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African Banker

Nicolas Dufourcq :  Les actions de Bpifrance en Afrique

La Banque publique d’investissement se veut la banque des entrepreneurs », dont le Business model semble transposable en Afrique. Son directeur général, Nicolas Durfourcq, décrit son mode d’emploi et les actions menées sur le continent.

Par Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

Quel est le modèle économique de Bpifrance, cette « banque des entrepreneurs » que vous dirigez depuis 2013 ?

Bpifrance a énormément grandi dans toutes les composantes du métier et avec de nouvelles activités. Cette croissance est partie pour être exponentielle. C’est une banque qui s’intéresse aux besoins de l’entrepreneur dans toutes ses composantes, depuis l’idée qui vient à l’esprit de l’entrepreneur jusqu’à sa réalisation.

Nous avons divers métiers qui correspondent à notre raison d’être : permettre aux entrepreneurs d’oser grandir. Ces métiers sont le crédit, dont le business model est de facturer un taux d’intérêt. Dans l’apport de fonds propres – nous investissons en capital 4 milliards d’euros par an dans des entreprises françaises –, le business model est la plus-value réalisée sur la revente et les dividendes. Le troisième métier, un peu plus subventionnel, est celui de l’accompagnement à la création d’entreprise avec des ressources publiques, même si nous facturons aux entrepreneurs un petit taux d’intérêt.

Nous avons également un métier très important de financement de l’innovation avec des avances remboursables, des prêts à l’innovation et des prêts à l’amorçage où nous facturons aussi un petit intérêt mais où la composante subventionnelle est très importante puisque l’activité est très risquée.

Bpifrance continuera, en 2022, de proposer du crédit direct aux PME, du crédit export, de la garantie. Elle va continuer de financer le Private equity africain et de conseiller les trois pays africains avec lesquels nous travaillons sur la création de leur BPI : Sénégal, Côte d’Ivoire, Tunisie.

Et puis, nous avons aussi un métier de conseil, de plus en plus important, où nous sommes aux côtés des entrepreneurs, nous déployons un peu plus de 400 consultants et nous facturons des missions.

Au total, Bpifrance est une belle entreprise qui a 45 milliards d’euros d’actifs sous gestion et 45 milliards de crédits sous gestion. Elle aura engendré, pour l’exercice 2021, 1,7 milliard d’euros de résultat net.

Dès 2013, vous avez orchestré la dimension ouverture vers l’extérieur, notamment vers l’Afrique. Comment jugez-vous cette expérience ?

Nous avons beaucoup avancé sur l’Afrique. Depuis des années, nous finançons des fonds de Private equity africains qui eux-mêmes ont investi environ dans 150 entreprises. Au total, avec nos financements, nous avons déclenché la mise à disposition de fonds de l’ordre d’un milliard d’euros.

Dans les années qui viennent, nous voulons très largement augmenter cette enveloppe avec nos partenaires financiers que nous sommes allés chercher dans le monde entier au profit de l’Afrique.

Bpifrance dispose d’une activité très importante de financement de l’export des PME françaises vers l’Afrique ; elle représente à peu près 300 millions d’euros de crédit export par an.

Elle dispose également une activité de financement des entreprises exportatrices avec des prêts qui financent toute la dimension immatérielle de l’export pour plusieurs centaines de millions d’euros par an. Vous le voyez, nous disposons d’une belle boîte à outils.

Au-delà, nous pensons que le modèle de la banque d’entrepreneur est un bon modèle pour les pays africains. Nous mettons à disposition des gouvernements africains nos savoir-faire, nos connaissances, nos équipes techniques pour les aider à monter leurs propres BPI. Avec des projets que nous allons trouver dans les pays francophones en particulier.

Est-ce qu’on vous écoute ?

Les pays africains ont beaucoup observé le succès de la BPI en France et cela leur donne diverses idées. Nous n’avons pas de difficulté à les convaincre qu’un outil de guichet unique, qui simplifie la vie de l’entrepreneur, pourvu d’une grande dimension numérique, est une nécessité pour leur économie.

Comment concilier l’action au quotidien et la vision à long terme ?

On a la chance de pratiquer un métier qui nous permet d’entremêler la réflexion stratégique et l’action pratico-pratique au quotidien. Il n’y a pas mieux pour la réflexion stratégique que d’écouter les entrepreneurs, les chercheurs et les scientifiques !

Comme nous sommes essentiellement une banque du passage à l’action, hyper-pragmatique, avec un jeu de jambes de boxeur, nous agissons très vite ! Bpifrance met en œuvre très rapidement des mesures, déploie des plans un peu à la vitesse de la lumière. Les années se suivent et sont de plus en plus fécondes.

L’Afrique est un continent où tout est à faire, avec des pays anglophones, lusophones et francophones. En quoi le modèle Bpifrance pourrait-il être utile pour l’Afrique ?

Les générations de jeunes Africains sont tout à fait prêtes à devenir entrepreneurs pour peu qu’on leur en donne les moyens. Nous avons un devoir éthique à rechercher cela. Ce n’est pas très compliqué, il s’agit de faire des petits crédits à des taux abordables. Et non pas, comme on le voit aujourd’hui, des crédits à six mois à des taux de 17%. Si on en reste là, on n’y arrivera jamais.

Il faut être en mesure de proposer des crédits de trois ou quatre ans, aux taux inférieurs à 10%, de manière que les entrepreneurs puissent déployer des projets. C’est risqué mais je pense que les ressources publiques sont aussi là pour couvrir ce risque. En tout cas, c’est une nécessité.

Cela dit, l’Afrique dispose d’une kyrielle d’institutions de mésofinance et de microfinance. Dont l’offre n’est pas si différente de ce que vous imaginez ou pratiquez…

Vous avez tout à fait raison. L’Afrique compte de nombreuses institutions mais il est trop faible pour la dimension du besoin. De plus, elles proposent aussi sur des taux très élevés. Il faut que le tailleur de quartier qui a déjà cinq salariés et qui veut passer à quinze salariés puisse emprunter quelques milliers d’équivalent-euros pour plusieurs années à des taux qui ne soient pas « punitifs ». Je pense que c’est bien l’objectif que nous partageons avec les gouvernements.

Dans ce contexte de crise sanitaire, comment voyez-vous la croissance ?

Nous sommes dans un moment fascinant d’explosion technologique qui permet d’ouvrir des perspectives et des opportunités considérables partout. Il faut simplement avoir des entrepreneurs bien équipés en formation et en financement. Il faut aller capter cette ressource d’énergie humaine énorme que l’on voit apparaître dans tous les pays, de nouvelles générations sont totalement numériques, pleines de projets et d’idées. Nous devons leur donner les moyens de s’accomplir.

Comment regardez-vous le rapport entre la France et l’Afrique à travers le tissu économique et les chantiers à mener ensemble ?

Les choses avancent dans la bonne direction. Je suis inquiet de constater la situation de plusieurs pays où le PIB par tête n’a pas bougé depuis vingt ans à cause de la croissance démographique, en particulier. Il faut des mesures extrêmement résolues pour relever les défis. La construction de banques d’investissement pour entrepreneurs fait partie de ce catalogue de mesures fondamentales et nécessaires à brève échéance. On n’a pas énormément de temps.

Comment sera l’année 2022 pour vos projets africains ?

Bpifrance continuera de proposer du crédit direct aux PME, du crédit export, de la garantie. Elle va continuer de financer le Private equity africain, et de conseiller les trois pays africains avec lesquels nous travaillons actuellement sur la création de leur BPI : Sénégal, Côte d’Ivoire, Tunisie.

Revenons à l’exemple français, comment Bpifrance est-elle répartie sur le territoire ?

Nous comptons 50 agences régionales qui nous permettent de toucher l’essentiel des entrepreneurs français. Nous disposons également des canaux numériques de plus en plus importants puisque Bpifrance est devenue une Fintech.

Nous proposons du crédit numérique en ligne pour les plus petites entreprises et nous sommes très présents en région, à travers nos actions de communication physique qui prennent la forme de tours de France multiples et variés. Ils sont consacrés à l’industrie, aux industries culturelles, à l’innovation, à la recherche etc. Nous sommes une banque assez nomade et un peu « caravane », avec des camions qui sillonnent la France à la rencontre des gens…

Comment restez-vous agile, rapide et dans la proximité ?

C’est l’art du management et aussi la décision que j’ai prise de ne pas devenir une grosse organisation. Nous comptons aujourd’hui 3 500 salariés pour faire tout ce que je viens d’indiquer. Les équipes déclenchent des effets multiplicateurs et nous travaillons sans cesse avec des partenaires.

Les pays africains ont beaucoup observé le succès de la BPI en France et cela leur donne diverses idées. Ils n’ont pas de difficultés à se convaincre qu’un outil de guichet unique qui simplifie la vie de l’entrepreneur, pourvu d’une grande dimension numérique, est une nécessité pour leur économie.

Nous ne sommes jamais seuls et Bpifrance n’a pas l’intention de s’intégrer verticalement pour devenir une organisation de plus de 10 000 salariés. Un effectif de 3 500 salariés, c’est une très bonne taille qui permet d’avoir une réactivité considérable, comme nous avons pu le montrer quand il s’est agi de lancer le plan d’urgence Covid, le jour même de l’annonce du confinement par le président de la République, en mars 2020.

On sait que l’univers bancaire est très varié. Qu’est-ce qui vous différencie et vous donne une force singulière auprès des chefs d’entreprise ?

La principale différenciation avec l’univers bancaire classique est que nous avons une activité de fonds propres très importante que les grandes banques n’ont plus que faiblement en proportion de ce qu’elles font en crédit. Nous avons également une activité de financement de l’innovation qui nous est réservée puisque nous sommes l’opérateur de l’État et de l’Europe pour le financement de l’innovation en France. Les autres banques n’ont pas cette activité.

Nous avons également des missions d’intérêt général de développement de la création d’entreprise dans les quartiers de la politique de la ville. Nous avons également le métier de la garantie publique à l’export. Cela aussi nous est tout à fait spécifique.

@HBY et NB

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