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African Banker

Une nouvelle banque mobile en Afrique

Orange Bank Africa s’appuie sur le réseau de Orange Money et son partenariat avec le groupe NSIA pour toucher une population peu ou mal bancarisée. Elle permettra des offres de crédit et une rémunération de l’épargne.

Par Laurent Soucaille

Attendue, une nouvelle banque vient d’être lancée officiellement, ce 23 juillet, par le groupe Orange, qui attend les visas des autorités monétaires de l’Uemoa. Elle sera bientôt active en Côte d’Ivoire, avant de s’étendre aux autres pays de l’Afrique de l’Ouest, d’ici la fin de 2021.

Le groupe a noué divers partenariats techniques et financiers, notamment avec le géant ivoirien de la banque assurance NSIA. De plus, Orange Bank Africa s’appuie sur le solide réseau de la filiale Orange Money.

Elle permettra aux clients de cette dernière – étape obligée –, de bénéficier de crédits à partir de 5 000 F.CFA, et de se voir offrir une solution d’épargne rémunérée. Elle se veut « une banque instantanée » distincte des établissements traditionnels. Pour le moment, Orange Bank ne permet pas de réaliser des opérations de virement avec d’autres opérateurs de la place.

Le taux de rémunération de l’épargne sera de 3,5% HT, un taux comparable à celui des banques classiques. À noter que la banque versera les intérêts chaque mois, ce qui rend l’épargne immédiatement valorisable.

Paul de Leusse est directeur général adjoint d’Orange, en charge des services numériques : « L’innovation n’a de sens que si elle est partagée par tous », résume-t-il pour expliquer la philosophie de cette banque qui se veut complémentaire de l’offre existante.

Orange Bank Africa vise dix millions de clients dans les cinq ans, dans la zone Uemoa. « Nous voulons bâtir une offre qui colle aux besoins des clients, que nous connaissons déjà grâce à Orange Money. »

En France, Orange est encore en phase d’investissement – de nouveaux devraient être annoncés très prochainement –, et la banque mobile n’est pas rentable. « En Afrique, nous pensons que nous serons rentables beaucoup plus rapidement, car nous pouvons nous appuyer sur Orange Money et nous connaissons bien nos clients. »

Bien sûr, la rentabilité ne sera pas atteinte la première année, compte tenu des investissements. La rentabilité sera obtenue grâce au volume d’activité, davantage que sur les marges réalisées sur chaque client.

Alioune Ndiaye est le directeur général d’Orange Middle East Africa. Il se réjouit que désormais, « nos clients puissent réaliser d’importantes transactions grâce aux téléphones mobiles » Orange Money « a su répondre à des besoins financiers essentiels ».

Orange Bank Africa permettra de démocratiser un autre besoin, l’accès au crédit. Besoin de trésorerie, financer une activité, financer la rentrée scolaire… les besoins nos nombreux.

Participer au redressement des économies africaines

« Nous permettons de créer davantage de richesses », poursuit le responsable. En effet, les nouvelles technologies contribuent significativement à accélérer l’activité des pays où elles sont déployées. « Orange prend une large part. »

Alioune Ndiaye croit « à l’impact positif d’Orange pour nos clients et pour les pays africains ; nous contribuerons, dans la période actuelle à la reprise des économies africaines ». D’ailleurs, Orange Money aurait gagné de nombreux clients dans la période récente. Le dirigeant rappelle que la vision du groupe est soutenue par la BCEAO qui milite pour l’inclusion financière.

Jean Kakou Diagou est président de NSIA. Son groupe a fait de la banque assurance le cœur de son métier. « C’est pourquoi NCIA s’est allié à Orange, groupe leader dans nos pays. » L’alliance permet d’atteindre le plus grand nombre de clients dans le domaine digital. « Orange Bank Africa a toutes les chances de réussites, explique le patron de NSIA qui considère que ce projet ne vient pas concurrencer notre activité bancaire, mais vient la compléter. »

En effet, la banque s’adresse à la population aux revenus les plus bas, qui n’a pas accès aux services bancaires. Paysans, commerçants, sont particulièrement visés. Ils ont désormais un produit qui leur permet de se développer. « Au fond, les principaux concurrents sont les sociétés traditionnelles de micro-crédit. »

NSIA apporte sa connaissance de la réglementation et du métier de la banque. Si le groupe ivoirien est sollicité par son partenaire, il pourra participer à des lignes de financement. De plus, il pourra mettre à disposition ses contrats d’assurance, à des primes très faibles. « À long terme, si Orange Bank souhaite se déployer dans une autre zone, par exemple en Afrique centrale, nous pourrons l’accompagner », anticipe déjà Jean Kakou Diagou.

Jean-Louis Monnan-Kouamé devient le directeur général d’Orange Bank Africa.

« Beaucoup de gens n’ont pas accès aux services de base ; désormais ce sera possible, avec Orange Bank et Orange Money. » Cette dernière compte dix millions de clients (donc 4 millions d’actifs réguliers) en Côte d’Ivoire. C’est pourquoi il faudra d’abord être client d’Orange Money pour être client d’Orange Bank et de bénéficier d’un crédit.

« Nous pensons toucher aussi les ouvriers, les ménagères, les étudiants. Mais également les salariés du secteur public et du secteur privé, qui auront accès surtout à nos produits d’épargne. »

Des risques calculés en quelques instants

TIK TAK permet d’avoir un accès instantané à un crédit et TIK TAK épargne permet de valoriser son épargne, tout aussi facilement. « Les réponses se font en quelques secondes à nos clients et l’accessibilité est facile ». Il rappelle l’originalité du produit : « Notre modèle repose sur le mobile. Nous n’avons pas de réseau d’agences. C’est ce qui fera la différence avec une banque classique. »

La seconde différence sera dans l’instantanéité de la réponse. « Nous développons de puissants modèles d’analyse de risque qui permettent de répondre très facilement. »

BIO EXPRESS  Jean-Louis Menann-Kouamé 

Originaire de Côte d’Ivoire, Jean-Louis Menann-Kouamé, 43 ans, devient donc le premier directeur général d’Orange Bank Africa.

Avant sa nomination, il était directeur général de la banque internationale pour le commerce et l’industrie au Burkina Faso (BICIAB), filiale de BNP Paribas, où il a passé l’essentiel de sa carrière.

Il est diplômé de l’École nationale de commerce et de gestion d’Agadir au Maroc (Gestion financière et comptable) en 1998. Par la suite, en 2012, il a obtenu un Master in Strategy and Management of International Business de l’ESSEC, à Paris.

Chez BNP Paribas, Jean-Louis Menann-Kouamé a d’abord été Responsable de l’ingénierie financière de la société de gestion et d’intermédiation BICI Bourse, en 1999. Avant de devenir, trois ans plus tard, à 25 ans, directeur général de cette filiale pour l’ensemble de l’Uemoa, en charge des opérations de marché.

En 2009, il est nommé directeur adjoint du département Afrique de BNP Paribas, basé à Paris.  En 2012, il fait son retour en Afrique en devenant directeur général adjoint de la BICI Guinée, la première banque de ce pays. En 2014, il est promu directeur général de la filiale la plus importante de BNP Paribas au sud du Sahara, la BICI Côte d’Ivoire, devenant ainsi le plus jeune à occuper cette fonction dans l’histoire de la banque.

Désigné « Meilleur manager de l`année 2017 » en Côte d’Ivoire par le patronat ivoirien, Jean-Louis Menann-Kouamé est membre du Conseil d’administration du Lycée International Jean Mermoz d’Abidjan.

Pour être client, il faut respecter les critères de la Banque centrale. Avoir 18 ans, justifier de son identité, de sa résidence. Les clients d’Orange Money devront autoriser la banque à reprendre les informations qu’ils ont communiquées pour ouvrir un compte.

Le taux de rémunération de l’épargne sera de 3,5% HT, un taux comparable à celui des banques classiques. À noter que la banque versera les intérêts chaque mois, ce qui rend l’épargne immédiatement valorisable.

Alioune Ndiaye revient sur le recouvrement des prêts. « Nous savons déjà que nos clients ont un usage régulier d’Orange Money ». Grâce à cette connaissance du client, la banque maîtrise ainsi les risques, via son « partenaire » de mobile. Systématiquement, Orange Bank avertira par SMS les emprunteurs de leurs échéances ; en cas de soucis, elle pourra bloquer le compte Orange Money afin de faire réagir un client qui tarderait à rembourser.

Une vigilance sécuritaire de tous les instants

À terme, les dirigeants évoquent l’hypothèse de dresser, avec d’autres opérateurs financiers de la place, une « black list » des mauvais payeurs. De même, des agents de recouvrement pourraient se déplacer, notamment auprès des emprunteurs les plus importants.  « Mais le plus important est bien que la connaissance précise de nos clients – habitude des versements sur le compte Orange Money, par exemple –, nous permet d’établir avec eux une relation de confiance. »

Patrick Roussel, directeur des services financiers mobiles, revient sur les problèmes de sécurité informatique qui se posent dans les pays africains. « Nous avons mis beaucoup de moyens dans ce sujet, afin que la sécurité informatique soit gérée de la meilleure façon possible », rassure-t-il.

Orange Bank, promet-il, aura avec ses partenaires, « une vigilance de tous les instants ». Le modèle obéit à tous les standards internationaux en matière de sécurité, auquel le groupe ajoute des dispositifs de sécurité de l’opérateur de téléphonie Orange. « La transparence et la confiance sont un élément clé de la digitalisation, et nos applications vont accroître la traçabilité des opérations. »

En matière technique, le socle de la banque digitale est désormais solide, poursuit Patrick Roussel ; c’est pourquoi Orange Bank pourra, le moment venu, se déployer dans d’autres pays que la Côte d’Ivoire, une fois les autorisations de la Commission bancaire obtenues. « Nous utiliserons les mêmes partenariats, les mêmes canaux digitaux, qu’en Côte d’Ivoire. »

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