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African Banker

L’Afrique scannée par la Banque mondiale

La Banque mondiale vient de publier son volumineux rapport annuel CPIA, l’évaluation des politiques et des institutions en Afrique. Il souligne les retards, parfois les erreurs, de pays africains et entérine certains progrès, comme ceux du Togo.

Par Laurent Soucaille

Actualité oblige, le rapport CPIA 2020 de la Banque mondiale est sous-titré « Sauvegarder le capital humain avant et après la Covid-19 ». Le CPIA se présente comme un outil de diagnostic des pays pouvant bénéficier aux financements IDA (Association internationale de développement).

Il jauge la qualité des structures politiques et institutionnelles, leur capacité à soutenir une croissance durable et à réduire la pauvreté. À partir de seize indicateurs regroupés en quatre catégories, les pays sont notés sur une échelle de 1 (note la plus faible) à 6 (note la plus élevée).

Le Togo voit sa note encore progresser. Le pays apparaît comme un grand réformateur, avec des avancées dans toute une série de domaines politiques. Par exemple, l’assiette fiscale a été élargie avec l’introduction d’un nouveau Code des impôts.

L’objectif est de renseigner les pouvoirs publics sur l’impact des efforts déployés pour soutenir la croissance et lutter contre la pauvreté. Les notes obtenues servent aussi à déterminer le volume des prêts concessionnels et les dons accordés par la Banque mondiale (BM). 

Le rapport 2020 porte sur 39 pays, après l’intégration, cette année, de la Somalie. Au regard des critères retenus, les pays d’Afrique subsaharienne présentent un certain retard, mais la BM note des progrès, par exemple au Togo. L’institution se montre néanmoins inquiète face à la pandémie de Covid-19, pas tant par ses ravages directs que par les retards économiques et sociaux qu’elle entraîne.

 « Le rapport met en évidence la nécessité, pour les pays IDA, à agir pour renforcer leurs systèmes de santé, protéger leur capital humain, améliorer la gouvernance du secteur public et mettre en œuvre des réformes structurelles visant à stimuler la productivité. »

La note globale de l’Afrique subsaharienne ressort à 3,1, un score quasi stable depuis 2016. Une nouvelle fois, le Rwanda prend la tête du classement, avec une note globale de 4. Ces résultats « viennent souligner la nécessité de mettre en œuvre un processus soutenu de réformes économiques et institutionnelles », commente la BM.

Une faible couverture sanitaire

La suite du classement, proche de celui de 2019, attribue une note de 3,8 pour le Cap-Vert. L’archipel est suivi du Kenya, du Sénégal et de l’Ouganda (note de 3,7). Le Bénin et le Ghana ont vu tous deux leur score général progresser de 3,5 à 3,6.

La BM relève que les pays en tête du classement CPIA sont aussi ceux qui possèdent les économies les plus dynamiques de la région. La plupart des quinze pays ayant obtenu des notes inférieures à la moyenne sont des États fragiles.

En 2020, les pays IDA d’Afrique subsaharienne ont dû faire face à la pandémie de Covid-19 alors qu’ils étaient « mal préparés à la gestion d’une telle crise sanitaire ».

Le constat de la BM est sans appel : ces pays présentent « une faible couverture sanitaire », une insuffisance des dépenses publiques dans la santé et du niveau élevé des coûts supportés par les patients.

Ils présentent dans l’ensemble des failles importantes dans leur capacité à prévenir, détecter et répondre à une situation d’urgence. « Leurs systèmes de santé accusent globalement de graves lacunes en matière de capacités de soins dans les dispensaires et les hôpitaux, de déploiement des personnels soignants, d’accès aux soins et de pratiques de lutte contre les infections. »

Pour autant, le nombre relativement faible de cas dans la région permet de limiter la propagation du virus en adoptant et en étendant les mesures de dépistage, de traçage et d’isolement. Des investissements massifs et précoces dans les systèmes de santé réduisent le risque d’adopter ultérieurement des mesures de confinement strictes.

Lesquelles, compte tenu des caractéristiques de ces économies, auraient des répercussions importantes sur les moyens de subsistance des populations, note la BM, qui fait allusion au travail informel.

Les États ne restent pas inactifs, se félicite la BM. En particulier, le nombre de mesures de soutien aux services publics est plus élevé dans la région Afrique. Ces mesures comprennent l’adoption de subventions aux services publics, le report ou la suppression des frais pour les services de base, comme la suppression des tarifs d’électricité annoncée par le gouvernement du Niger.

En s’attachant à préserver leur capital humain aujourd’hui, les pays africains seront en mesure de se rétablir et de poursuivre leur croissance après la pandémie. « Ils devront pour cela mettre en œuvre des politiques visant à soutenir les ménages vulnérables, protéger les moyens de subsistance, garantir l’accès à l’éducation et renforcer la connectivité numérique. »

Une meilleure gestion de la dette

En ce qui concerne la première catégorie de critères, qui porte sur les indicateurs de gestion économique, les notes régionales moyennes n’ont guère évolué, ce qui rend compte des avancées enregistrées en matière de politique budgétaire et de gestion de la dette.

La région conserve sa note de 3 sur 6 pour la politique budgétaire, s’inscrivant ainsi dans une dynamique de stabilisation financière, y compris pour la gestion de la dette, après des années de détérioration. En effet, de nombreux pays se sont dotés d’une stratégie nationale d’endettement à moyen terme et ont accru leurs capacités de mise en œuvre, avec à la clé un renforcement des fonctions de gestion de la dette.

Les vulnérabilités liées à la dette publique restent cependant considérables, de nombreux pays présentant un risque élevé de surendettement. La BM sanctionne « des incohérences entre cadres de politique monétaire et les objectifs de stabilité des prix ».

De même, l’institution regrette « la détérioration du cadre de la politique commerciale ainsi que la poursuite de l’affaiblissement du secteur financier » dans plusieurs pays. Outre la santé, le domaine « gestion et institutions du secteur public » a continué de reculer en 2019. La BM constate de moins bonnes performances en matière d’efficacité de la mobilisation des recettes et de qualité de l’administration publique.

Les pays dits « fragiles » obtiennent également des scores particulièrement plus faibles en ce qui concerne les droits de propriété et les règles de gouvernance.

Pour éviter une crise alimentaire dans la région, recommande la BM, « il serait important de réduire au minimum les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire intra-africaines essentielles et de maintenir la logistique ouverte ».

Les gouvernements doivent prendre des mesures pour réduire les barrières commerciales et permettre à la filière agroalimentaire de travailler sans problème. Le financement de l’agro-industrie doit être protégé. Les systèmes d’alerte précoce pour les pénuries alimentaires et les systèmes d’approvisionnement d’urgence associés devront être ajustés afin de prêter davantage attention aux zones rurales et urbaines.

Des « taxes régressives » sur l’argent mobile

Les technologies numériques peuvent aider à anticiper les difficultés, à atténuer les pénuries, et à renforcer la résilience des chaînes alimentaires. La préservation des services de transport et de logistique le long des principaux corridors sera donc d’une importance critique, en particulier pour les pays enclavés.

En matière de numérique, la BM s’étonne de « taxes régressives » décidées par certains pays sur l’argent mobile. Ces taxes touchent de manière disproportionnée les personnes à faible revenu qui effectuent principalement des transactions de faible valeur. La BM salue la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest, qui a réduit ou supprimé de telles charges.

Après s’être attaqués à la crise sanitaire immédiate, les pays doivent entreprendre des réformes visant à améliorer la productivité une priorité. « Il s’agit notamment d’encourager la réaffectation des ressources vers des secteurs plus productifs, de favoriser l’adoption des technologies et l’innovation, et de promouvoir un environnement macroéconomique et institutionnel propice à la croissance. »

Le Togo, bon élève

Parmi les six pays dont la note globale a augmenté, trois (le Tchad, le Nigeria et le Zimbabwe) sont des pays fragiles et touchés par des conflits. Les pays non fragiles comprennent le Bénin, le Ghana et le Togo. L’augmentation de la note globale de ces pays démontre des progrès dans la qualité de la gestion économique (Bénin et Tchad), les politiques structurelles (Ghana et Zimbabwe), la lutte contre l’exclusion sociale (Tchad, Nigeria et Togo) et la gestion du secteur public (Togo et Zimbabwe).

Le Togo est devenu un pays « très performant », comme en témoigne sa note globale de la CPIA qui, au cours des trois dernières années, a augmenté, et s’élève à 3,3 en 2019.

Le Togo apparaît comme un grand réformateur, avec des avancées dans toute une série de domaines politiques. Par exemple, l’assiette fiscale a été élargie avec l’introduction d’un nouveau code des impôts, qui en réduit le nombre de prélèvements de 26 à 17. La BM salue la création d’un compte unique dédié au paiement des crédits de TVA. Ainsi que la généralisation du taux légal de TVA à 18 %.

Dans le domaine de l’administration fiscale, outre la mise en place d’un système unique d’identification des contribuables pour faciliter les contrôles internes et lutter contre la corruption, les téléprocédures ont été encouragées. Elles réduisent les coûts de mise en conformité des contribuables et facilitent les déclarations d’impôts volontaires.

Les services cadastraux ont été modernisés, et les bases de données douanières et fiscales nationales harmonisées. Ces mesures ont permis de réduire de 57 heures le temps nécessaire pour se conformer aux obligations fiscales, de diminuer les exonérations fiscales de 3,5 % à 1,8 % du PIB et d’augmenter le nombre de contribuables de 23,6 %.

Une réponse à “L’Afrique scannée par la Banque mondiale”

  1. Author Thumbnail Joseph BRUNET JAILLY dit :

    Merci pour l’analyse.
    Le Soudan du Sud apparait deux fois sur le graphique : 2.2 ou 1.4 ?
    Cordialement

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