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African Business

CPA : Mieux financer les projets franco-africains

À la recherche de pistes pour faciliter l’accès aux financements, le Conseil présidentiel pour l’Afrique a collecté des demandes, des interrogations et quelques reproches, lors d’un débat public à Bordeaux.

Par Nicolas Bouchet

Une équation rendue impossible. Pour son retour devant un public en chair et en os, le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) s’est donné le défi imposant d’interroger d’une même manière le public si composite de « l’« entrepreneuriat de la diversité et des diasporas ».

Demande collective est dressée : obtenir des pouvoirs publics la création d’un guichet unique pour la formation et le financement des entrepreneurs qui ont l’ambition des deux continents. Le CPA le pourra-t-il alors qu’il semble peiner à traduire la diversité de ses interlocuteurs ?

Réunis le 26 septembre, des membres du CPA, des figures de l’entrepreneuriat aquitain et francilien et des représentants de structures d’accompagnement ont tenté de sonder un public pressé de faire entendre ses attentes. C’est finalement ce public qui a le plus énergiquement interrogé le sujet du jour.

Les populations de l’entre-deux continents ont su voir l’impossibilité d’additionner des Africains établis en France, des Français établis en Afrique ou désirant le faire, des jeunes, des moins jeunes issus (ou non) de l’immigration et provenant (ou pas) des « quartiers » et de « la diversité »… Tenu à Bordeaux, le débat devait compenser l’annulation pour cause de crise sanitaire du Sommet Afrique France qui devait y avoir lieu en juin.

Sérier les publics et leurs problèmes est une nécessité à l’égard d’entrepreneurs qui cherchent tous à faire connaître leur situation et leurs défis. Ils y ont répondu eux-mêmes, à commencer par ceux versés dans les défis des 1500 quartiers politiques de la ville (QPV).

L’Agence France entrepreneur, aujourd’hui intégrée à BPI France, avait signalé comme une urgence sous la présidence de Mohed Altrad la très faible part (5%) des 2,7 milliards d’euros alloués aux QPV qui atteignent leur cible.

Pour Abdésamad Baazizi, président d’Anje Aquitaine (Associaton nationale des jeunes entrepreneurs), ce manque d’impact est d’abord un problème d’intermédiation. L’accompagnement, s’il ne semble pas manquer, échappe pourtant à de nombreux bénéficiaires possibles. Moussa Camara, président des Déterminés, témoigne qu’il ignorait à 21 ans l’existence d’un écosystème de l’accompagnement : « Un réseau fort a manqué à mes débuts pour m’aider ». Il voudrait voir réduit le nombre des interlocuteurs (Anje, ADIE, BPI…) et les rendre plus visibles.

Ne pas ajouter d’étiquettes aux préjugés

Le Coordinateur du CPA, Wilfrid Lauriano do Rego, rappelle en écho que la densité d’entreprises est deux fois moindre dans les QPV qu’ailleurs malgré un potentiel et des besoins forts. Mais même ceux qui en Seine-Saint-Denis connaissent le chemin de Bond’Innov ne veulent pas y rester identifiés et regardent ailleurs, vers Paris et l’international.

Ils aspirent à rejoindre comme de nombreux entrepreneurs la bien connue Station F (campus universitaire) qui représente selon une participante « l’accès à l’excellence ». Le CPA souhaitait cependant entendre toutes les populations de l’entre-deux continents et les témoignages n’ont pas manqué pour rappeler que les incubateurs sont un passage partout obligé.

Graines d’entrepreneurs à Tunis ou African Startup Forum à Abidjan accueillent autant que Bond’Innov des profils en quête de solutions pour entreprendre sur place ou dans plusieurs pays. Les représentants des diasporas ont donné de la voix pour se faire une place dans la conversation et donner une identité à leur expérience de « premières générations » en France, distincte mais toute aussi problématique que celle des « quartiers ».

De diasporas, il s’agit bien sûr d’entrepreneurs africains qui opèrent entre leur pays et l’Europe. Ils mettent en doute un terme qui ne fait que les alourdir d’une étiquette supplémentaire. Pour recentrer la discussion autour du financement, un coup de gueule de Diana Brondel, fondatrice de Xaalys : « Marre du misérabilisme ! »

Elle qui est « de la diaspora, une femme noire financée majoritairement par des hommes blancs » fixe pour de bon l’attention sur le problème de l’accès aux capitaux. Elle met le doigt sur la difficulté où les cercles se croisent : qui pour prendre le risque de financer et garantir les porteurs de projet qui veulent opérer à la fois en France et en Afrique ? L’accompagnement des débuts demeure la demande commune la plus forte.

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