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African Banker

L’Afrique plus pertinente que jamais pour le Japon

Christopher Marks est responsable des marchés émergents pour la banque japonaise MUFG. Il nous décrypte ce qu’entreprend son groupe sur le continent et comment il y déploie des fonds importants, enclenchant ainsi un cercle vertueux d’investissements.

 

Entretien avec Omar Ben Yedder

 

 Quelle est l’importance de l’Afrique pour votre banque ?

L’Afrique a plus d’importance aujourd’hui ! Nous faisons beaucoup d’affaires sur le continent, et plus nous en faisons, plus la banque se sent à l’aise d’y faire des affaires.

Nous avons des engagements dans de nombreux secteurs, ils vont des grands projets d’hydrocarbures à d’intéressants travaux d’infrastructure. La banque a compris, comme il se doit, qu’un continent qui représentera le quart de la population mondiale dans les proches décennies a une haute pertinence.

Mitsubishi UFJ Financial Group est la deuxième plus grande banque du monde en termes d’actifs, en dehors des banques publiques chinoises. Christopher Marks compte une trentaine d’années d’expérience dans l’investissement en Afrique. Il a travaillé à la Banque africaine de développement et dans d’autres institutions au début de sa carrière, en tant que responsable mondial des marchés de capitaux.

Et nous sommes compétitifs dans les solutions structurées pour les infrastructures sociales, pour les infrastructures de transition climatique, pour la réhabilitation du secteur public. Autant de projets associés à une reprise stable après la Covid-19. Toutes ces priorités s’intègrent très bien dans notre approche du financement mixte en tant que banque structurante.

Ajoutez à cela que la Ticad, la réunion des chefs de gouvernement Japon-Afrique, aura lieu cette année à Tunis, fin août ; elle apportera encore plus de résonance et focalisera les esprits pour accélérer les investissements japonais en Afrique. Aujourd’hui, le Japon – cela m’a surpris de l’apprendre ! –, est le premier sponsor bilatéral du financement climatique au monde.

 

Pouvez-vous nous donner un exemple de solutions structurées de financement mixte ?

Dans le sens le plus simple, c’est la combinaison d’instruments concessionnels des IFD (Institutions financières du développement) et des institutions multilatérales, en partenariat avec le secteur financier privé. En d’autres termes, il s’agit d’un cofinancement, avec des capitaux publics à taux concessionnel et des capitaux du marché financier qui, ensemble, permettent aux pays bénéficiaires de financer des actifs à un coût moyen inférieur à celui du marché.

Il s’agit aussi d’intégrer l’arrivée des compagnies d’assurances et des fonds de pension. De fait, ils fournissent beaucoup de financements à long terme dans le monde mais leur importance n’est pas encore significative en Afrique. Ils contrôlent une grande partie des capitaux qui alimentent de nombreux projets ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et de financement climatique. Mais bon nombre des grands fonds et des grandes compagnies d’assurances n’ont pas pour mandat d’investir dans des pays à revenu faible ou intermédiaire et dans des juridictions aux régimes de gouvernance et de réglementation plus compliqués, car ils n’ont pas d’antécédents d’investissement dans ces pays.

C’est exactement la voie que nous suivons, pour apporter à l’Afrique l’expérience et d’expertise nécessaires. Nous l’avons vu en Amérique latine : voici dix ou vingt ans, ces pays étaient mal notés et leurs marchés étaient encore vierges.

Beaucoup de travail préparatoire a été fait pour établir des bilans, pour améliorer les notations et maintenant la dette d’Amérique latine à revenu intermédiaire est vendue régulièrement aux États-Unis à des compagnies d’assurances. Ainsi, le travail en cours, en Afrique, avec les institutions multilatérales est vraiment transformateur.

 

Avez-vous des exemples d’offres ?

Ce n’est pas encore tout à fait public mais nous sommes sur le point de terminer la deuxième facilité Covid-19. La première, réalisée avec Afreximbank en 2021, était exclusive aux programmes de distribution de vaccins et de résilience de la santé publique.

La prochaine facilité sera plus diversifiée et se concentrera sur la reconstruction économique. Le Japon offre un financement très flexible, créant une solution de financement mixte. Le Japon n’a pas été historiquement un bailleur de fonds actif des infrastructures sociales africaines utilisatrices de ces outils – en dehors du soutien purement concessionnel de gouvernement à gouvernement –, mais ces outils prennent de l’ampleur et permettent d’obtenir un cercle vertueux d’engagements.

Les besoins en infrastructures urbaines au Sénégal, au Bénin et au Togo seront, bien sûr, moindres qu’au Caire. Notre métier est de développer un flux d’activités qui en vaille la peine pour les grandes compagnies d’assurances et les fonds de pension.

Nous structurons d’autres transactions, en collaboration avec des multilatéraux qui sont très axées sur l’ESG, comme des infrastructures spécifiques accréditées par des obligations vertes.

Nous exécutons ce que j’espère être deux projets transformateurs. Nous rassemblons de plus en plus de gros investisseurs dans les infrastructures, y compris des institutions qui n’avaient jamais investi sur le continent, en dehors de l’Afrique du Sud. J’y vois une dynamique intéressante pour le continent, en raison du partenariat qui est maintenant affiché.

 

Le capital à déployer existe en abondance, mais il faut présenter des projets viables, n’est-ce pas ?

Une banque, dans n’importe quel pays, que ce soit en Allemagne ou au Sénégal, ne veut pas prêter pendant quinze ans. Le jeu consiste à soutenir un financement relais, à fournir un financement à moyenne échéance qui permette une éventuelle sortie. C’est ainsi que fonctionnent les grands marchés. Chaque segment de financement occupe son espace respectif en fonction du risque.

Nous voyons ces nouvelles structures et modèles en Afrique. Et nous devons apporter toute une gamme de financements intéressants pour tout le travail d’adaptation et d’atténuation qui doit être fait. Ce, qu’il s’agisse de systèmes d’eau ou de logements sociaux ou d’hôpitaux ou, bien sûr, de parcs éoliens et de champs solaires.

C’est pourquoi la technologie de financement dont nous parlons est en train de faire son chemin, ce qui signifie que des banques comme la nôtre peuvent conclure le genre de transactions que nous concluons en Afrique de l’Ouest et ailleurs.

Parce que nous avons encore plus confiance dans l’existence de ces structures à plus long terme que les investisseurs institutionnels peuvent financer, vous êtes soudainement plus confiant pour prêter sur deux, trois, quatre ou cinq ans dans des projets, sachant que vous pouvez toujours étendre le financement.

Cela crée une dynamique utile qui est familière aux banquiers comme moi dans les marchés plus matures. Dans le langage du financement de projet, il s’agit de « mini perms », et il existe des structures à maturité moyenne conçues pour la sortie. Ils effectuent des transferts de trésorerie au fur et à mesure qu’un projet gagne en maturité et commence à générer des liquidités d’exploitation.

On le voit dans les pays du Golfe, où nous trouvons énormément de projets de construction. C’est la dynamique et les solutions que nous cherchons à reproduire en Afrique.

 

En référence à la COP26, votre banque est-elle toujours impliquée dans le pétrole et le gaz ?

Par le biais de sa déclaration de neutralité carbone en 2021, MUFG s’est engagé à atteindre un portefeuille de financement à zéro émission nette d’ici 2050. La politique de notre banque en matière de financement de nouvelles activités liées au charbon, par exemple, est extrêmement claire. Il s’agit d’un secteur interdit, la banque ayant fait des déclarations concernant la réduction de son exposition à ce secteur.

Pour les projets gaz sélectifs, nous les soutenons avec des partenaires d’avenir, tant que l’activité est bien documentée et qu’il est entendu qu’elle remplit une fonction de transition dans le mix énergétique du continent.

Les grands projets au Mozambique sont un exemple où chaque grande banque est impliquée d’une manière ou d’une autre. Ce sont de grands projets stratégiques, mais nous voyons aussi de plus petites usines d’alimentation en gaz ; elles sont directement reliées à l’acheteur d’électricité et soutiennent le développement économique.

 

Certains disent que l’Afrique n’est pas intéressante à cause de la taille des transactions, trop petite pour eux. Partagez-vous ce point de vue ?

En tant que personne qui travaille sur le continent depuis la fin des années 1980, je dirais toujours qu’il est paresseux de penser ainsi ! Nous voyons quelques juridictions majeures qui attirent évidemment l’attention, l’Égypte en est un exemple facile.

Les besoins en infrastructures urbaines au Sénégal, au Bénin et au Togo seront, bien sûr, moindres qu’au Caire. Notre métier est de développer un flux d’activités qui en vaille la peine pour les grandes compagnies d’assurances et les fonds de pension.

Vous devez prendre le temps dans un pays comme le Sénégal, et être capable d’aller à ces fonds et de dire : je vais vous donner trois projets au cours des cinq prochaines années qui sont dans des secteurs qui vous tiennent à cœur, dont votre conseil d’administration se soucie et vous pouvez créer les structures de partenariat avec lesquelles vous êtes à l’aise. C’est le moyen de contrer ces arguments !

@OBY

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