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Sango, le centre crypto de la discorde

Sango, le centre crypto de la discorde
  • Publiémai 29, 2022

La République centrafricaine va se doter d’un incubateur dédié aux cryptomonnaies. Si le président Faustin-Archange Touadera se montre dithyrambique, il s’attire les foudres de la Banque mondiale et des autorités monétaires d’Afrique centrale.

 

Par Laurent Soucaille

La Centrafrique n’en finit pas d’étonner. Quelques semaines après avoir autorisé le bitcoin comme monnaie légale, le pays annonce la création d’un « centre crypto ». Baptisé Sango, cette structure aura pour fonction de constituer un environnement favorable aux entreprises orientées vers les cryptomonnaies. L’initiative suscite l’étonnement – pour ne pas dire l’hostilité –, de la Banque mondiale, qui dément toute participation financière dans ce projet. À hauteur de 35 millions d’euros, l’institution appuie bien la modernisation du système de gestion des Finances publiques de la République centrafricaine, qui prévoit la numérisation de processus tels que le paiement des salaires et la perception des impôts. En revanche, la BM refuse que ses aides viennent appuyer une initiative réalisée sans concertation avec les autorités monétaires de l’Afrique centrale.

La Centrafrique prend le risque de s’exposer à des sanctions économiques ; les premières pourraient venir de la Commission bancaire de l’Afrique centrale qui a demandé aux établissements financiers de ne pas réaliser d’opérations en cryptomonnaies dans le pays.

Pourtant, à en croire le président Faustin-Archange Touadera, « Sango The first Crypto Initiative » constitue un projet national « destiné à poser un jalon visionnaire sur la carte du monde et destiné à créer une opportunité fantastique pour tous ceux qui croient au crypto-investissement ».

Et le Président d’évoquer « une révolution » pour son pays qui va « repositionner l’économie, améliorer les perspectives et changer le destin des citoyens ». D’ailleurs, la République centrafricaine s’adapte « à une époque où il faut s’ouvrir à de nouveaux horizons et à des solutions qui vont au-delà du conventionnel ».

Le Bitcoin, une émancipation du franc CFA ?

Le Président explique, dans un communiqué enthousiaste publié par son administration : « Pour nous, l’économie formelle n’est plus une option. Une bureaucratie impénétrable nous maintient bloqués dans des systèmes qui ne nous donnent pas la possibilité d’être performants. La solution était de repenser notre philosophie économique. »

 

Les préoccupations de la Banque mondiale

Et la Présidence de qualifier le projet Sango de « nouveau mode de gouvernance économique et de vecteur pour des investissements numériques alternatifs, stratégiques, présentant un risque minimal, une grande fluidité et adaptabilité, spécifiques à la nouvelle ère numérique dans laquelle se trouve le monde ». Ainsi, Sango devient « un concept complexe qui va redimensionner la manière dont la technologie est utilisée pour créer des communautés modernes, attrayantes et durables, et donner naissance à des entreprises très performantes ». Ce projet se doublera de la création d’une Banque centrale numérique.

L’adoption du bitcoin dans le pays, dont le taux de pénétration d’Internet est d’environ 11 %, reste donc entourée de mystère. « Il est important que les institutions régionales concernées, telles que la Banque centrale et les autorités bancaires, soient pleinement consultées et restent aux commandes », estime la Banque mondiale dans une réponse citée par l’agence Bloomberg. Il sera « physiquement impossible » pour la Banque mondiale de financer le projet de cryptomonnaie, précise l’institution. Et la BM de préciser que la volatilité actuelle du bitcoin constitue une mauvaise nouvelle pour la Centrafrique, l’« un des pays les plus pauvres et les plus fragiles du monde ».

La BM fait état de « préoccupations concernant la transparence ainsi que les implications potentielles pour l’inclusion financière, le secteur financier et les finances publiques en général, en plus des lacunes environnementales ».

De son côté, le gouverneur de la BEAC, Abbas Mahamat Tolli, a accusé la Centrafrique de vouloir mettre en péril la stabilité monétaire de la région en instaurant une concurrence entre le bitcoin et le franc CFA. La Banque centrale a d’ailleurs reçu le soutien de la Banque mondiale, pour qui « il est important que les institutions régionales compétentes, telles que la Banque centrale et les autorités bancaires, soient pleinement consultées et restent aux commandes ».

La Centrafrique prend donc le risque de s’exposer à des sanctions économiques ; les premières pourraient venir de la Commission bancaire de l’Afrique centrale qui a demandé aux établissements financiers de ne pas réaliser d’opérations en crypto monnaies dans le pays.

Plus généralement, le Fonds monétaire international prévient : « il ne faut pas voir le bitcoin comme une panacée contre les défis économiques auxquels l’Afrique fait face ».

@AfricanBanker

Écrit par
laurent

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