x
Close
African Banker

Une année de consolidation pour l’écosystème technologique africain

Une année de consolidation pour l’écosystème technologique africain
  • Publiéjanvier 23, 2024

Le rapport Partech 2023 montre l’ampleur de la chute du capital-risque en direction de la tech africaine. Le continent n’a pas échappé au ralentissement mondial, l’occasion d’une consolidation avant le prochain cycle haussier.

 

Le nombre de transactions a diminué et l’Afrique a attiré beaucoup moins de capitaux, à peine la moitié de ceux de 2022, et ce à tous les stades d’analyse, dans tous les secteurs et dans tous les pays. Tel est le constat sans nuance du rapport Partech 2023 du capital-risque africain.

Plus frappant encore, ajoutent les auteurs dans l’avant-propos : « la moitié des investisseurs ont disparu du marché et ceux qui sont restés ont été moins actifs. » Dès lors, le moment ne serait-il pas venu de faire une pause, de dresser le bilan de l’écosystème et de réfléchir à son évolution ?

« Cette évolution du paysage suggère qu’à mesure que les pays émergents mûrissent et que les start-up atteignent des stades de financement plus avancés, nous pourrions assister à une répartition plus diversifiée entre les différents pays africains dans les schémas d’investissement futurs. »

Bien entendu, sur longue période, le chemin parcouru est immense. Même après la correction de 2023, l’écosystème a été multiplié par près de 10 en termes de transactions et de montants investis. Au total, près de 3 000 tours de table et 20 milliards de dollars ont été investis au cours des dix dernières années, dont 68 % au cours des trois dernières années. L’activité de capital-risque s’est étendue d’une poignée de pays à 38 pays africains. Même si les quatre principaux marchés sont restés dominants, les entrepreneurs du monde entier sont de plus en plus exposés aux investisseurs et ont la possibilité d’accéder aux ressources nécessaires pour créer des entreprises innovantes. Au total, près de 3 000 investisseurs ont été actifs sur le continent au cours de cette période de dix ans, s’engageant auprès de ces entrepreneurs et de leur vision.

Et les spécialistes de Partech de saluer l’émergence d’un « écosystème de capital-risque technologique en Afrique ». Et ce, en dépit des aléas : la crise Covid, l’emballement de 2021, et l’effondrement de la banque SVB. « Chacune de ces crises a obligé tous les acteurs à s’adapter, à apprendre et à mettre en place de nouveaux mécanismes et de nouvelles mesures de protection. »

Devant le recul de 2023, « certains enseignements commencent déjà à se cristalliser », observe Partech. Lorsque l’afflux de capitaux s’est tari, les entreprises se sont efforcées de contrôler leur consommation de trésorerie.

 

Des fondamentaux solides

Les fondateurs ont dû apprendre l’importance d’être « en vie par défaut », c’est-à-dire de ne pas mettre la clef sous la porte si le prochain objectif de collecte de fonds n’est pas atteint. Les dirigeants se concentrent sur une croissance plus durable, en discutant des moyens d’atteindre la rentabilité. Bref, il faut apprendre à naviguer contre le courant.

Les principaux chiffres par pays, en anglais.

 

En attendant le prochain cycle favorable, qui ne fait aucun doute, car « les forces fondamentales qui ont favorisé l’émergence de cet écosystème technologique continueront à façonner son avenir proche » : des économies en croissance, une pénétration accélérée de la technologie et un réservoir de talents entrepreneuriaux de plus en plus profond et de plus en plus fort.

Revenons aux chiffres : en 2023, avec un total de 3,5 milliards $ levés dans 547 transactions, les investissements de capital-risque en Afrique ont connu un ralentissement significatif avec une baisse de 46% du financement total et, pour la première fois en huit ans, une baisse de 28% du nombre de transactions. Alors qu’en 2022, l’Afrique s’est démarquée du ralentissement mondial, en 2023, le secteur technologique africain a connu une baisse plus importante que la tendance mondiale, malgré une certaine résilience du côté de la dette.

Il est vrai que le financement mondial par actions a connu une forte baisse de 38 % en un an, pour atteindre 285 milliards $, tandis que la dette à risque a connu une baisse plus modeste de 5 % pour atteindre 59,2 milliards $.

La technologie africaine n’a pas été épargnée par ces vents contraires macroéconomiques et, à la fin de l’année, la région n’a obtenu qu’un peu plus de la moitié des financements qu’elle avait obtenus en 2022. Le financement total, y compris les capitaux propres et la dette, a chuté de 46 % d’une année sur l’autre, passant de 6,5 milliards $ à 3,5 milliards $.

Et donc, le nombre d’opérations réalisées a chuté de 28 %, passant de 764 à 547 opérations, marquant la première baisse en dix ans.

Au-delà des défis connus liés à l’environnement macroéconomique mondial, deux facteurs clés ont contribué à cette contraction du financement, commente Partech. Premièrement, des levées de fonds prudentes : confrontées à une forte baisse de leur valorisation et à des exigences plus strictes en matière d’économie, de nombreuses start-up se sont concentrées sur l’efficacité de leur trésorerie plutôt que sur la collecte de fonds.

 

Résilience du marché de la dette

Deuxièmement, le retrait des investisseurs du marché : le nombre d’investisseurs ayant participé à des cycles de financement en Afrique en 2023 a diminué de 50 % en un an. La participation des grands fonds institutionnels, qui sont généralement à l’origine des tours de table les plus importants, a fortement diminué. Par exemple, Partech ne relève qu’une opération importante en actions (contre sept en 2022) et trois accords majeurs de dettes (contre quatre en 2022).

En revanche, la résilience des transactions de dette est à souligner. Leur nombre est en légère hausse (74 contre 71) et la baisse en volume (1,2 milliard $ contre 1,6 milliard $) est plus faible que la tendance générale.

Plus généralement, constate Partech, l’Afrique subit le ralentissement mondial avec deux trimestres de décalage, tandis que la baisse est également forte dans d’autres régions, notamment en Amérique latine et en l’Asie du Sud-Est, à plus grande échelle. Enfin, malgré le ralentissement, les niveaux actuels de financement représentent toujours une croissance significative au cours des cinq dernières années, doublant presque les chiffres d’avant 2021.

En matière de levées de fonds par actions, 452 start-up technologiques africaines ont levé un total de 2,3 milliards $ en 2023, soit une baisse de 54 % en un an, et ont réalisé 473 tours de table, soit une baisse de 32 % d’une année sur l’autre. La tendance baissière a été la plus forte au troisième trimestre.

« Cette tendance reflète non seulement un ralentissement de l’activité d’investissement, mais aussi une diminution de la capacité des start-up à lever des capitaux, même pour des montants modestes. En tant que telle, elle pourrait se traduire par une diminution du nombre de start-up qui passeront à des stades de financement plus tardifs dans les années à venir », commente Partech.

Toutefois, les tendances de long terme suggèrent que, « bien qu’affecté par les facteurs économiques mondiaux, le secteur technologique africain maintient une trajectoire de croissance sous-jacente robuste et continue de susciter un intérêt significatif de la part des investisseurs, bien qu’à un rythme plus prudent dans le climat économique actuel ».

 

Confirmant la tendance de 2022, le paysage des levées de fonds à travers les différentes étapes a connu un déclin général, mais la plus grande baisse de la taille des tickets a été au niveau de l’étape dite « de croissance ».

 

Aux Africains de financer l’Afrique !

Les phases d’amorçage (-8%), de série A (-16%) et de croissance (-31%) ont connu des baisses. En revanche, le stade de la série B a maintenu une taille moyenne stable à 18,9 millions $, comme en 2022.

La quasi-totalité des financements au stade de la croissance provenait auparavant de grands fonds mondiaux qui n’avaient pas de mandat dédié à l’Afrique. Ces fonds se réorientent désormais vers leurs mandats principaux.

Un mal pour un bien, suggère Partech : « S’il y a une lueur d’espoir pour l’écosystème dans le retrait des fonds mondiaux, c’est l’opportunité évidente qu’il crée pour les gestionnaires de fonds locaux et axés sur l’Afrique de prendre en charge la phase de croissance. » Les start-up matures qui ont résisté à la tempête et obtenu des capitaux ont également la possibilité de consolider leurs positions et de s’assurer une plus grande part de marché alors que leurs concurrents potentiels sont affaiblis.

Enfin, voyons l’analyse par pays : en dépit d’une baisse de 34% en glissement annuel du total des fonds propres en 2023, l’Afrique du Sud a été l’écosystème le plus résistant du « Top 4 », s’imposant comme le nouveau leader du paysage du financement de la technologie en Afrique. Ce, avec 548 millions $ levés (-34%), détrônant le Nigeria qui a connu une baisse significative du financement total à 468 millions de dollars (-59%).

L’Égypte est le pays le plus durement touché parmi les quatre premiers. Le nombre d’opérations a chuté de 58% pour atteindre 60 opérations de financement en fonds propres. Et le Kenya occupe la troisième place en nombres d’opérations avec 67 tours de table (-35%) mais a connu une forte baisse du montant des financements (-56%) à 335 millions $.

Outre ces pays leaders, le Maroc et le Ghana sont les seuls à avoir dépassé le seuil des 50 millions $ de financement, le Maroc atteignant 93 millions $ (+252 %). Le Royaume talonne désormais le « Top 4 ». D’ailleurs, les pays francophones ont vu leur représentation augmenter, le Maroc, donc, puis le Congo (42 millions $), le Rwanda (38 millions $), la Tunisie (33 millions $) et le Sénégal (27 millions $) obtenant collectivement cinq places dans le Top 10.

L’autre grand changement est l’augmentation très forte de la part des pays francophones, qui ont représenté 68% du volume de financement en actions du « Reste de l’Afrique » (c’est-à-dire en dehors du Top 4 contre 38% en 2022. Voilà « qui constitue un changement radical de l’intérêt des investisseurs », explique Partech dans un chapitre spécial. Seule l’Algérie a été peu performante l’an dernier.

L’Afrique francophone résiste à la chute du capital-investissement

 

Face à la morosité du marché africain – et mondial – du capital investissement, l’Afrique francophone, Maroc en tête, se distingue. La barrière de la langue ne semble plus un obstacle majeur :

L’Afrique francophone résiste à la chute du capital-investissement

@ABanker

Écrit par
Laurent Soucaille

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *