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African Banker

Les Banques centrales attentives à l’inflation

08Tandis que la Banque des États d’Afrique centrale ajuste à la hausse ses taux directeurs, son homologue d’Afrique de l’Ouest décide de les maintenir inchangés. Les deux constatent des poussées inflationnistes, notamment sur les produits alimentaires.

Par Laurent Soucaille

L’une durcit sa politique monétaire, l’autre pas, face aux pressions inflationnistes. Pour la zone UEMOA, le Comité de politique monétaire (CPM) de la BCEAO s’est tenu le 8 décembre 2021, sous la présidence du gouverneur Tiémoko Meyliet Koné.

Au titre de la conjoncture internationale, le CPM a noté une croissance continue de l’activité économique au troisième trimestre 2021, bien qu’à un rythme plus lent qu’au trimestre précédent. « La dynamique de cette reprise reste inégale à l’échelle mondiale, avec des bases plus solides dans les pays développés que dans les pays émergents, en raison notamment des meilleurs taux de vaccination et des mesures budgétaires et monétaires plus expansionnistes. »

Pour l’heure, la Banque centrale retient l’hypothèse d’une croissance mondiale de 5,9 % en 2021, telle que prévue par le FMI.

« Dans les mois à venir, le Comité de politique monétaire demeurera vigilant sur la dynamique d’évolution de l’inflation et prendra, le cas échéant, les mesures nécessaires pour assurer la stabilité des prix, tout en soutenant le retour à une croissance forte », promet la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest.

« Toutefois, l’apparition d’un nouveau variant et la vague de contamination récente au coronavirus, débutée en Europe en octobre 2021, pourraient à nouveau conduire à l’instauration de mesures de restriction de déplacements et affecter négativement les perspectives de reprise mondiale », prévient l’institution ouest-africaine.

Notant que les prix des produits énergétiques poursuivent leur « raffermissement », le CPM constate que les prix des autres matières premières importées, et des produits alimentaires achetés par les Africains, continuent également de grimper. Bien que les prix des produits hors énergie aient enregistré une légère baisse, au troisième trimestre.

Ainsi, le CPM relève-t-il une progression de l’inflation, à 3,8% au troisième trimestre 2021 contre 3,3% un trimestre plus tôt. Cette hausse des prix est imputable essentiellement au renchérissement des produits alimentaires, confirmée au début du quatrième trimestre, du fait de la baisse de la production céréalière dans certains pays, des difficultés d’approvisionnement induites par les crises sanitaire et sécuritaire dans d’autres pays ainsi qu’à la hausse de l’inflation importée.

« Évolutions contrastées » en Afrique centrale

Selon les prévisions, l’inflation devrait revenir en dessous de 3,0%, dans le courant de 2022, à la faveur de l’atténuation progressive des tensions sur les prix des produits importés et de la bonne campagne agricole attendue pour 2021-2022.

F.CFA des Banques centrales

Examinant la conjoncture interne, le CPM note avec satisfaction le niveau de la croissance, qui ressortait, en rythme annuel à 6,7% après 7,7% au trimestre précédent. « Cette bonne évolution a été soutenue par un raffermissement progressif de la demande intérieure ainsi que par la hausse de la valeur ajoutée dans l’ensemble des secteurs d’activité », acte la Banque centrale.

L’accélération des investissements publics, dans le cadre des plans de relance mis en œuvre par les pays africains, entraîne un creusement du déficit global. Lequel ressort à 4 493 milliards de F.CFA (6,85 milliards d’euros), à fin septembre, dans l’UEMOA.

Les créances sur l’économie se sont accrues, avec une progression, en rythme annuel, de 8,9% à fin septembre 2021. Les réserves de change de l’Union correspondent à un taux de couverture de l’émission monétaire de 81,7% et assurent – un indicateur particulièrement suivi – 6,1 mois d’importations de biens et services.

C’est pourquoi le CPM a décidé de maintenir ses taux inchangés, le taux d’intérêt de prêt marginal demeurant à 4% ; le coefficient de réserves obligatoires demandées aux banques, fortement diminué depuis avril 2020, reste à 3%.

Son de cloche légèrement différent du côté de la BEAC. Son Comité, sous la présidence de Abbas Mahamat Tolli, a décidé un relèvement des taux, rendu public début décembre. Son objectif prioritaire, rappelle-t-il, « est bien la stabilité de la monnaie et la maîtrise de l’inflation ».

Dès lors, « la remontée de l’inflation dans le monde et l’évaluation récente de la situation des économies de la Cemac ct des perspectives à court terme font ressortir des évolutions contrastées », tant du point de vue de la stabilité interne qu’externe de la monnaie. D’un côté, l’évolution récente des prix montre qu’en Afrique centrale, l’inflation est maîtrisée, en dépit de la flambée des prix des produits importés et du coût du fret maritime. En revanche, la hausse des cours du pétrole pèse, avec un effet retard, sur les réserves de change.

Compte tenu des risques, « il est apparu nécessaire de réorienter la politique monétaire de la BEAC à travers l’ajustement de ses principaux taux ». Le taux des appels d’offres passe ainsi à 3,50% (+25 points de base) et le taux de la facilité de prêt marginal à 5,25% (+25 pb). Les coefficients de réserves obligatoires passent à 4,5%.

En UEMOA, le problème n’est pas négligé : « Dans les mois à venir, le CPM demeurera vigilant sur la dynamique d’évolution de l’inflation et prendra, le cas échéant, les mesures nécessaires pour assurer la stabilité des prix, tout en soutenant le retour à une croissance forte », promet la BCEAO.

@LS

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