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Kaberuka veut davantage de projets

Le président de la BAD, Donald Kaberuka, fait le point sur la nécessité de mieux financer les grands projets d’investissement et relativise l’impact de la baisse des cours des matières premières. 

Êtes-vous inquiet de la chute du cours du pétrole et des répercussions qu’elle peut avoir sur le continent africain ?

La baisse du prix du pétrole aura cinq conséquences pour les pays africains. Tout d’abord elle va affecter la balance des paiements des pays exportateurs nets. Ces derniers devront consentir des ajustements douloureux et rechercher les moyens de diversifier leur économie. En revanche, les pays importateurs nets vont disposer d’un budget supérieur, qu’ils pourront investir dans les infrastructures et dans l’éducation. Sachant qu’en Afrique, les pays importateurs nets sont les plus nombreux. Même un pays comme l’Afrique du Sud profitera de la chute des cours du brut.

Vous venez d’inaugurer un projet d’infrastructure réussi : le pont Henri-Konan-Bédié, en Côte d’Ivoire. Pourtant, beaucoup d’investisseurs se plaignent d’un manque de chantiers viables, notamment dans le secteur privé. Les banquiers disent que les dettes sont nombreuses. Les capitaux semblent manquer. Qu’en pensez-vous?

Incontestablement, le premier point que vous évoquez est le plus important : il nous faut rendre viables davantage de projets. Le rôle de l’instrument que nous créons pour les infrastructures sera précisément de développer les projets et d’insister sur la phase de viabilité. Cela prendra du temps mais les exemples du pont d’Abidjan que vous mentionnez, de l’aéroport Blaise-Diagne au Sénégal, du port de Lekki, au Nigeria, montrent qu’il est possible de mener des chantiers à leur terme. Il faut, cependant, un spécialiste du capital-risque patient, comme nous le sommes, à la BAD.

Quand l’épidémie d’Ebola a éclaté, à nouveau, des gens ont cru que l’Afrique allait régresser, mais la région touchée compte 12 millions de personnes, soit moins de 1 % du PIB africain, moins de 2% de la population. Ces gens avaient oublié les changements fondamentaux qui se sont produits ces dix dernières années.

Vous faites allusion au Fonds Africa50 ?

Tout à fait. Africa50 compte deux volets : d’une part, la préparation de projets, d’autre part, les investissements et la levée des capitaux.

Pouvez-vous nous parler de la dimension financière d’Africa50 ?

Nous procédons par étapes. Nous nous sommes implantés Casablanca Finance City, et le conseil d’administration s’est déjà réuni une fois. Nous nous rencontrons le mois prochain pour discuter de la gouvernance, de la stratégie d’investissement, de la stratégie de levée de fonds, des budgets, etc. Si nous levons 100 milliards $ maintenant, nous devons avoir des projets prêts. Il nous faut coordonner la préparation des projets et la levée des fonds. Notre prochaine étape est d’atteindre d’abord trois milliards $. La BAD va consacrer 100 millions $ à la préparation des projets et un demi-milliard $ de capitaux à l’instrument. Puis, nous lèverons des capitaux auprès d’autres investisseurs.

Pourquoi est-ce une excellente idée ?

Car les investisseurs recherchent un fonds dans lequel investir ! Un fonds financé par un organisme comme le nôtre qui connaît les risques liés à l’Afrique. Nous faisons ce travail depuis des années. D’autre part, l’argent public, provenant des impôts, des institutions financières internationales ou même des marchés boursiers, ne suffira pas à combler le déficit de 42 milliards$.

Hendrik du Toit, d’Investec, considère que les réformes réglemen­taires en Afrique du Sud permettent aux fonds de pension et aux autres investisseurs d’investir ailleurs sur le continent. En quoi la BAD contribue-t-elle à modifier le cadre réglementaire permettant de débloquer ces capitaux ?

Une grande partie des fonds de pension étaient soumis à des réglementations très restrictives, tant en termes géographiques que d’attribution des capitaux. Je suis heureux qu’elles aient été assouplies, qu’il soit possible d’investir à l’étranger et que les fonds puissent être alloués différemment. Le Nigeria, Maurice, et quelques autres pays, ont assoupli leur réglementation. Nous sommes partisans de ces réformes. Tout en exigeant une gestion prudentielle stricte, bien entendu. Sans doute, la décision du grand fonds de pension PIC de s’ouvrir hors d’Afrique du Sud est extrêmement encourageante.

Vous diriez-vous satisfait, positif, optimiste quand vous analysez le parcours de ces dix dernières années et là où nous en sommes aujourd’hui ?

Ces dix dernières années ont été remarquables pour l’Afrique dans trois domaines : en premier lieu, l’évolution de « la marque » Afrique. Vous avez entendu que l’Afrique n’est plus un lieu exotique, mais une place où l’on fait des affaires comme l’Amérique latine ou l’Asie. Ce changement s’est produit dans les dix dernières années. Des gens viennent de me dire qu’ils ont levé, via une émission obligataire, des milliards de dollars, auprès d’institutions d’investissement américaines. Ces institutions n’ont pas peur d’Ebola, des problèmes à court terme ; elles songent au long terme.

Autre amélioration : le financement du développement de l’Afrique n’est plus lié directement à l’aide étrangère. Celle-ci est devenue un levier mais il existe d’autres sources d’investissement, comme les envois d’argent et les marchés boursiers. En troisième lieu, le développement du marché intérieur africain – la demande des consommateurs – est certes concentré dans les grandes villes, les cinq plus grandes : Le Caire, Johannesburg, Lagos, Kinshasa, Abidjan. Pour autant, les plus petites villes et leurs agglomérations sont de grands centres de l’économie d’agglomération et sont la source d’une demande importante. Tous ces éléments ont créé une dynamique qui, selon moi, sera difficile à inverser. Certaines personnes voudront attendre le jour où la dynamique sera inversée, mais je pense qu’elles seront surprises ! Lors de la crise financière de 2008, j’ai entendu dire que l’Afrique serait le premier continent touché. Nous avons pris les bonnes mesures et nous avons évité la propagation de cette crise.

Quand l’épidémie d’Ebola a éclaté, à nouveau, des gens ont cru que l’Afrique allait régresser, mais la région touchée compte 12 millions de personnes, soit moins de 1 % du PIB africain, moins de 2% de la population. Ces gens avaient oublié les changements fondamentaux qui se sont produits ces dix dernières années. Pour moi, il a été passionnant que mon mandat ait coïncidé avec cette période et que l’on ait modifié la stratégie de la banque pour accompagner ce processus. Nous avons mis l’accent sur les infrastructures, l’intégration économique – qui permet de diminuer les coûts et d’augmenter les ventes. Nous avons aussi insisté sur les investissements privés, la gouvernance tenant compte des risques. Notre stratégie visait à accompagner le mouvement déjà en place au début des années 2000.

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