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Une feuille de route pour le secteur financier camerounais

Une feuille de route pour le secteur financier camerounais
  • Publiéjuin 3, 2024

Pour pallier le manque de profondeur des marchés financiers et leur faible inclusivité, le Cameroun lance une nouvelle politique destinée à améliorer leur rôle économique.

 

Le Cameroun met en œuvre une nouvelle politique destinée à attirer les capitaux, via les marchés financiers, en direction du financement des entreprises, notamment des PME. L’objectif est de doter le pays d’une place financière crédible, dont l’activité permette de soutenir financièrement la croissance économique et la transformation structurelle du pays, en offrant des capitaux à son riche tissu entrepreneurial, toujours en peine de financements.

Le CNEF envisage notamment la création d’une Société de gestion des fonds de garantie aux PME, une réforme du Crédit foncier du Cameroun pour en faire un établissement de crédit de second rang.

Sur le plan formel, le ministre des Finances, Louis-Paul Motazé (photo ci-dessus), a lancé le 31 mai 2024 la « Stratégie nationale de développement du secteur financier » (SNDSF). Il s’agit d’une feuille de route conçue par le Comité national économique et financier du Cameroun, un organisme consultatif en matière bancaire, monétaire et financière que préside le ministre Motaze. D’autres institutions comme la Banque mondiale et l’Union européenne ont apporté leur concours à sa rédaction.

Déjà, anticipe le gouvernement, la mise en œuvre de cette stratégie pourrait engendrer un gain de croissance annuelle supplémentaire de 2,3 points de PIB. Pour des recettes budgétaires de plus de 100 milliards de F.CFA (153 millions d’euros) en six ans (2025-2030). Soit un montant voisin du coût prévu d’implémentation de la stratégie, de l’ordre de 102 milliards de F.CFA ; les coûts s’amenuisant au fil des ans.

S’agit-il d’un changement de cap ? Pour le moins, un changement d’ambition. Si les objectifs cités – présentés comme « le scénario pessimiste » ! – sont atteints, le Cameroun reprendrait le chemin de l’émergence économique, quelque peu délaissé ces dernières années. En effet, le pays est loin des croissances moyennes de 8% l’an envisagées en 2020, lors de la publication de la feuille de route décennale du pays, à horizon 2030.

Bien sûr, le Cameroun n’a pas été épargné par les chocs qui ont affecté ou qui affectent encore l’économie mondiale depuis quatre ans. Après 3,8% en 2023, la croissance du PIB devrait atteindre 4,1 % en 2024 et 4,4 % en 2025, relate la BAD dans ses Perspectives économiques actualisées fin mai.

 

Restructurer la microfinance

Cette stratégie prévoit des actions regroupées en six axes principaux, précise le site Investir au Cameroun : renforcer la confiance, la stabilité et la résilience des institutions financières ; mieux exploiter les infrastructures en accélérant les plateformes financières ; améliorer le cadre réglementaire et libérer la concurrence dans les services financiers nationaux et autres services financiers innovants ; améliorer l’inclusion financière et l’accès au crédit des micro, petites et moyennes entreprises ; renforcer les institutions publiques de financement pour rendre l’intervention publique plus efficiente et soutenir le financement à long terme, vert et durable de l’économie.

Par exemple, le ministre Motazé prévoit de mieux structurer la microfinance, par la création, entre autres initiatives, d’un système de garantie des dépôts. Vieux serpent de mer au Cameroun, le gouvernement souhaite un marché plus concurrentiel dans le secteur des télécoms, dominé par l’opérateur public Camtel. Il s’agit également d’installer des autorités de régulation ou d’information sur les marchés financiers, l’accès au crédit, et d’accroître la professionnalisation de ces secteurs.

Le CNEF envisage notamment la création d’une Société de gestion des fonds de garantie aux PME, une réforme du Crédit foncier du Cameroun pour en faire un établissement de crédit de second rang. Il propose également l’application rapide de la loi sur le crédit hypothécaire afin de favoriser le marché du logement – en déficit –, et, effet induit, les professionnels de la chaîne de valeur dont le bois. Le CNEF propose de rendre plus accessibles les différentes plateformes financières, notamment par la numérisation et par la chasse aux asymétries d’information.

« La mise en œuvre de la SNDSF repose sur une gouvernance partenariale devant garantir son efficacité », précise le CNEF. Un comité technique de pilotage, logé au sein de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) assure la mise en œuvre de la stratégie. Rendez-vous en 2027 et en 2030 pour les premières évaluations.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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