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Nigeria : aux origines du délicat renouvellement des billets

Nigeria : aux origines du délicat renouvellement des billets
  • Publiéjanvier 19, 2023

Un plan visant à remplacer les vieux billets de banque fatigués et ceux prétendument thésaurisés par les citoyens a entraîné la chute du naira sur le marché parallèle. L’opération, qui se révèle plus difficile que prévu, révèle les fragilités de l’économie du Nigeria.

 

Le plan de la Banque centrale du Nigeria (CBN) visant à imprimer de nouveaux billets en naira a déclenché une chute spectaculaire de la monnaie et un rebond rapide, ce qui a incité les analystes à mettre en évidence une série de pressions inflationnistes dans l’économie.

Le 25 octobre, la CBN a déclaré qu’elle allait émettre des billets de 200, 500 et 1 000 nairas redessinés à compter du 15 décembre 2022. La CBN invoque « une thésaurisation importante des billets par les membres du public, aggravant la pénurie de billets propres et en bon état » et « la facilité et le risque croissants de contrefaçon » comme les principales raisons de l’émission des nouveaux billets.

« Cette tendance à la baisse de la valeur du naira est susceptible de perdurer à court terme, étant donné la faiblesse des recettes pétrolières due au vol de pétrole et à l’augmentation des subventions aux carburants, ainsi que la faiblesse des importations de capitaux. »

Elle a précisé que les billets visés par le remplacement ont cours légal jusqu’au 31 janvier 2023. Cela représente moins d’un mois avant les élections générales, au cours desquelles les Nigérians choisiront un nouveau dirigeant pour remplacer le président Muhammadu Buhari, qui achèvera son deuxième et dernier mandat en mai. Le plan de la CBN a semblé effrayer temporairement le marché parallèle, où une majorité de Nigérians s’approvisionnent en monnaies étrangères en raison de la faible liquidité du marché officiel.

 

Réaction mitigée

Si les facteurs à l’origine de la dévaluation vont bien au-delà de la décision de la CBN, le plan a néanmoins suscité des divisions. Ainsi, la ministre des Finances, Zainab Ahmed, a-t-elle déclaré que son ministère n’avait pas été consulté ! « C’est une annonce que nous avons entendue. L’une des raisons pour lesquelles elle a été préconisée est que c’est l’un des moyens d’éponger les liquidités pour gérer l’inflation. Mais il y a aussi des conséquences – nous sommes en train de les analyser. Il y aura des avantages, mais aussi des défis. Et je ne sais pas si les autorités monétaires ont réellement examiné de très près quelles seront les conséquences et comment elles vont les atténuer. »

En revanche, la présidence nigériane a fait savoir que l’opération avait le soutien du président Buhari et qu’il était « convaincu que la nation y gagnera beaucoup ». Pour le Président, « Les personnes ayant de l’argent illicite enfoui sous le sol auront un défi à relever avec cela, mais les travailleurs et les entreprises ayant des revenus légitimes ne rencontreront aucune difficulté ».

La réaction du secteur privé a été moins favorable. Muda Yusuf, directeur général du Centre pour la promotion de l’entreprise privée (CPPE), affirme que le yo-yo du naira provoque « beaucoup de dégâts du point de vue de l’inflation, car il existe une corrélation très forte entre la dépréciation du taux de change et l’inflation ».

La crise actuelle du marché des changes et la dépréciation du naira qui l’accompagne ont un impact négatif sur l’économie, confirme Uche Uwaleke, professeur de Finance à l’université de l’État de Nasarawa, à Keffi. « La composante importation de la hausse de l’inflation s’accentue, et de nombreuses entreprises qui dépendent des matières premières importées ferment boutique et licencient. Ainsi, le chômage augmente et, par extension, le niveau de pauvreté. Les investissements étrangers se tarissent en raison de la volatilité des taux de change. Déjà, certaines compagnies aériennes étrangères ont suspendu leurs vols vers le Nigeria en raison de l’impossibilité de rapatrier les fonds provenant de la vente des billets. »

 

Les causes multiples de l’inflation

Le Nigeria étant une « nation hautement dépendante des importations », les coûts de production continuent de grimper en flèche avec la chute du naira sur le marché parallèle, explique Muda Yusuf du CPPE. « L’inflation est le plus grand défi auquel nous sommes confrontés, face à l’appréciation des devises, et lorsque vous avez une forte inflation, cela affecte le pouvoir d’achat. Elle contribue beaucoup à la pauvreté, elle affecte le bien-être de la population et, dans une certaine mesure, elle crée même un certain mécontentement social dans le pays. »

L’inflation au Nigeria atteint actuellement 20 % – 21 %, son plus haut niveau depuis 17 ans, en raison de l’augmentation des coûts du gaz, du carburant et du transport. Cette situation a incité la CBN à accroître son principal taux directeur à 15,5 %, contre 14 % précédemment.

De son côté, le gouverneur de la CBN, Godwin Emefiele, attribue l’inflation à « une baisse des niveaux de production, des nouvelles commandes, des niveaux de stocks, des niveaux d’emploi et des chocs de l’économie mondiale associés à la fois à la guerre Russie-Ukraine et à la pandémie persistante, ainsi qu’à d’autres chocs intérieurs ».

L’annonce des billets de banque est l’un des nombreux événements qui déclenchent une fuite vers le dollar, déclare Joachim MacEbong, analyste principal de la gouvernance chez Stears Insights. « Le problème le plus important est peut-être une nouvelle hausse des taux par la Réserve fédérale américaine, qui a aggravé la pression sur la monnaie. Les investisseurs ont afflué vers le billet vert, plus attractif. Le Nigeria ne dispose pas non plus des devises nécessaires pour satisfaire la demande à l’heure actuelle, comme en témoigne la difficulté à autoriser les compagnies aériennes à rapatrier leurs fonds. Donc, au final, la CBN a peu de crédibilité, et cela nuit définitivement au naira. »

Le régime actuel de taux de change multiples de la Banque centrale, la volatilité du marché du pétrole brut et l’incapacité du Nigeria à atteindre les objectifs de production pétrolière sont quelques-unes des autres causes de la pénurie de dollars. Le régime de taux de change multiples comprend un taux rattaché au billet vert pour les transactions gouvernementales et un taux beaucoup plus faible, le Nafex, qui est déterminé par le marché. D’autres taux sont fixés pour les petites et moyennes entreprises et les voyageurs. Nombreux sont ceux qui se tournent vers le marché parallèle pour avoir une idée plus précise de la valeur de la monnaie.

 

Trop de vents contraires

Le gouvernement lui-même a reconnu les défaillances du système de taux de change actuel dans son rapport sur le cadre de financement national intégré publié en octobre 2022 : « Le système de taux de change multiples et l’accès limité aux devises étrangères constituent un obstacle important au fonctionnement des entreprises. Ce système de taux de change et sa volatilité inhérente découragent les investissements au Nigeria. »

Le professeur Uwaleke craint qu’il n’y ait pas de solution imminente aux problèmes compte tenu des vents contraires internationaux et nationaux. « Malheureusement, cette tendance à la baisse de la valeur du naira est susceptible de perdurer à court terme, étant donné la faiblesse des recettes pétrolières due au vol de pétrole et à l’augmentation des subventions aux carburants, ainsi que la faiblesse des importations de capitaux en partie à cause de la guerre russo-ukrainienne, et la crise croissante des devises et la dépréciation du naira qui en découle, qui pèse lourdement sur l’économie. »

@ABanker

 

Écrit par
Ruth Olurounbi

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