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African Banker

Le rôle des banques dans le succès de la ZLECAf

Le rôle des banques dans le succès de la ZLECAf
  • PubliéSeptember 6, 2022

Le secteur bancaire est le rouage le plus important de la Zone de libre-échange continentale africaine. Des instruments tels que le PAPSS d’Afreximbank simplifient déjà le commerce transfrontalier et le potentiel est immense pour le continent.

 

L’espoir de stimuler considérablement le commerce intra-africain repose sur la mise en œuvre de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine). Ses promoteurs espèrent que cette initiative réduira les barrières tarifaires et non tarifaires au commerce transfrontalier africain, encouragera la construction d’infrastructures logistiques indispensables et, surtout, créera un nouvel état d’esprit.

Le rôle du secteur bancaire dans ce processus est souvent négligé ; pourtant, il sera un moteur central de ce changement dont il subira simultanément les effets.

La ZLECAf est entrée en vigueur en janvier 2021, mais sa création est un processus et non un événement, les politiques nationales de commerce et d’investissement étant progressivement harmonisées. Des réglementations bancaires universelles sont envisagées à terme, et il s’agira d’un long parcours et les gouvernements seront naturellement désireux de promouvoir et de défendre les intérêts de leurs propres banques nationales.

Le secteur bancaire est peut-être le rouage le plus important qui fera de la zone commerciale un succès, mais il est aussi appelé à bénéficier massivement de l’augmentation du volume des échanges.

L’effet le plus important de la ZLECAf sur le secteur bancaire africain réside dans le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), un système centralisé de paiement et de règlement lancé par Afreximbank avec le soutien du secrétariat de la ZLECAf. En tant que plateforme continentale de traitement, de compensation et de règlement des paiements intra-africains, PAPSS est conçu pour permettre aux particuliers, aux entreprises et aux gouvernements d’effectuer des paiements transfrontaliers instantanés dans plus de 40 monnaies africaines différentes, réduisant ainsi le besoin de dollars et d’autres devises fortes, et simplifiant ainsi le commerce transfrontalier.

L’acquisition de devises fortes peut constituer un défi particulier pour les PME. Il existe moins de 55 monnaies africaines à cause des deux zones de franc CFA en Afrique centrale et occidentale, ce qui démontre en soi que si les monnaies communes sont utiles, les obstacles au commerce doivent également être éradiqués si l’on veut que le volume des échanges augmente. Le PDG de PAPSS, Mike Ogbalu résume en estimant que l’appétit pour les devises fortes non africaines était en train de détruire les monnaies africaines.

 

Des avantages généralisés

Tous les canaux de paiement, qu’il s’agisse de banques ou d’opérateurs Fintech, pourront utiliser le PAPSS pour le compte de leurs clients. Les transactions instantanées devraient accroître la confiance entre les partenaires commerciaux, en réduisant les besoins en liquidités pour les règlements et en libérant davantage d’argent pour d’autres usages. Godwin Emefiele, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, considère ainsi qu’un Guichet unique pour toutes les transactions transfrontalières effectuées sur le continent offrirait aux banques centrales une plus grande transparence et un meilleur contrôle.

Le président d’Afreximbank et président du conseil d’administration du PAPSS, Benedict Oramah, résume : « Avec la mise en œuvre du PAPSS, l’Afrique peut espérer commencer à récolter les fruits de l’accord de libre-échange continental ». Le PAPSS n’a pas vocation à remplacer les systèmes de paiement régionaux et nationaux existants, mais à collaborer et à travailler avec eux pour mieux intégrer les économies africaines dans l’intérêt de tous. 

Un projet pilote PAPSS organisé dans la zone monétaire ouest-africaine a été considéré comme un succès. Selon Mike Ogbalu, la région a été choisie pour ce projet pilote parce qu’elle « présente la même complexité que celle à laquelle nous nous attendons sur le continent africain », avec des langues, des monnaies et des structures réglementaires différentes. En effet, il se révèle particulièrement difficile d’éradiquer les barrières commerciales entre les économies anglophones et francophones de la région.

Afreximbank a approuvé 500 millions de dollars pour soutenir l’essai en Afrique de l’Ouest et prévoit un budget de 3 milliards $ supplémentaires pour financer le déploiement continental. Wamkele Mene, le secrétaire général de la ZLECAf, commente : « L’introduction du PAPSS donne à l’Afrique une plus grande capacité à effectuer des transactions transfrontalières et à élargir l’échelle des opportunités actives et latentes pour le renforcement du commerce intra-africain. »

De nombreuses banques centrales nationales africaines utilisent déjà le PAPSS, Afreximbank faisant office d’agent de règlement principal et fournissant des garanties de règlement. Elle travaille avec des organisations régionales, comme l’Institut monétaire ouest-africain, et est en pourparlers avec d’autres organismes régionaux et nationaux pour étendre son utilisation. Neuf mois seulement après la création de la ZLECAf, 28 banques avaient adhéré au système et 24 autres s’étaient portées candidates. L’ambition est de faire entrer dans le système les 500 à 600 banques opérant en Afrique. Le PAPSS connectera les banques commerciales et les fournisseurs de Fintech à une structure commune, ce qui facilitera les paiements entre les différents écosystèmes financiers et accélérera également le processus de numérisation, qui est déjà bien engagé, dans le processus.

La ZLECAf pourrait générer beaucoup plus de travail pour les banques africaines en termes de volumes de transactions et de financement du commerce. Sur ces 450 milliards de dollars de revenus attendus d’ici à 2035, 292 milliards proviendraient de la facilitation des échanges, notamment de la réduction des formalités administratives, de la simplification des procédures douanières et d’une plus grande intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le système pourrait également contribuer à réguler le commerce en aidant le commerce transfrontalier informel à petite échelle, qui est souvent négligé par les banques, les gouvernements et les régulateurs.

Cela signifie que l’on ne connaît pas l’ampleur réelle du commerce transfrontalier existant, mais la réduction du coût des transactions bancaires transfrontalières pourrait faire passer davantage de commerçants du secteur informel au secteur formel.

 

Accélérer l’épargne

L’économiste en chef d’Afreximbank, Hippolyte Fofack, a appelé les banques africaines à soutenir la création de la ZLECAf par d’autres manières, notamment en accordant des prêts à long terme aux fabricants africains, par exemple dans les secteurs de l’automobile, de l’acier et du rail. Il a déclaré qu’il était important que les entreprises africaines profitent du marché unique émergent plutôt que de dépendre des importations et des investissements directs étrangers non africains, car cela garantirait qu’une plus grande partie des avantages économiques du commerce reste sur le continent.

 La ZLECAf devrait aider les banques à accéder à l’épargne de plusieurs marchés, ce qui permettrait au capital de travailler plus efficacement. Dans le même temps, les banques devraient améliorer leur collecte de données sur les transactions, ce qui les aiderait à réduire les risques associés à aux transactions spécifiques. Parmi les autres avantages, citons la diffusion des produits d’assurance sur des marchés qui n’en bénéficieraient pas autrement en raison de leur taille limitée.

Paul-Harry Aithnard, directeur général et responsable régional pour la région de l’UEMOA chez Ecobank, considère : «  La ZLECAf devrait permettre de créer un nombre croissant d’opportunités de financement de la chaîne d’approvisionnement dans les années à venir. » Le secteur bancaire doit être au cœur de la tentative de la ZLECAf de créer un marché continental unique pour les biens et services qui, espérons-le, optimisera l’utilisation et l’allocation des ressources. Le secteur est peut-être le rouage le plus important qui fera de la zone commerciale un succès, mais il est aussi appelé à bénéficier massivement de l’augmentation du volume des échanges. En outre, en intégrant les opérations des banques traditionnelles et de la Fintech, le PAPSS peut rendre le secteur des services financiers plus efficace pour soutenir le développement économique africain.

@ABanker

 

 

 

Écrit par
Neil Ford

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