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African Banker

Pourquoi la BEAC relève ses taux

La Banque centrale des États d’Afrique centrale préfère anticiper la persistance des tensions inflationnistes, cette année, et relève ses taux directeurs. Toutefois, l’institution se montre plutôt sereine dans une perspective de moyen terme, à l’égard des économies de la zone CEMAC.

 

Par Laurent Soucaille

Ni panique, ni excès de confiance. Sans surprise, la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) a relevé ses taux directeurs, face aux incertitudes actuelles et devant les risques inflationnistes. Toutefois, elle se montre plutôt rassurante concernant les grands équilibres macroéconomiques et budgétaires de la zone Cemac.

Le Comité de politique monétaire (CPM) de la BEAC a tenu sa première session de l’année, le 28 mars 2022, sous la présidence du gouverneur Abbas Mahamat Tolli.

Au niveau international, note le Comité, le FMI prévoit un taux de croissance de l’économie mondiale de 4,4% en 2022, contre 5,9% en 2021. Le FMI avait abaissé sa précédente prévision de 0,5 point en janvier, mais ne l’a pas modifié officiellement depuis, constatant néanmoins les poussées inflationnistes.

Le taux d’intérêt des appels d’offres passe de 3,50% à 4,00% ; le taux de la facilité de prêt marginal passe de 5,25% à 5,75%. En revanche, le Comité de politique monétaire laisse inchangés les ratios appliqués aux banques commerciales.

 

« Ces prévisions sont actuellement remises en cause par les tensions politiques en Europe et leur impact sur les prix de certaines matières premières, en particulier l’énergie, les produits alimentaires et les intrants agricoles », prévient le CPM. Lequel s’attend à ce que le FMI revoie ses prévisions en baisse, lors de la parution, courant avril, de ses Perspectives de l’économie mondiale.

Compte tenu de l’accélération de l’inflation, plusieurs banques centrales ont procédé au resserrement de leur politique monétaire dans un contexte d’incertitudes des prévisions macroéconomiques.

Au niveau de l’Afrique centrale, le CPM a pris acte de l’orientation globalement à la hausse de la balance des risques. Avec, d’une part, une accélération des pressions inflationnistes, consécutives à la forte hausse des prix des produits importés, notamment alimentaires. Et, d’autre part, une faible accumulation des réserves de change.

Ainsi, les prévisions récentes des services de la BEAC tablent sur un taux de croissance du PIB réel de 3,1% en 2022, contre 1,4% en 2021, porté principalement par un rebond de la croissance pétrolière. La BEAC prévoit une remontée des pressions inflationnistes, avec une hausse des prix de 3,6% en 2022, contre 1,6% l’an dernier. De plus, les économistes s’attendent à un resserrement des soldes extérieur (1,1% du PIB) et budgétaire (0,6% du PIB), qui deviendraient donc excédentaires (dons compris).

 

Un effet bénéfique des réformes

Dans ce contexte, la masse monétaire de la Cemac pourrait croître de 13,5%, estime le banquier central. Qui anticipe une hausse des réserves de change, à 3,66 mois d’importations de biens et services à horizon décembre 2022, contre 3,59 mois un an plus tôt. Enfin, le taux de couverture extérieure de la monnaie passerait de 64,1% en 2021 à 68,3% en 2022.  

Pour conclure, le CPM considère qu’à moyen terme, la reprise économique amorcée en 2021 devrait se poursuivre sur la période 2022-2025, malgré la forte hausse de l’incertitude au niveau mondial, « grâce aux effets vertueux des réformes structurelles engagées dans le cadre des programmes économiques et financiers des pays ».

C’est bien « sur la base de ces perspectives macroéconomiques de la Cemac à court et moyen termes, et compte tenu des facteurs de risque pesant sur la stabilité monétaire et les développements récents du marché monétaire », que le CPM a décidé de relever ses taux.

Le taux d’intérêt des appels d’offres passe de 3,50% à 4,00% ; le taux de la facilité de prêt marginal passe de 5,25% à 5,75%. En revanche, le CPM laisse inchangés les ratios appliqués aux banques commerciales. À savoir le taux nul de la facilité de dépôt et les coefficients de réserves obligatoires sur les exigibilités à vue (7%) et à terme (4,5%).

En bref

La BEAC veut relancer le marché secondaire des OAT

Afin de lutter contre les effets économiques de la Covid-19, les États de la Cemac ont émis de nombreuses OAT (obligations assimilables du Trésor) et autres bons. Les valeurs du Trésor avaient augmenté de 32%, à 4 775 milliards de F.CFA (7,28 milliards d’euros), à fin février 2022. Cameroun, Gabon et Congo ont été les plus dynamiques sur le marché.

Rien d’alarmant au niveau des dettes de chaque État, mais la BEAC, dans une note récente, s’inquiète néanmoins du risque encouru par les banques commerciales, seules habilitées à acheter ces titres sur le marché primaire. « La dynamique du marché des titres publics est certes satisfaisante, mais expose grandement le système bancaire au risque souverain en l’absence d’un marché secondaire dynamique. De plus, la recrudescence des émissions contribue en partie à l’érosion des réserves de change et pourrait compromettre à terme la stabilité externe. » 

C’est pourquoi, pour la BEAC, il faut accélérer la dynamique du marché secondaire, celui de la revente des titres aux épargnants. « Afin d’accroître la capacité des Spécialistes en valeur du trésor à soutenir la dynamique croissante de ce marché sans être exposés aux contraintes prudentielles d’exposition au risque souverain. »

@LS

 

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