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African Banker

Opinion : Nos banques font-elles leur métier?

Une situation de rente

La montée en puissance du portefeuille titre conduit inéluctablement à une augmen­tation du service de la dette intérieure et à un effet d’éviction des entreprises privées par les entreprises publiques.

En effet, le Trésor vend ses obligations à un taux compris entre 6 % et 7 %. Ce taux est deux à trois fois plus élevé que celui proposé par la Banque mondiale. On assiste ainsi à une réduction des ressources allouées à l’investissement privé c’est-à-dire un effet d’éviction qui ne peut être qu’important.

Or, le système bancaire tunisien se carac­térise déjà par « une concentration collusive ». Les cinq premières banques (STB, BNA, BIAT, BH, AB) détiennent en effet plus de 50 % du marché. Bénéficiant d’une situation de rente, les banques tunisiennes tardent à devenir concurrentielles. Les entreprises souffrent de cette situation de rente. De là naît le paradoxe « Les banques se portent bien et l’économie souffre », comme l’indique le tableau ci-dessous.

Nous dirigeons-nous alors vers un glis­sement du modèle Originate to hold vers le modèle Originate to distribute. En Afrique en général, nos modèles bancaires sont encore basés sur le principe du Originate to hold : ce mécanisme correspond au système bancaire traditionnel où l’intermédiaire financier qui offre un prêt va l’inscrire dans son bilan jusqu’au remboursement complet du principal et des intérêts.

Il s’agit donc d’un investissement risqué de long terme qui apparaît à l’actif bilan de la banque. Il témoigne de l’engagement à long terme de la banque dans la croissance économique du pays.

Inversement, dans le modèle Origi­nate to distribute, à l’origine de la crise des subprimes, c’est l’appât du gain qu’offre le marché financier qui prédo­mine. Ainsi l’intermédiaire financier ne conserve pas dans son bilan le prêt qu’il vient d’émettre mais le transforme en un actif financier vendu sur le marché.

Le prêt est ainsi « titrisé ». La banque se contente donc de sélectionner l’emprunteur et ne porte plus le risque. Elle est rémunérée par une commission au moment de la vente et non plus par un taux débiteur puisqu’elle n’offre plus de crédit.

Le paradoxe en zone CEMAC

Dans un travail de recherche récent, les professeurs Désiré Avom, de l’université de Dschang (Cameroun) et Bruno Emmanuel Ongo Nkoa de l’université de Yaoundé II, font un constat pour le moins curieux.

En zone Cemac, les deux chercheurs observent depuis de nombreuses années un rationnement du crédit dans un contexte de surliquidité. En conséquence, le spread explicite obtenu à partir des taux débiteurs et créditeurs a diminué, en passant de 3,25 % en 2000 à 1,75 % en 2012, soit une baisse 1,5 point. Au cours de la même période, le spread implicite calculé à partir des produits et des charges à la clientèle a connu une augmentation constante.

En d’autres termes, la diminution du spread d’intermédiation ne s’est pas traduite par une régression du produit net bancaire. Curieux, non ?

Avom et Ongo Nkoa s’interrogent : de quoi vivent les petites banques ? Cette distorsion du compte de résultat signifie-t-elle que les banques de la sous-région ne vivent plus des produits fondés sur leur activité d’intermédiation visant le financement des entreprises ?

Autrement dit, quels seraient les véritables sources de revenus et les réels déterminants des marges d’intérêt de certaines banques dans la zone ? Selon les auteurs, la restructuration bancaire en zone Cemac n’aurait pas conduit à une réelle implication des banques dans le financement de l’économie, mais plutôt à un rationnement de crédit dans un contexte caractérisé pourtant par une surliquidité bancaire.

Ils précisent : les commissions et produits et charges d’exploitation ont contribué à augmen­ter le PNB des petites banques. En effet, si les marges d’intérêt demeurent la source princi­pale du PNB des banques de grandes tailles ou des filiales bancaires, elles restent assez marginales dans le cas des banques de petite taille. Les petites banques ont des revenus essentiellement composés de commissions de fonctionnement de comptes, des moyens de paiements comme les cartes et de revenus d’activité internationale à travers les virements entre banques nationales et étrangères.

Un équilibre insoutenable à long terme

Les banques publiques ou privées peuvent profiter du financement accru des bons du Trésor, dans la mesure où ces derniers sont des actifs peu risqués et liquides. Ils offrent aussi un rendement attractif dépassant parfois les 7 % pour les maturités longues.

Par facilité, les banques préfèrent placer leurs excédents de ressources dans des instruments financiers à faible risque et plus liquides. Elles vont donc privilégier l’État au détriment du secteur privé. À travers ces investissements, les banques s’assurent un spread de taux de plus 2,7 points sans supporter les coûts inhérents au risque émetteur.

Les effets de la dette publique intérieure sur le développement des intermédiaires financiers peuvent être dirimants notamment en détournant les crédits potentiellement accordés au secteur privé. L’émission des titres publics sur les marchés financiers aurait donc pour effet d’évincer les emprunteurs privés au profit de l’État. À long terme, c’est la croissance économique et l’emploi qui en pâtissent directement.

Approfondir la recherche

Comment faire revenir certaines banques africaines vers leur coeur de métier : la trans­formation de la liquidité disponible en crédits aux entreprises ? Comment éviter les revenus faciles procurés par les agios et s’engager dans le financement des petits entrepreneurs ?

Les chercheurs tentent de démontrer les grands paradoxes que connaissent encore certaines banques africaines, afin d’améliorer leurs pratiques et assainir leur gouvernance. Sans doute, les États et les Banques centrales ont aussi leur mot à dire sur la question de la « réintermédiation » des banques en Afrique, afin de contribuer plus efficacement au finan­cement de l’émergence du continent.

ENCADRE

Les services financiers via la téléphonie mobile au sein de l’Uemoa

L’offre de services financiers via la téléphonie mobile comprend trois catégories de services :

– Le premier type concerne essentiellement les dépôts d’espèces ou rechargements de porte-monnaie électroniques, ainsi que les retraits. Ils représentent 24 % (part la plus élevée) des transactions effectuées par les utilisateurs. Les dépôts d’espèces permettent aux clients d’approvisionner leurs comptes de monnaie électronique.

– La monnaie électronique rechargée est utilisée à hauteur de 76 %, prioritairement pour les achats de crédit téléphonique, les paiements de factures, l’exécution de transferts de personne à personne, de personne à entreprise et aux administrations publiques.

– Les services dits de « deuxième généra­tion », à savoir la micro-assurance, la micro-épargne et le microcrédit, font leur apparition. Leur développement pourrait constituer une opportunité de bancarisation des utilisateurs de ces services.

Enfin, un début d’interopérabilité est mis en oeuvre sur la base de conventions bilatérales entre les acteurs, notamment en vue d’offrir des services de paiement transfrontaliers entre les pays membres de l’Union.

Source : BCEAO

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