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African Banker

Un soutien sans faille vaut bien un triple A

Un soutien sans faille vaut bien un triple A
  • Publiéjuillet 11, 2024

Bien qu’évoluant au sein d’économies africaines difficiles, la BAD présente un profil de risques faible et bénéficie, quoi qu’il arrive, de l’appui de ses actionnaires, juge Fitch Ratings.

 

« Un soutien extraordinaire de ses actionnaires non régionaux. » Le commentaire est de l’agence Fitch Ratings qui confirme, en ce mois de juillet 2024, sa notation « AAA » sur la dette long terme de la BAD (Banque africaine de développement). Note assortie d’un avis de « perspectives stables ».

« La crise alimentaire provoquée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine et l’augmentation des rendements constituent des risques à la baisse pour nos prévisions concernant les prêts non souverains. »

La « forte propension » des actionnaires à soutenir la BAD reste inchangée par rapport aux précédents avis. Et ce, quand bien même les analystes de Fitch Ratings ont, dans l’intervalle, revu en baisse leur notation sur les États-Unis (notés « AA+ »). L’Oncle Sam est le deuxième actionnaire de la BAD, représentant 6,5 % du capital total à la fin de 2023 et 38 % du capital exigible.

Sachant que la note est également soutenue par le profil de crédit autonome de la BAD, que les analystes revoient un peu à la hausse, ce qui « reflète principalement notre attente que la banque fonctionnera avec des ratios de capital plus élevés à moyen terme », précisent-ils.

Fitch s’attend à ce que la dette nette de la banque reste entièrement couverte par le capital exigible des États membres notés « AAA » dans les mois à venir. Ceci est soutenu par le conseil des gouverneurs de la BAD qui a approuvé une augmentation de 88,1 milliards d’unités de compte du capital exigible, à la fin mai 2024, dont 9 milliards proviendront d’actionnaires les plus « sûrs ». De plus, la BAD pourrait freiner la croissance prévue de ses prêts afin d’alléger la pression sur le ratio de couverture.

En 2023, les paramètres de capitalisation de la BAD se sont nettement améliorés en raison des paiements de capital au titre de la septième augmentation générale du capital. L’opération a notamment contribué à l’amélioration du ratio capitaux propres/actifs (E/A), passé de 24% en 2021 à 28 % à la fin de 2023. La forte augmentation du capital versé a été compensée par la croissance des opérations de prêt.

 

Une qualité de portefeuille améliorée

À la suite des récentes opérations réalisées avec des ratios de capital plus élevés, Fitch s’attend désormais à ce que la banque continue d’opérer avec un ratio E/A supérieur à 25 % ; une attente qui rejoint la stratégie revendiquée de la banque. Les ratios de capital de la BAD bénéficieront de l’émission de capital hybride de 750 millions de dollars en février 2024, et des plans d’émissions de capital hybride supplémentaires à moyen terme.

En matière de profil de risque, Fitch Ratings considère que la BAD a mis en œuvre plusieurs dispositifs pour réduire le risque de crédit, notamment un mécanisme de transfert de risque («  Room2Run ») pour couvrir 1,5 milliard d’unités de compte de prêts souverains, en 2022. « La transaction a amélioré la qualité de crédit moyenne du portefeuille de prêts de la BAD, mais cela a été compensé par les dégradations souveraines de certains pays d’opération de la BAD », font remarquer les analystes. Qui citent en exemple l’Égypte, le Kenya, le Nigeria et la Tunisie.

Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, en compagnie du président américain Joe Biden.
Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, en compagnie du président américain Joe Biden.

Aucune inquiétude non plus du côté des rendements : la BAD présente en ce domaine « un solide historique » de performance des prêts souverains, comme en témoignent les remboursements complets des arriérés par la Somalie en 2020 et le Soudan en 2021. Le Zimbabwe reste le seul pays (représentant 1,0 % du total des prêts souverains) en défaut de paiement auprès de la banque, sur 29 emprunteurs souverains actifs. La part élevée des expositions souveraines dans le total du portefeuille de prêts (83 % à la fin de 2023) est d’ailleurs de nature à rassurer.

Dans les autres compartiments, le ratio des prêts non productifs de la BAD s’est amélioré pour atteindre 2,9 % du total des prêts en 2023, contre 3,4 % un an plus tôt. Les analystes considèrent que ce ratio devrait demeurer dans la fourchette « modérée » (3% à 6%) en raison d’une augmentation attendue des prêts non souverains, forcément un peu plus risqués. « La crise alimentaire provoquée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine et l’augmentation des rendements constituent des risques à la baisse pour nos prévisions concernant les prêts non souverains », préviennent les analystes. Qui seraient rassurés par un apurement des arriérés du Zimbabwe.

Enfin, les autres risques de solvabilité restent « limités », à la faveur de politiques de gestion des risques de la banque jugées « conservatrices » et « excellentes », en ligne avec les pairs. Le tout, bien sûr, dans un « environnement opérationnel » – comprendre : la situation économique de l’Afrique – qui demeure « à haut risque ».

@ABanker

Écrit par
Aude Darc

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