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Les techniques du capital-risque au service du développement

Les techniques du capital-risque au service du développement
  • Publiéfévrier 14, 2024

Sous l’impulsion d’Esther Duflo, le Fonds d’innovation pour le développement soutient une soixantaine de projets à vocation sociale, avec la rigueur, l’exigence et l’agilité d’un fonds d’investissement. Réédition.

 

Trois ans après sa création, le FID (Fonds d’innovation pour le développement) a présenté un point d’étape de sa mission, le 8 février 2024 à Paris, dans les locaux de l’AFD (Agence française au développement). Cette structure financière est indépendante de l’AFD, appliquant sa propre méthodologie ; laquelle lui permet de sélectionner des projets, de la soumission à l’adoption, en un temps court de six mois.

Cette structure se présente comme un fonds de soutien à l’innovation, explique la présidente du Conseil de direction du FID, l’économiste Esther Duflo (photo ci-dessus), et son fonctionnement relève de la logique du capital-risque. À la différence que si les projets portés ne sont pas forcément « innovants » en matière technologique, ils le sont en matière de bienfaits sociaux. L’innovation est alors considérée comme « un bien public », explique celle qui reçut le prix Nobel d’économie en 2019. L’« innovation peut être transformatrice, mais c’est un processus qui nécessite de multiples étapes et une structure de financement flexible pour réaliser son potentiel », considère Esther Duflo.

« Ce nouvel outil, unique dans l’écosystème européen du financement du développement, contribue à l’émergence de nouveaux acteurs de l’innovation », juge le PDG du Groupe AFD, Rémy Rioux.

L’objectif du FID est « la mise à l’échelle » des projets. Dès sa conception, une innovation doit avoir pour objectif d’atteindre une large population, et d’acquérir son autonomie. Toutes n’y parviendront pas, bien sûr, mais il faut, par une collecte minutieuse des données, s’en donner les moyens. « Il existe de nombreuses idées prometteuses, de politiques et de programmes susceptibles de réduire la pauvreté, mais ce n’est qu’en les testant rigoureusement que nous pourrons identifier celles qui fonctionnent réellement. Élaborer des preuves scientifiques sur la façon dont ces idées peuvent fonctionner à différentes échelles et dans différents contextes peut nous aider à tirer des leçons de l’expérience et à développer des solutions durables, prêtes à être généralisées » explique Esther Duflo.

En conséquence, l’apport du FID auprès des projets soutenus n’est pas que financier ; ses équipes évaluent, à chaque étape de développement de la société ainsi que son impact social.

L’un des premiers projets portés est l’initiative Maïa Africa, au Burkina Faso. Cette entreprise sociale a conçu un baume répulsif anti moustiques ; son produit est en cours de certification par l’OMS.

 

Des résultats « très encourageants »

Parallèlement, les services du FID étudient les effets du baume sur les populations visées, ainsi que le niveau de subventions approprié pour une généralisation de son adoption. Conçu pour être mondial, le FID concentre ses efforts sur l’Afrique (89% des projets), y compris l’Afrique anglophone (Kenya, Ghana, notamment) ; 40% de ses projets se situent dans le golfe de Guinée. Le FID est également très actif à Madagascar. En trois ans, plus de 2700 candidatures ont été reçues et 66 projets financés. Près des deux tiers des entreprises ont leur siège dans un pays en voie de développement. De plus, près de la moitié des projets avec une composante recherche intègrent un institut de recherche basé dans les pays du Sud.

« Chaque projet a l’objectif d’innover dans la lutte contre la pauvreté. Nous voyons déjà se dessiner les premiers effets positifs et des perspectives de déploiement à large échelle de ces solutions. Ce sont des résultats très encourageants », se félicite Juliette Seban, directrice exécutive FID.

Ce 8 février, le FID a d’ailleurs signé le renouvellement de sa convention avec le gouvernement français et l’AFD ; le fonds recevra désormais une dotation annuelle de 25 millions d’euros, contre 15 millions les années précédentes.

« Cette démarche témoigne de la confiance renforcée du gouvernement pour ce dispositif innovant de financement dont l’intérêt et le potentiel d’impact ont pu être clairement démontrés au cours de la période 2021-2023 », se félicitent les équipes du FID.

« Ce nouvel outil, unique dans l’écosystème européen du financement du développement, contribue à l’émergence de nouveaux acteurs de l’innovation. Près de 90 % des organisations partenaires du FID n’avaient en effet jamais reçu de financements de l’AFD. Ensemble, le FID et l’AFD sont des capteurs et accélérateurs de solutions de développement durable qui éclosent aux quatre coins du monde, singulièrement en Afrique, et dans des domaines aussi variés que la santé mentale, le numérique ou encore l’agroécologie », fait savoir Rémy Rioux, directeur général de l’AFD, dans un communiqué.

« Briser les tabous liés à la santé mentale » au Kenya. Tel est le défi de l’un des trois projets présentés le 8 février à Paris. Près de la moitié de la population kényane, majoritairement composée de jeunes de moins de 19 ans, fait face à des symptômes significatifs de dépression et d’anxiété.

 

En finir avec le plomb en Côte d’Ivoire

Tom Osborn, innovateur kenyan, présentation du FID, le 8 février 2024.Ces enjeux de santé publique freinent l’accès à l’emploi et à la formation des jeunes d’autant plus que le pays ne compte qu’un spécialiste de la santé mentale pour un million de citoyens. Présenté ici par son co-fondateur, Tom Osborn (photo ci-contre), l’Institut Shamiri, basé à Nairobi, développe un protocole de santé mentale innovant adapté aux jeunes à faibles revenus.

Le FID soutient une évaluation d’impact auprès de 25 000 jeunes, visant à explorer les liens entre santé mentale et pauvreté, ainsi que les possibilités de mise à l’échelle du projet, en particulier en comparant différents modèles de mise en œuvre.

De son côté, un deuxième projet s’attaque, en Côte d’Ivoire, au fléau de la présence toxique du plomb dans les peintures murales et les objets du quotidien. À Abidjan, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) a conçu un protocole de recherche permettant aux ménages de tester leur propre environnement à l’aide de kits simples qui identifient la présence du métal dans différentes pièces d’une maison. Dès lors, le financement du FID, en partenariat avec un consortium mené par l’IRD et l’École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée (ENSEA), permet de mesurer la réalité de la présence de plomb dans les maisons à travers les taux contenus dans les peintures et dans le sang des enfants, tout en évaluant l’intérêt des ménages pour le dispositif.

Présentation du FID le 8 février 2024
Présentation de projets soutenus par le FID, le 8 février 2024

 

Au Ghana, une entreprise a recours à des drones pour dynamiser la régénération des mangroves. L’association Friends of the Earth Ghana développe un projet visant à tester l’efficacité de la technologie moderne des drones dans la restauration des mangroves par rapport aux méthodes traditionnelles. Cette technologie innovante de plantation permet d’ensemencer les mangroves à une cadence importante de 100-120 graines par minute. Le FID finance une étude de faisabilité de l’utilisation de drones pour la restauration de la mangrove dans la lagune de Keta, collectant ainsi des données environnementales, sociales, économiques, en amont du déploiement du projet.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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