x
Close
African Banker

L’Afrique francophone résiste à la chute du capital-investissement

L’Afrique francophone résiste à la chute du capital-investissement
  • Publiéjanvier 23, 2024

Face à la morosité du marché africain – et mondial – du capital investissement, l’Afrique francophone, Maroc en tête, se distingue. La barrière de la langue ne semble plus un obstacle majeur.

 

En dépit des vents contraires, l’Afrique francophone a considérablement augmenté sa part dans le paysage du capital-risque du continent, signale le rapport Partech 2023 qui vient d’être publié. L’Afrique francophone représente 15 % du financement total des capitaux propres du continent contre 20 % du total des transactions de capitaux propres, et 68 % du financement total des capitaux propres pour le reste de l’Afrique, à l’exclusion des Big Four (Afrique du Sud, Nigeria, Égypte, Kenya).

L’ascension de Wave démontre que les start-up « ont la capacité non seulement de prospérer au sein d’un marché francophone, mais aussi d’étendre stratégiquement leurs activités », relève Partech.

La région de l’Afrique francophone couvre 21 pays, dont le Rwanda. « Au fil des ans, la région a été confrontée à des défis uniques qui ont conduit à une entrée tardive sur la scène des jeunes pousses technologiques, y compris les complexités réglementaires, les tailles de marché plus petites, les lacunes en matière de talent, ainsi que la barrière de la langue », résume Partech.

Et pourtant, aujourd’hui, « la région se trouve à un tournant ». Le FMI signale que six des dix économies à la croissance la plus rapide dans les marchés émergents se trouvent dans des pays francophones, ce qui indique une reprise des conditions économiques favorables au capital-risque et au progrès technologique.

Dans une perspective plus large, la concentration du financement mondial du capital-risque est en train de changer, réduisant l’impact de la barrière linguistique. En 2023, 53 % des financements mondiaux de capital-risque proviendront des États-Unis et du Royaume-Uni, ce qui représente une baisse notable par rapport aux 71 % de 2013 et aux 82 % de 2003. Cette tendance reflète la répartition des financements sur le continent africain. En 2023, la part des investisseurs en capital-risque en Afrique originaires des États-Unis et du Royaume-Uni est tombée à 49 %, cédant la place à des investisseurs d’autres pays.

À mesure que l’environnement d’investissement mûrit, de nombreuses sociétés de capital-risque ont émergé avec des capitaux dédiés au continent et certaines ont même un mandat pour l’Afrique francophone afin d’explorer activement et de capitaliser sur les opportunités de ces marchés.

 

Un écosystème plus dynamique

« Cette évolution vers un éventail plus large de sources d’investissement marque une étape importante vers un écosystème d’investissement plus inclusif et plus équilibré », poursuit Partech. Il reflète parfaitement le potentiel économique varié du continent, conduisant à un écosystème de start-up « plus dynamique », alimenté par un flux de financement plus équitable.

Les pays francophones dans les accords de capital-investissement en Afrique (hors Top 4) ; (source : Partech).
Les pays francophones dans les accords de capital-investissement en Afrique (hors Top 4) ; (source : Partech).

 

En 2023, l’Afrique francophone s’est distinguée comme une force dynamique et croissante dans le secteur technologique, défiant les tendances générales du marché, et étant la seule région à afficher une croissance d’une année sur l’autre à la fois dans le nombre de transactions et la participation des investisseurs. Au cours des dix dernières années, la région a connu une croissance continue de son nombre d’opérations en capital malgré des conditions de marché difficiles, notamment une forte inflation.

L’une des tendances les plus frappantes est la représentation des pays francophones dans les pays leaders de l’investissement technologique africain. En 2023, cinq pays francophones – le Maroc (93 millions $), le Congo (42 millions $), le Rwanda (38 millions $), la Tunisie (33 millions $) et le Sénégal (27 millions $) – ont assuré leur place dans le Top 10 du financement de la technologie africaine, « soulignant l’attrait et le potentiel croissants de ces marchés dans le secteur de la technologie ».

Une année de consolidation pour l’écosystème technologique africain

Il en est de même en matière de transactions. En 2023, 52% des pays africains ayant enregistré une transaction étaient francophones (14 sur 27), contre 46% l’année précédente. De même, 18 des 21 pays d’Afrique francophone ont reçu des fonds propres depuis 2014. « Cette évolution reflète non seulement la participation active de la région dans les entreprises technologiques dans leur ensemble, mais met également en évidence un changement plus large dans le paysage de l’investissement technologique africain », commente Partech.

Si l’on écarte les « quatre grands » du tableau, on constate qu’en 2023, les pays d’Afrique francophone représentaient 68 % du volume de financement par actions des autres pays africains, contre 38 % en 2022. En outre, l’Afrique francophone représentait 61 % de toutes les transactions réalisées en dehors des quatre premiers pays, contre 49 % l’année précédente.

 

Une attractivité accrue

Alors que le financement en Afrique francophone a totalisé 335 millions $ en 2023 (-37%), il a tout de même constitué 15 % du financement total en actions du continent (+11%). Le nombre d’opérations dans la région continue de faire preuve de résilience, totalisant 93 opérations (+16%), alors que le continent a connu une baisse drastique de 32%. La région représente désormais 20 % du nombre total d’opérations sur le continent, contre 12 % en 2022.

La région d’Afrique francophone a maintenu une participation stable des investisseurs avec une légère augmentation de 3 % d’une année sur l’autre, impliquant 152 investisseurs. Cette stabilité contraste avec le déclin massif observé partout ailleurs sur le continent, où la participation des investisseurs a chuté de 50 % en glissement annuel. « Ces données suggèrent qu’en dépit de défis économiques plus larges, l’Afrique francophone a non seulement conservé, mais aussi accru son attrait pour les investisseurs. »

La croissance régulière de cette région au cours des dernières années s’explique par la capacité des investisseurs locaux à se développer au-delà des principaux marchés visibles par les investisseurs mondiaux. Ils ont des mandats locaux et voient les opportunités inexploitées dans les pays francophones.

Selon les analystes, Wave, le service d’argent mobile basé au Sénégal, illustre le potentiel de la région. L’entreprise a été propulsée dans le club des valorisations d’un milliard de dollars à la suite d’un cycle de financement de 200 millions $ en 2021 ; une première pour le Sénégal et pour toute autre start-up en dehors du Nigeria et de l’Égypte. La stratégie de Wave, qui consiste à offrir une meilleure expérience client à moindre coût, a bouleversé le marché, en particulier dans un pays qui compte un peu plus de 17 millions d’habitants.

Bien que souvent considérée comme un phénomène isolé, l’ascension de Wave démontre que les start-up « ont la capacité non seulement de prospérer au sein d’un marché francophone, mais aussi d’étendre stratégiquement leurs activités », relève Partech. Avec des zones économiques comme l’UEMOA, des entreprises comme Wave peuvent profiter de l’avantage d’opérer au sein d’un collectif de pays qui partagent une langue, une monnaie et un système réglementaire communs, soulignant la nécessité pour les investisseurs de voir au-delà des barrières linguistiques et de la méconnaissance, et de s’engager dans un marché qui, dans son ensemble, couvre une population de plus de 400 millions d’habitants.

@ABanker

Écrit par
Laurent Soucaille

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *