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African Banker

Les grandes mutations à venir de la banque africaine

Les grandes mutations à venir de la banque africaine
  • Publiéfévrier 23, 2024

Malgré une croissance soutenue et les bonnes perspectives des économies africaines, il importe de porter une attention particulière aux enjeux de la gouvernance des banques et une meilleure adaptation aux bouleversements à venir.

 

Les 33e Journées annuelles du Club des dirigeants de banques et établissements de crédit d’Afrique se sont déroulées les 15 et 16 février 2024 à Abidjan sous le thème « La gouvernance d’entreprise : catalyseur indispensable de la performance des banques africaines ».

Jerôme Ehui, président de l’APBEF-CI et Habib Karaouli, président du Club, y ont dressé un constat commun. Le contexte économique mondial marqué à la fois par diverses crises et des avancées technologiques telles que l’Intelligence artificielle et la digitalisation des processus, invite à une plus grande résilience. Laquelle implique un changement de paradigme des banques dans un monde en perpétuelle mutation.

Des formations et des mises à niveau des managers et Direction générale aux innovations technologiques et à la gestion des nouveaux risques, technologiques et écologiques, sont indispensables.

C’est d’ailleurs dans ce sens qu’Adama Coulibaly, ministre des Finances de Côte d’Ivoire, a exprimé toute sa fierté de voir son pays accueillir un évènement de cette envergure après l’organisation réussie de la CAN 2023. Il a indiqué que la gouvernance des banques est la clé de voûte de leur succès. Ainsi la régulation qui est de la responsabilité des pouvoirs publics devra s’adapter aux mutations économiques et technologiques comme la digitalisation, la cybersécurité. Pour sa part, Éric Ouattara, conseiller technique au ministère du Commerce et de l’industrie de Côte d’Ivoire a pour sa part rappelé la complexité de la gestion des banques. Il a insisté sur la nécessité de former tout le personnel d’entreprise afin d’éviter les crises.

Mamadou Sanon, vice-président du Club et directeur en charge de l'Afrique centrale de Coris Bank International.
Mamadou Sanon, vice-président du Club et directeur en charge de l’Afrique centrale de Coris Bank International.

 

Les travaux du Club ont porté pour cette 33e édition sur trois thèmes fondamentaux : les défis climatiques et environnementaux, les enjeux liés à la composition des conseils d’administration et les défis attachés au capital humain et au contrôle

  

Les défis climatiques et environnementaux

Les banques africaines sont encore en retrait par rapport aux enjeux du développement durable. Mais ces mêmes banques subissent en même temps une injustice et des risques climatiques pour leurs économies. Tout reste à faire en matière de transition écologique et de taxonomie. L’institution du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières par l’Europe, l’absence d’experts climat locaux dans les conseils d’administration et le faible développement du marché des obligations vertes représentent des menaces à traiter de manière urgente.

De ce point de vue, la structure de conseils d’administration doit être revue. Il importe de s’attendre à des coûts liés à leur diversification et à leur modernisation par rapport aux risques et aux enjeux climatiques. La création d’un Observatoire africain de la Finance durable, la reconsidération de la taxe carbone, la mise à niveau des entreprises pour assurer la transition numérique et écologique sont quelques-unes des pistes à explorer.

De même, il importe de réfléchir à la collecte et à la transformation d’une partie des transferts de la diaspora, qui représentent aujourd’hui 100 milliards de dollars. Cette manne financière peut alimenter des crédits verts à des taux bonifiés par des encouragements des États grâce au Fonds de compensation européen.

 

Les enjeux liés à la composition des conseils d’administration

La responsabilité climatique des conseils d’administration se pose aussi aujourd’hui avec acuité. Les technologies de l’information et la RSE doivent désormais avoir leurs places au sein des conseils.

Dhafer Saïdane et Arfang.B. Daffe,  président du Conseil d’administration de la Banque des Institutions Mutualistes d’Afrique de l’Ouest (BIMAO) sont attentifs aux travaux du Club.
Dhafer Saïdane et Arfang.B. Daffe, président du Conseil d’administration de la Banque des Institutions Mutualistes d’Afrique de l’Ouest (BIMAO) sont attentifs aux travaux du Club.

La dualité entre groupe et filiales au niveau réglementaire et au niveau de la conformité, les conflits inter filiales et le suivi de leurs activités constituent les premiers défis à examiner. À cela se rajoute la question de l’efficacité des conseils d’administration, la formation et l’évaluation des conseils et la continuité entre les différents comités.

Comment garantir une bonne articulation entre conseils d’administration groupe et filiales ? Ces enjeux supposent une organisation et une programmation harmonisée des conseils au sein des groupes et une formation des administrateurs. Pour cela il importe de rappeler la nécessité du respect de l’obligation réglementaire de former les administrateurs (circulaire Uemoa, CEMAC, etc.).

Un dispositif d’optimisation à quatre niveaux doit être considéré avec urgence. Optimisation du contrôle par la maison mère pour gérer les conflits entre filiales ; optimisation des coûts et du temps des conseils d’administration des groupes ; optimisation du nombre de réunions de conseil d’administration ; optimisation de la taille et de la composition du conseil d’administration.

À cela, il convient de rajouter le recrutement d’administrateurs indépendants compétents, assidus, veillant à une préparation minutieuse des conseils avec un suivi strict de la mise en œuvre des résolutions issues de ces conseils.

 

Les défis liés au capital humain et au contrôle

Après l’industrie 4.0, l’industrie 5.0 va radicalement changer la façon dont les entreprises travaillent au cours des dix prochaines années. Il ne sera plus uniquement question d’automatiser et d’optimiser les processus. Il s’agira plutôt de rendre la vie des travailleurs plus facile, plus productive et plus intéressante. Les banques africaines vont devoir visiter cette approche.

De même, l’intelligence artificielle, l’absence de loyauté des jeunes salariés et les forts taux de rotation des effectifs conduisent à une hétérogénéité générationnelle sur le marché de l’emploi et un faible retour sur les investissements en formation.

La responsabilité morale et l’obligation de résultat des employés conduit à envisager une politique salariale incitative, basée sur le dialogue social à l’intérieur de la banque.

L’adoption de la norme 26000 pourrait réduire ces contraintes en améliorant les contrats par de meilleures conditions de vie et de travail. De même, saisir les opportunités de l’Intelligence artificielle en matière notamment de réduction de risques opérationnels et de crédit peut améliorer les prospectives sur les métiers de la banque à moyen et long terme permettant des changements de profils et le recrutement de nouvelles compétences tenant compte des avancées technologiques.

Habib Karaouli, président du Club et président de Cap Bank Tunisie.
Habib Karaouli, président du Club et président de Cap Bank Tunisie.

 

Comment alors recruter différemment et mieux ? Il serait utile de mettre en œuvre des formations en alternance pratique et théorique moins couteuses pour les banques complétées par du mentorat. Il s’agit aussi de capitaliser sur l’agilité des banques africaines qui raisonnent en termes de région et non de pays. L’autre solution consiste aussi à mettre en place des conventions collectives interbancaires pour réduire le débauchage de salariés.

Une typologie des fonctions de contrôle et des risques permet aussi une meilleure gestion des risques dans l’esprit des normes bâloises sans oublier la montée des risques technologiques liés à l’efficacité des systèmes d’information. Il en résulte l’importance du rôle des comités spécialisés, IT et RSE, au sein des Conseils.

Des formations et des mises à niveau des managers et Direction générale aux innovations technologiques et à la gestion des nouveaux risques, technologiques et écologiques, sont indispensables. De même l’externalisation des systèmes d’information doit se faire prudemment avec des choix réfléchis des partenaires compétents pour les DSI. La mise en place de comité technologique ou IT dans les banques au côté de comité RSE a du sens aujourd’hui. Ces nouveaux comités auraient un rattachement adéquat dans l’organigramme de la banque en lien direct avec la Direction générale.

 

Dhafer Saïdane est professeur à la SKEMA Business School ; il est conseiller du Club des dirigeants de banques et établissement de crédit d’Afrique.

 @ABanker

 

Écrit par
Dhafer Saïdane

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