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African Banker

Les banques face au risque de défaut du Niger

Les banques face au risque de défaut du Niger
  • Publiéjanvier 23, 2024

L’agence Moody’s pointe un risque modéré, mais un risque tout de même, devant les difficultés du Niger à honorer ses engagements financiers, après les sanctions de CEDEAO.

 

Les difficultés de paiement du Niger posent des risques de crédit et de liquidité pour les banques régionales, estime Moody’s dans une note datée du 19 janvier. L’UEMOA – Titres (Union monétaire ouest-africaine – Titres) a annoncé que le gouvernement du Niger vient de manquer un paiement de 23,3 milliards de F.CFA (36,13 millions d’euros) d’une obligation commerciale. Le paiement manqué porte le total des paiements d’intérêts et de principal manqués par le gouvernement sur les titres du gouvernement nigérien depuis juillet 2023 à 290,4 milliards de F.CFA (442,7 millions d’euros). Les paiements manqués par le gouvernement sont négatifs pour les banques du Niger et du reste de l’UEMOA.

Selon les analystes, les banques nigériennes détiennent environ 326,7 milliards de F.CFA (498 millions d’euros) de dette souveraine du Niger, soit environ 14 % de leurs actifs.

Le système bancaire nigérien totalisait des actifs de 2 400 milliards de F.CFA (3,66 milliards d’euros) en novembre 2023, soit 3,7 % des 65 700 milliards de F.CFA (100,16 milliards d’euros) d’actifs totaux de la région de l’UEMOA. Les paiements manqués résultent des sanctions imposées au Niger, qui l’empêchent d’effectuer des paiements de capital ou d’intérêts à des créanciers à l’extérieur du pays. À la suite du coup d’État militaire du 26 juillet 2023, la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’UEMOA ont suspendu le 30 juillet toutes les transactions commerciales et financières entre les États membres de la CEDEAO et le Niger et ont gelé les avoirs de ce dernier dans les banques centrales et les banques commerciales de la CEDEAO.

« Les retards de paiement font peser des risques importants sur la qualité des actifs, la rentabilité et le capital des banques régionales », commente l’agence américaine. « Si les arriérés de paiement, qui ont commencé le 31 juillet, persistent pendant plus de six mois, les banques régionales devront probablement classer leur exposition aux titres du gouvernement nigérien comme non performants. » Toutefois, les experts de Moody’s s’attendent « à ce que l’indulgence des autorités de régulation empêche les banques régionales de constituer des provisions importantes pour ces expositions ». Il existe néanmoins un risque qu’elles doivent comptabiliser des charges de provisionnement, ce qui pèserait sensiblement sur la qualité de leurs actifs, leur rentabilité et leur capitalisation.

 

Une exposition faible

Bien sûr, les paiements manqués posent également des risques pour la liquidité des banques nigériennes, notamment le risque que des paiements manqués pendant plus de six mois incitent la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) à cesser d’accepter les titres du gouvernement nigérien comme garantie de refinancement. Moody’s juge ce risque « relativement faible », considérant que la BCEAO a jusqu’à présent continué à accepter ces obligations comme collatéral et un changement de politique serait négatif pour le crédit des banques régionales en raison des liens étroits entre les systèmes bancaires.

En outre, poursuit l’agence américaine, si la BCEAO devait modifier l’éligibilité de la dette souveraine nigérienne en tant que collatéral, elle fournirait probablement des liquidités aux banques nigériennes, en acceptant d’autres instruments de dette souveraine régionale détenus par les banques nigériennes, ou de la dette émise par des entités du secteur privé basées au Niger si la Banque centrale devait les considérer comme éligibles.

Selon les analystes, les banques nigériennes détiennent environ 326,7 milliards de F.CFA (498 millions d’euros) de dette souveraine nigérienne, soit environ 14 % de leurs actifs, en novembre 2023. En excluant les institutions financières nigériennes, les institutions financières régionales (principalement les banques régionales) détenaient environ 80 % de l’encours de la dette souveraine nigérienne en monnaie locale émise par adjudication en septembre 2023.

C’est pourquoi, « les risques pour les banques commerciales régionales sont atténués par leur exposition relativement faible aux obligations souveraines nigériennes et nigériennes en proportion de leurs bilans, ainsi que par leur expérience opérationnelle dans des environnements volatils », rassure l’agence.

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Encadré

Des risques en mer Rouge

 

Moody’s s’inquiète des récents développements en mer Rouge « qui ajoutent une nouvelle dimension au risque d’escalade au Moyen-Orient ». Dans la riposte des Occidentaux, on ne peut pas exclure les risques d’une « erreur de calcul » déclenchant une escalade vers un conflit militaire sur plusieurs fronts dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient, avec des implications mondiales significatives. « La poursuite de la perturbation des échanges commerciaux par la mer Rouge entraînera une augmentation des coûts de transport et de logistique. » Ce qui nuira aux entreprises  – ou aux consommateurs si les coûts plus élevés sont répercutés –, en particulier en Europe, et à ce que cela exacerbe les difficultés de financement externe pour l’Égypte. Pour l’heure, une issue diplomatique reste possible et Moody’s ne veut pas croire, par exemple, que des installations pétrolières stratégiques soient touchées, notamment en Arabie saoudite. Toutefois, une escalade vers un conflit militaire direct impliquant éventuellement l’Iran pose des risques importants pour tous les pays souverains du Moyen-Orient.

@ABanker

Écrit par
Laurent Soucaille

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