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Les réponses du professeur Oramah à la démondialisation

Les réponses du professeur Oramah à la démondialisation
  • Publiéfévrier 26, 2024

Selon le président de Afreximbank, les avancées économiques de l’Afrique dépendent de sa réponse au recul de la mondialisation. La ZLECAf et autres initiatives panafricaines participent de cette réponse.

 

La façon dont l’Afrique et le reste du monde en développement manœuvrent pour relever les défis émergents présentés par la démondialisation conditionnera les progrès économiques de demain. Telle est l’opinion du président d’Afreximbank, Benedict Oramah. Qui s’exprimait lors de la huitième conférence biennale de la Fondation Goddy Jidenma, à Lagos, le 23 février 2024. L’occasion d’un rappel des initiatives panafricaines récentes et d’un plaidoyer pro domo pour son établissement.

La Conférence biennale Goddy Jidenma est organisée pour honorer la mémoire de Goddy Jidenma, architecte nigérian de premier plan décédé en 2006.

Lors d’un exposé intitulé « The Trade Route to Poverty Reduction in Africa in a De-globalising World » (« La voie commerciale vers la réduction de la pauvreté en Afrique dans un monde en voie de démondialisation »), le professeur Oramah a fait observer que l’économie mondiale avait changé de manière significative ces dernières années et était devenue plus fracturée et fragmentée, tandis que les piliers fondamentaux qui soutenaient la croissance mondiale et la réduction de la pauvreté avaient presque été démantelés. « Le monde se démondialise à un rythme sans précédent et les conséquences pour les pays en développement pourraient être désastreuses », a-t-il averti.

Dans ce contexte, une initiative comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre à l’Afrique l’occasion de prendre son destin en main en ouvrant des chaînes d’approvisionnement régionales qui favoriseront la croissance économique et le développement.

Selon les estimations de la Banque mondiale, la ZLECAf devrait sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté tout en augmentant les revenus de près de 68 millions d’autres qui vivent avec moins de 5,50 dollars par jour. De même, juge Benedict Oramah, la ZLECAf devrait accroître les revenus de l’Afrique de 7 % – ils atteindraient alors 450 milliards $ d’ici 2035 – ainsi que les exportations du continent, de 560 milliards $, essentiellement dans le secteur manufacturier.

 

En mai, une plateforme d’échanges de monnaies africaines

Il calcule que la ZLECAf devrait également favoriser une hausse des salaires de 10,5 % pour les femmes et de 9,9 % pour les hommes ; et faire grimper les salaires des travailleurs qualifiés et non qualifiés.

Notant que 54 pays et 47 pays ont respectivement signé et ratifié l’accord, Benedict Oramah a rappelé qu’Afreximbank et le Secrétariat de la ZLECAf ont créé un Fonds d’ajustement de la ZLECAf afin de compenser les pertes de recettes tarifaires subies par les pays éligibles à la suite de la mise en œuvre de la ZLECAf. Le fonds d’ajustement fournira en outre des fonds aux pays et aux entreprises pour leur permettre de s’adapter de manière ordonnée au nouveau régime commercial.

Pour éviter d’être victime du malaise qui a eu un impact négatif sur la mondialisation, la ZLECAf doit être complétée par la libre circulation des Africains à travers le continent, avec le droit de travailler, considère le patron d’Afreximbank. Qui rappelle que faire face aux obstacles posés par le manque d’accès aux informations sur le commerce et l’investissement, Afreximbank a mis à disposition une plateforme d’information commerciale basée sur l’intelligence artificielle sous le nom de Tradar Intelligence. Pour la même raison, la Banque collabore avec la Commission de l’Union africaine (CUA), le Secrétariat de la ZLECAf et d’autres partenaires pour accueillir la Foire commerciale intra-africaine biennale dont les trois premières éditions tenues depuis 2018 ont attiré plus de 70 000 visiteurs, 4 000 exposants et environ 120 milliards $.

En guise de solution aux 42 systèmes de paiement éparpillés à travers l’Afrique, Afreximbank, en partenariat avec la CUA et le Secrétariat de la ZLECAf, avait lancé le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui domestique tous les paiements commerciaux intra-africains. Afreximbank soutient ce système avec un fonds de règlement de 3 milliards $. D’ici mai 2024, une plateforme d’échange de monnaies africaines sera également lancée sous les auspices du PAPSS.

En outre, la banque soutient en outre l’émergence de sociétés de commerce d’exportation (ETC) à travers l’Afrique pour agir en tant qu’agrégateurs afin de créer un volume important d’échanges permettant d’attirer une plus grande valeur et de résister à la concurrence. « Étant donné que les PME d’Afrique et d’autres régions en développement qui participent directement au commerce mondial doivent rivaliser avec les multinationales et les grandes entreprises, leurs chances de réussite ou de survie sont marginales, voire nulles », a-t-il expliqué.

Grâce à cette initiative, « il est désormais possible pour un petit agriculteur du Malawi d’utiliser son téléphone portable pour acheter un film de Nollywood en streaming et de payer en kwacha malawien tandis que le vendeur au Nigeria reçoit des nairas », s’est réjoui le Professeur Oramah. « Nous arrivons au stade où un Égyptien pourra acheter des actions à la bourse nigériane en payant en livres égyptiennes ».

 

Diverses initiatives panafricaines

Il est également nécessaire de combler résolument le déficit de financement du commerce intra-africain, estimé à plus de 50 milliards $par an, a-t-il ajouté. Pour sa part, la Division du Commerce intra-africain d’Afreximbank a décaissé plus de 40 milliards $ depuis 2016, avec un encours d’environ 11 milliards $, ce qui représente environ 28 % du portefeuille de prêts de la banque. 

Parmi les autres initiatives lancées par Afreximbank, figure le lancement d’un Régime collaboratif africain de garantie de transit, qui permet d’utiliser une seule caution de transit pour traverser plusieurs frontières, répondant ainsi aux défis auxquels sont confrontés les 16 pays enclavés du continent. Ainsi que le soutien à l’harmonisation des normes commerciales par le biais de l’Organisation régionale africaine de normalisation (ARSO), qui a vu l’harmonisation d’environ 155 normes, ainsi que la création du Centre africain d’assurance qualité (AQAC), une filiale indirecte de la banque, qui développait des centres d’essai, d’inspection et de certification dans les pays où l’infrastructure de qualité était faible.

@ABanker

Écrit par
Kimberley Adams

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