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African Business

Des risques accrus sur la dette

La nouvelle vague d’infections à la Covid-19 dans plusieurs pays africains, exacerbée par le variant delta, augmente le risque de tensions pour les dettes africaines, prévient Fitch Ratings. L’agence a revu en baisse sa notation sur la dette tunisienne.

Par Laurent Soucaille 

Selon l’agence de notations Fitch Ratings, la lenteur des progrès de la vaccination suggère que les risques de pandémie persisteront au moins jusqu’en 2022. Pour l’heure, l’augmentation des risques touche essentiellement l’Afrique australe, les niveaux d’infection restant faibles en Afrique de l’Ouest.

Fitch prévoit une croissance de l’économie tunisienne de 3,4% en 2021, sous l’influence d’une faible production agricole en raison de conditions météorologiques défavorables, d’un rebond des exportations de marchandises vers l’Europe et d’une légère hausse du tourisme en fin d’année.

Les analystes font l’hypothèse que les gouvernements africains chercheront à éviter les fermetures généralisées strictes qui interdisent aux personnes de se déplacer vers les lieux de travail. Bien sûr, des mesures alternatives, telles que la fermeture des bars et des restaurants en vigueur depuis le 28 juin en Afrique du Sud, pourraient être prises.

 « La capacité à appliquer des restrictions plus strictes est faible dans la région, et les restrictions peuvent être impopulaires », expliquent les analystes. De plus, des facteurs structurels, notamment le manque de technologie et d’emplois formels, entraveraient les pratiques qui ont contribué à atténuer l’impact économique de la crise sanitaire dans d’autres régions, telles que le commerce de détail en ligne et le travail à domicile.

Selon Fitch, les pays africains ne devraient plus décider de plans massifs de relance budgétaire. Tant mieux pour l’endettement, qui ne risque plus d’exploser, mais cela signifie aussi que la situation financière est déjà tendue. Situation qui serait aggravée par un ralentissement de l’activité économique, donc par de moindres entrées fiscales.

Pour l’heure, la pandémie présente des risques à la baisse pour les notations des différentes dettes dites « souveraines » des États. En revanche, elle n’entrave pas la possibilité pour les gouvernements d’obtenir de nouvelles aides de la part des bailleurs multilatéraux.

Notamment, la distribution par le FMI de nouveaux DTS (Droits de tirage spéciaux) pourrait faciliter le financement de certains pays, jugent les analystes qui observent qu’« un nombre inhabituellement élevé d’États participent aux programmes du FMI ou mènent des négociations pour en obtenir un ».

Besoin de réformes

D’autre part, Fitch Rating se montre particulièrement inquiet à l’égard de la Tunisie. L’agence a revu sa notation sur la dette à long terme en devises, qui passe de « B » à « B- », assortie d’une prévision négative.

Cette décision reflète « des risques accrus de besoins de liquidité pour le pays, dans le contexte de nouveaux retards dans l’accord sur un nouveau programme avec le FMI ». Cet accord est pourtant nécessaire pour accéder à l’appui budgétaire des principaux créanciers.

Le paysage politique fragmenté et l’opposition sociale enracinée limitent la capacité du gouvernement à adopter de solides mesures d’assainissement budgétaire, ce qui complique les efforts visant à sécuriser le programme du FMI. « En l’absence de réformes, les créanciers pourraient considérer qu’une restructuration de la dette est nécessaire avant de pouvoir accorder un soutien supplémentaire », préviennent les analystes. Le gouvernement a déclaré qu’il n’envisageait pas une restructuration de la dette et la Tunisie ne s’est jamais engagée dans un traitement du Club de Paris.

Fitch prévoit que le déficit de l’administration centrale tunisienne restera élevé, à 8,9 % du PIB en 2021, contre 9,9 % en 2020. Certes, les revenus se redresseront en 2021, mais la tendance sera largement compensée par des dépenses plus élevées pour lutter contre la pandémie, une augmentation des subventions au prix du gaz, une charge d’intérêt croissante et des augmentations de la masse salariale. Ces deux derniers éléments absorberont près de 75 % des recettes, ce qui limite considérablement la flexibilité fiscale.

Un nécessaire accord avec le FMI

La récente augmentation des infections à Covid-19 ajoute aux risques de baisse des revenus. Pour autant, le déficit budgétaire pourrait se réduire à 6,7% du PIB en 2022 et à 5,5% en 2023 alors que les dépenses liées à la pandémie sont progressivement supprimées et que certaines réductions de dépenses sont mises en œuvre.

On le voit, bien que l’engagement des créanciers publics extérieurs pour aider la transition démocratique de la Tunisie et contenir les flux migratoires à travers la Méditerranée reste fort, le soutien financier de nombreux partenaires est lié à un accord avec le FMI.

Les analystes supposent un accord sur un programme du FMI avant la fin de 2021, mais la persistance d’une forte opposition sociale aux réformes fiscales et la fragilité du soutien parlementaire au gouvernement signifient qu’un accord pourrait ne pas être trouvé. Ce qui met en évidence les défis liés au maintien des décaissements programmés. La performance de la Tunisie dans le cadre des deux accords précédents avec le FMI a été faible, les revues du dernier programme accusant systématiquement des retards importants.

En février 2021, le FMI estimait que la dette de la Tunisie « deviendrait insoutenable à moins qu’un programme de réforme solide et crédible ne soit adopté avec un large soutien ». Faute de réformes, la Tunisie pourrait finalement être considérée comme nécessitant un traitement du Club de Paris avant d’être éligible à un financement supplémentaire du FMI, avec des implications pour les créanciers du secteur privé, tandis que le recours aux marchés financiers (2,2% du PIB en 2021) serait rendu encore plus difficile.

Risques sur la croissance

Sur ce point, deux obligations garanties par le gouvernement américain de 500 millions de dollars chacune arriveront à échéance dans quelques semaines. Une nouvelle garantie américaine pour les émissions internationales est en cours de discussion, mais selon les spécialistes, « il est peu probable qu’elle se matérialise avant le quatrième trimestre et pourrait être liée au succès des négociations avec le FMI ».

Fitch prévoit une croissance de l’économie tunisienne de 3,4% en 2021 après une contraction de 8,8% en 2020. Cela tient compte d’une faible production agricole en raison de conditions météorologiques défavorables, d’un rebond des exportations de marchandises vers l’Europe et d’une légère hausse du tourisme en fin d’année.

La récente augmentation des infections à Covid-19 et les mesures de confinement associées font peser des risques à la baisse sur les prévisions de croissance et pourraient également affecter négativement les finances publiques et extérieures.

LS

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