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African Banker

Moustapha Sow : L’Afrique doit compter sur elle-même

Le banquier d’affaires Moustapha Sow est revenu d’Amérique du Nord avec le projet de participer au développement du continent. Il livre sa vision et son expertise sur l’Afrique, sur le Sénégal et sur les spécificités de son métier.

Par Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

Vous avez fondé la banque d’affaires SF Capital en 2017 et vous avez sillonné le monde. Vous étiez aux États-Unis et au Canada et vous avez fait le choix de revenir en Afrique pour vous y installer. Pourquoi ce choix ?

Il résulte du fait que je suis Sénégalais, Africain avant tout, et convaincu que l’Afrique a besoin de ses propres ressources et surtout de ressources humaines. J’ai toujours su que le fait de quitter le Sénégal pour acquérir des connaissances et de l’expérience, n’était que provisoire. À partir du moment où j’ai pu en acquérir suffisamment, le choix du retour était une évidence. 

Une banque d’affaires, pour quoi faire ? Elle nécessite un réseau, des capitaux et une connaissance intime des acteurs ; ces conditions sont-elles réunies aujourd’hui ?

Le métier de banquier d’affaires est assez méconnu en Afrique ; oui, il nécessite une formation particulière. J’ai démarré ma carrière comme banquier commercial et je me suis rendu compte que dans le secteur financier, le métier que je voulais développer nécessitait que je retourne à l’université. Je suis reparti à l’université McGill poursuivre des études supérieures en Finance. Dans cette formation, une préparation permet de rejoindre le secteur très restreint des banquiers d’affaires, appelé communément investment banking

Au Sénégal, nous travaillons sur un programme très ambitieux dont la structuration permet d’impliquer de nombreuses entreprises locales. Ceci dans un secteur où nous accompagnons l’État à travers un programme qui créera 200 000 emplois par an pendant trois ans. Voici le type de projet dans lequel SF Capital s’implique.

J’ai alors rejoint CITI dans la Global Investment Banking Team à Toronto avant de rentrer au Sénégal en 2012. Compte tenu des particularités africaines, avant de continuer dans le métier de l’investment banking, j’ai rejoint le groupe de la Banque islamique de développement comme directeur Afrique de ICIEC, la filiale de la BID en charge de la promotion des financements de commerce et des investissements étrangers dans les pays membres, pendant presque cinq ans. 

C’est ce qui m’a permis effectivement de développer le réseau nécessaire mais aussi une manière d’améliorer ma compréhension du continent africain et de ses enjeux. Cette expérience me permet notamment aujourd’hui de piloter les activités de SF Capital sur le continent de manière beaucoup plus efficiente.

Entrons dans les arcanes d’une banque d’affaires. Elle opère dans l’ingénierie financière, à l’interface d’investisseurs, d’acteurs publics et privés. Quelles sont ses exigences ?

Je citerai d’abord la maîtrise du continent et du marché ; ce métier requiert une préparation très poussée. Par exemple, pour rencontrer un client du secteur de l’énergie ou de la santé, avant de pouvoir approcher les acteurs étatiques ou de l’entreprise, il faut acquérir une connaissance approfondie du secteur en question. Maîtriser le sujet et son environnement, telle est la particularité de ce métier. 

Les banquiers d’affaires ont l’opportunité d’être experts dans tous les secteurs. Certains sont des banquiers sector driven, qui se focalisent sur un secteur particulier comme les mines, le pétrole et le gaz, ou la santé. Mais également des généralistes qui touchent un peu à tous les secteurs et cultivent cette polyvalence. Le rôle de conseil dans les transactions nous permet de développer davantage de connaissances et une maîtrise assez poussée des dossiers sur lesquels nous travaillons. 

Justement, quels sont ces dossiers ? On imagine de grands projets…

Aujourd’hui, on sait qu’en Afrique l’enjeu prioritaire, c’est l’employabilité. Et l’on sait aussi que certains leviers qui nous permettraient d’affronter cet enjeu ne sont pas suffisamment exploités. À cela, s’ajoute le problème des infrastructures.

Notre lecture du sujet nous a montré que, ces dix dernières années en Afrique, le problème des infrastructures est prédominant et récurrent dans toutes les discussions stratégiques de développement. Pourtant, on ne se focalise que sur l’aspect financement ou sur l’infrastructure en tant que telle, jamais sur son impact, celui qu’elle pourrait avoir sur les emplois par exemple.

Si l’on regarde l’année passée, le pays le plus présent en Afrique en matière d’infrastructure est la Chine. Et si l’on regarde la méthode chinoise avec plus d’attention, on remarque qu’elle s’arrête au financement et à l’infrastructure physique en elle-même, rien de plus. La vision s’arrête là.

Dans certains pays africains, on déplore même que près de la moitié des ouvriers soient des Chinois. Sur cette problématique, nous disons qu’il faut réfléchir à une manière de permettre non seulement à nos pays de bénéficier d’argent aussi abordable que l’argent chinois mais aussi d’avoir la latitude de choisir les entreprises prestataires de préférence : un quota de sous-traitance doit être imposé pour que les entreprises locales puissent s’impliquer légitimement et équitablement dans ces projets. Un quota d’emploi doit être également décidé pour résorber ce déficit d’emploi des jeunes à moyen terme dans des secteurs d’activité où les projets ne manquent pas.

Au Sénégal, nous travaillons sur un programme très ambitieux dont la structuration permet d’impliquer de nombreuses entreprises locales. Ceci dans un secteur où nous accompagnons l’État à travers un programme qui créera 200 000 emplois par an pendant trois ans. Voici le type de projet dans lequel SF Capital s’implique.

Pour ce faire, nous regardons d’un point de vue macroéconomique les besoins, pour ensuite réfléchir à la manière dont les pays africains vont pouvoir bénéficier d’une manière beaucoup plus large de ces programmes de financement d’infrastructures.

Dans le cadre de notre processus d’identification au sein du secteur bancaire, nous ciblons en particulier ce qu’on appelle les banques « indigènes », c’est-à-dire les banques qui n’appartiennent pas à un groupe bancaire. On leur permet, par certains mécanismes, d’être plus impliqués afin d’offrir des alternatives et de dynamiser les financements de nos économies locales.

Dans le secteur de l’énergie, on a permis à des banques qui ne pensaient jamais pouvoir réaliser ces opérations de mettre en œuvre un mécanisme leur permettant de se positionner sur des projets structurants, comme le financement des hydrocarbures. 

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