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Pourquoi les monnaies africaines tremblent

Pourquoi les monnaies africaines tremblent
  • Publiéoctobre 21, 2022

Les monnaies africaines se déprécient par rapport au dollar et la hausse des coûts d’importation accentue les pressions inflationnistes.

 

Alors que l’économie mondiale s’enfonce dans une nouvelle période de crise, un indicateur est en forte hausse : la valeur du dollar américain. La moitié environ de l’ensemble du commerce international étant facturé en dollars, un billet vert plus fort nuit aux consommateurs du monde entier qui utilisent des dollars pour payer leurs importations.

La hausse du dollar est en partie due à l’attitude de la Réserve fédérale américaine, qui a augmenté les taux d’intérêt de manière plus agressive que les banques centrales des autres grandes économies. Le fait que le billet vert soit traditionnellement considéré comme un actif « refuge » par les investisseurs en période de volatilité économique a encore renforcé le dollar.

Seul le kwacha zambien a connu une bonne année par rapport au dollar, gagnant 6 %  en 2022. Visiblement, le gouvernement de Hakainde Hichilema a « très bien réussi à établir sa crédibilité politique » au cours de sa première année au pouvoir.

L’Afrique n’est pas la seule à souffrir. La livre sterling a touché son plus bas niveau par rapport au dollar depuis 1985 et le yen japonais son plus bas niveau depuis 1998. L’euro, quant à lui, est passé fin août sous la parité avec le dollar pour la première fois depuis 2002. La dépréciation de l’euro affecte directement les quatorze pays africains qui utilisent le franc CFA, lequel est rattaché à la monnaie unique européenne à un taux fixe.

La monnaie la plus touchée sur le continent est le cedi ghanéen, qui a perdu 40 % de sa valeur par rapport au dollar en 2022. La situation difficile du Ghana reflète la manière dont la confiance des investisseurs a été affectée par la crise budgétaire du pays, qui a conduit Accra à demander un renflouement au FMI. L’agence de notation Fitch a abaissé la note de crédit du Ghana à CCC en août, signalant que « le défaut de paiement est une réelle possibilité ».

 

Le paradoxe du Nigeria

Le rand sud-africain est une autre devise majeure sous pression dans un contexte de perte de confiance des investisseurs. Le rand suit une tendance à la baisse par rapport au dollar américain depuis plusieurs années et s’est déprécié de 9 % en 2022.

Irmgard Erasmus, économiste financier principal chez Oxford Economics Africa, estime qu’un « contexte de croissance très faible » est à l’origine des difficultés de la monnaie. Les délestages sont l’un des nombreux facteurs qui ont contribué à la persistance de taux de croissance anémiques. Selon l’analyste, la Banque de réserve sud-africaine (SARB), qui a déjà relevé les taux d’intérêt quatre fois cette année, subit la pression des marchés financiers. Irmgard Erasmus prévient que des hausses de taux plus faibles que prévu entraîneront une « punition » pour le rand. Cela met toutefois la SARB dans une position difficile, étant donné que l’inflation semble déjà avoir atteint un pic. En l’absence d’une forte justification intérieure, la SARB « ne peut pas resserrer sa politique de manière trop agressive, uniquement pour gérer la pression sur le rand », explique la spécialiste.

Les pays africains qui ne disposent pas d’une base solide d’exportation sont dans une position exposée. Le shilling kenyan, par exemple, a vu sa valeur baisser de 6 % depuis le début de l’année. Dans le contexte d’une faible reprise économique post-Covid et d’une sécheresse persistante, le secteur horticole kényan – dont le pays dépend pour générer des devises – reste dans le marasme. La volatilité des taux de change a « frappé notre pays de plein fouet, car nous sommes un importateur net », déclare Job Wanjohi, responsable de la politique, de la recherche et de la défense des intérêts de l’Association kényane des fabricants.

Job Wanjohi indique que l’année dernière, les prix ont « grimpé en flèche » » affectant les marges des entreprises manufacturières qui, selon lui, importent généralement environ 80 % des matières premières et des biens intermédiaires utilisés dans leurs produits. Le Kenya fait partie des nombreux pays africains particulièrement vulnérables en raison de sa dépendance à l’égard des importations de carburant. En raison de la volatilité des taux de change, le Kenya a subi une double peine : le coût du carburant a augmenté en raison de la hausse des prix de gros et de la dépréciation du shilling kenyan. Job Wanjohi note que les entreprises manufacturières doivent maintenant faire face à une augmentation des coûts de transport et paient souvent plus cher pour faire fonctionner les générateurs diesel.

Le Nigeria est l’un des pays qui devrait s’écarter de cette tendance. En tant que grand producteur et exportateur de pétrole, la théorie économique voudrait que 2022 soit une année faste pour le pays le plus peuplé d’Afrique. En réalité, c’est le contraire qui se produit. La baisse de la production pétrolière – consécutive à des années de sous-investissement, de vols et de vandalisme de plus en plus fréquents – et le coût massif des subventions aux importations de produits pétroliers raffinés ont contribué à aggraver la crise économique.

Le système complexe de taux de change multiples du Nigeria complique l’accès aux dollars pour les entreprises et les particuliers, en particulier en période de crise économique. L’application de taux de change parallèles est un « jeu dangereux », selon Zuhumnan Dapel, chercheur principal au Nigerian Economic Summit Group. Il note que ce système permet à des personnalités puissantes d’obtenir des devises de la Banque centrale du Nigeria et de les vendre sur le marché noir à des « taux exorbitants ».

Dans un contexte de hausse du coût des importations et de pénurie de dollars, le taux d’inflation officiel du Nigeria a dépassé 20 % en août pour la première fois en 17 ans. « C’est sans aucun doute un facteur qui dissuade les investisseurs », déclare Janet Ogabi, analyste de recherche senior au cabinet de conseil Tellimer. Elle cite l’exemple d’Emirates, qui a menacé le mois dernier qu’elle suspendrait ses vols vers le Nigeria en raison de son incapacité à rapatrier les devises. La question de savoir si le prochain président du Nigeria, qui sera élu l’année prochaine, réformera le système de taux de change dysfonctionnel est la « question à un million de dollars » pour le pays, lâche Janet Ogabi.

 

La Zambie, une porte de sortie ?

De toutes les principales devises africaines, seul le kwacha zambien a connu une bonne année par rapport au dollar, gagnant 6 %  en 2022. La principale leçon à tirer de la Zambie est que le gouvernement de Hakainde Hichilema a « très bien réussi à établir sa crédibilité politique » au cours de sa première année au pouvoir, estime Irmgard Erasmus. Qui salue les efforts déployés par le gouvernement pour rétablir la transparence – un facteur essentiel pour convaincre le FMI de débourser un prêt de 1,3 milliard $.

Cela état, l’analyste prévient que d’autres pays auront du mal à suivre l’exemple de la Zambie. « Le cas de la Zambie est assez unique. » En effet, dans une certaine mesure, le kwacha avait déjà touché le fond après une longue période de mauvaise gestion économique qui a abouti à un défaut de paiement souverain en 2020. Irmgard Erasmus prévient également que les négociations difficiles de restructuration de la dette avec les créanciers et les chiffres décevants de la production de cuivre sont susceptibles de peser sur la monnaie au cours des prochains mois. En effet, tous les pays africains sont confrontés à un environnement extérieur difficile. La faiblesse de la croissance en Chine et la croissance encore plus faible des marchés développés signifient que la demande d’exportations africaines devrait rester faible dans un avenir prévisible. Pour les décideurs africains qui cherchent à gérer les risques de change, il n’y a pas de solution facile pour sortir du cycle de la crise.

@ABanker

 

Écrit par
Ben Payton

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