importante, les entreprises dans lesquelles nous investissons ont tendance à être les plus grandes entreprises du continent et dans les secteurs les plus innovants. Nous adoptons un point de vue régional et nous nous demandons : « Quels sont les gagnants probables de demain ? »

Nous cherchons à établir des relations avec ces entreprises. Nous incitons aussi les intermédiaires à rechercher des opportunités pour nous. Donc, nous identifions des entreprises et des gens nous apportent des affaires.

Quelles sont les spécificités du continent, en matière d’investissement ?

Il existe un très large éventail de types de transactions de capital-risque : des entreprises en démarrage, des sociétés en croissance rapide ou bien établies. Les types de transactions ont des caractéristiques différentes. Quelques investissements, par exemple dans les infrastructures, s’inscrivent dans un horizon plus long. Il faut beaucoup de temps pour construire et développer le projet. Il peut nécessiter un portefeuille assez important. Dans notre métier, les gagnants compensent les aléas des perdants.

Nous constatons beaucoup d’intérêt pour le financement des nouvelles technologies, dans les énergies renouvelables, dans les infrastructures. La collecte de fonds était au plus bas avant que nous n’annoncions la nôtre et je suis plutôt confiant. Notre industrie commencera à se développer et atteindra la taille qu’elle devrait avoir en Afrique.

L’Afrique est un continent immense avec de grandes économies. Nous sommes très disciplinés et confiants. Notre cycle d’investissement est en moyenne de cinq ans. Nous trouvons huit à douze sociétés qui répondent à nos critères et qui sont en mesure d’atteindre le niveau de croissance que nous recherchons.

Elles doivent avoir une bonne gouvernance et être un investissement attrayant. De plus, et c’est tout aussi important, le moment venu, nous devons être en mesure de sortir dans les délais requis. Il s’agit de savoir ce qu’on recherche et d’être discipliné dans l’exécution de cette stratégie d’investisseur.

Vous devez être assez confiant sur l’avenir africain ?

Il y a eu beaucoup de battage médiatique autour de l’Afrique. Les gens ont peut-être fait des erreurs d’investissement, ce qui a pu entraîner une certaine déception, chez certains bailleurs de fonds. Nous avons fait très attention à ne pas exagérer l’Afrique.

Nous avons une équipe de personnes de différents pays qui comprennent intimement l’Afrique. Elles ont une connaissance profonde et solide de ces marchés. Elles sont capables de trouver les bonnes opportunités pour s’associer avec les actionnaires et les équipes de direction afin de créer encore plus de valeur. C’est ce que nous disons à nos investisseurs lorsque nous recherchons des fonds, que nous sommes en mesure d’accéder à ces opportunités.

Nous avons assisté à une résurgence des marchés boursiers en Occident et à une reprise saccadée en Afrique. La collecte de fonds a-t-elle été difficile ?

En effet, il est juste de dire que l’environnement a été difficile. L’Occident s’en sort plutôt bien. Nous avons pu démontrer à nos commanditaires à travers nos fonds existants que nous avons fait ce que nous avions dit que nous ferions. Nous avons eu des retours raisonnables et sains.

Nous allons au-delà des rendements financiers. Nous mesurons et suivons également les résultats non financiers, tels que l’équilibre entre les sexes, la réduction de l’empreinte carbone, la croissance de l’emploi… Ces critères sont également de plus en plus importants pour les investisseurs.

Nous avons le soutien et la confiance de nos investisseurs. Par la suite, d’autres investisseurs ont été intrigués par notre démarche et ils ont cherché à nous soutenir cette fois-ci. Cela a été une longue marche et un processus difficile, mais nous sommes très satisfaits du chemin parcouru !

Mais l’appétit est-il toujours là ?

Absolument. Je pense que nous l’avons démontré. À mesure que la dynamique économique mondiale change, cet appétit pourrait bien augmenter. Il est difficile de prédire avec l’environnement mondial actuel.

Vous appliquez à vos investissements plusieurs critères non financiers. Cette exigence sur les références environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), vous aide-t-elle ?

C’est certainement le cas. Les investisseurs recherchent de plus en plus que leurs investissements aient également un impact ESG. Donc, si vous pouvez démontrer un engagement et des antécédents en la matière, cela aide certainement beaucoup.

Mais vous devez également être en mesure de les convaincre que vous pouvez fournir les rendements financiers qu’ils recherchent. Vous devez être capable de couvrir les deux aspects.

Selon l’association des capitaux-risqueurs AVCA, les fonds de capital-investissements en Afrique ont levé 1,2 milliard $ en 2020, contre 3,9 milliards $ en 2019. Les chiffres de la collecte de fonds vont-ils remonter ?

Il y a eu une récession en Afrique. Beaucoup de bailleurs de fonds se sont retirés. Certains ont marqué leur déception face aux retours sur investissement. Cependant, certains gestionnaires de fonds ont bien réussi et dans de nombreux créneaux, la situation reste assez saine.

Je pense qu’il y a beaucoup d’intérêt pour le financement des nouvelles technologies ; par exemple, dans les énergies renouvelables, dans les infrastructures. Dans les domaines où nous sommes, le potentiel dépend du bilan de l’entreprise et de la confiance que nous avons dans les dirigeants.

La collecte de fonds était au plus bas avant que nous n’annoncions la nôtre et je suis, en effet, plutôt confiant. Notre industrie commencera à se développer et atteindra la taille qu’elle devrait avoir en Afrique.

L’une des principales préoccupations des investisseurs est le risque de change. C’est pourquoi ils se placent souvent dans des sociétés dont les revenus sont libellés en dollars. Ce qui ne semble pas être le cas avec les entreprises que vous choisissez. Comment gérez-vous ce risque de change et l’inconvénient potentiel des dépréciations ?

Ces dernières présentent un risque important. Nous adoptons une vision de portefeuille global à ce sujet. Nous prenons en compte le risque de change dans l’ensemble du portefeuille et, en fait, certaines de nos sociétés ont-elles-mêmes une politique de couvertures de change.

Lorsque nous examinons une transaction, nous considérons toujours le risque de dévaluation de la monnaie du pays et si notre cible présente ou non des caractéristiques susceptibles d’atténuer ce risque. Nous essayons de comprendre la monnaie dans laquelle elle opère et anticipons la dépréciation. L’approche que nous adoptons semble avoir fonctionné.

Vous avez récemment investi dans une entreprise de transformation de tomates, SICAM, en Tunisie. Pourquoi cette entreprise en particulier ?

Premièrement, la Tunisie est le plus gros consommateur de tomates par habitant au monde ; donc, il y a un grand marché local. C’est l’un des principaux pays producteurs de tomates au monde en raison de l’ensoleillement qu’il reçoit. C’est un produit compétitif à exporter en Europe et ailleurs.

Nous avons vu une grande opportunité de les aider à augmenter considérablement leurs initiatives d’exportation et de bénéficier de l’avantage concurrentiel mondial que la Tunisie a dans cette industrie. Excellente équipe de gestion, bon produit. Donc, Sicam coche toutes les cases pour nous ! Voilà un bon exemple du type d’accords que nous concluons. À son échelle, c’est une entreprise de classe mondiale.

@OBY

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts