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African Banker

La ZLECAf mérite les efforts des États africains

La Banque mondiale considère qu’une Zone de libre-échange continentale aura des effets bénéfiques pour l’Afrique. Pas tant par elle-même que par ce qu’elle induit en matière de réformes économiques, gains de productivité, et meilleures gouvernances.

Par Kimberly Adams et Paule Fax

La Banque mondiale publie un volumineux rapport vantant les mérites de l’attendue ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine). Laquelle représente « une véritable occasion » de stimuler la croissance, de réduire la pauvreté et d’élargir l’inclusion économique sur le continent.

« La Zone a la capacité d’accroître les possibilités d’emploi et les revenus, ce qui contribue à élargir les perspectives de tous les Africains », résume Albert Zeufack, économiste en chef de la BM pour l’Afrique. Qui reprend les conclusions principales du rapport : « La Zlecaf devrait permettre de sortir de la pauvreté modérée environ 68 millions de personnes et de rendre les pays africains plus compétitifs. 

« La création d’un marché unique à l’échelle du continent pour les biens et les services, les affaires et les investissements restructurera les économies africaines. La ZLECAf montrerait au monde que le continent est en train de devenir un chef de file de la promotion du commerce mondial. »

» Néanmoins, reconnaît l’économiste, la réussite de sa mise en œuvre sera primordiale. « Il conviendra notamment de suivre attentivement ses effets sur tous les travailleurs – femmes et hommes, qualifiés et non qualifiés –, dans tous les pays et secteurs afin de garantir que l’accord porte pleinement ses fruits. »

Selon les calculs de la BM, la Zone permettrait, toutes choses égales par ailleurs, d’augmenter les revenus de l’Afrique de 450 milliards de dollars d’ici à 2035 (soit une progression de 7 %) tout en ajoutant 76 milliards $ aux revenus du reste du monde.

Les exportations africaines pourraient augmenter de 560 milliards $, essentiellement dans le secteur manufacturier. Bien menée, la ZLECAf favoriserait une progression salariale plus importante pour les femmes (+10,5 %) que pour les hommes (+9,9 %). Et plus importante pour le salaire des travailleurs non qualifiés (+10,3%) que des travailleurs qualifiés (+9,8%).

L’extrême pauvreté diminuerait partout en Afrique, notamment dans les régions où les taux de pauvreté sont élevés aujourd’hui. L’Afrique de l’Ouest en particulier : la BM calcule que 12 millions de personnes sortiraient de l’extrême pauvreté, plus d’un tiers du total de l’Afrique.

La baisse serait de 9,3 millions en Afrique centrale, de 4,8 millions en Afrique de l’Est et de 3,9 millions en Afrique australe. Par exemple, en Guinée-Bissau, le taux de pauvreté passerait de 37,9 % à 27,7 % ; au Mali, le taux passerait de 14,4 % à 6,8 % ; au Togo, de 24,1 % à 16,9 %.

Réduction des coûts

Sur les 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires générés par la ZLECAf, 292 milliards proviendraient du renforcement des mesures de facilitation des échanges. Elles visent à lever les freins bureaucratiques et à simplifier les procédures douanières.

Ainsi, la libéralisation des tarifs douaniers constituerait-elle une étape importante. Toutefois, elle n’augmenterait les revenus que de 0,2%, si elle n’était pas accompagnée d’autres mesures facilitant les échanges. Il faudra, recommande la BM, réduire les formalités administratives, simplifier les procédures douanières et favoriser l’intégration des entreprises africaines dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les économistes ne cachent pas que ces améliorations « nécessiteront des efforts importants » de la part des pays qui devront atténuer les contraintes douanières qui pèsent sur les entreprises et les commerçants. 

Les économistes calculent que le temps de passage en douane pourrait diminuer de 32% au Nigeria, de 24% en RD Congo, de 18% au Cameroun, de 9% en Côte d’Ivoire, etc. Avec, en corollaire, une réduction des coûts induits de l’ordre de 10%. Pour des pays comme le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le bénéfice serait bien moindre.

Autant qu’une étude prospective des bienfaits du libre-échange en Afrique, le rapport de la Banque mondiale se veut un guide du bon usage. Il précise ainsi que la création d’un marché continental exigera « une action volontariste pour réduire tous les coûts commerciaux ». 

Il faudra adopter des lois et réglementations permettant aux marchandises, aux capitaux et aux informations de traverser librement les frontières. Les pays devront créer un environnement commercial compétitif à même de stimuler la productivité et l’investissement, et de promouvoir la compétitivité vis-à-vis de l’extérieur ainsi que les investissements étrangers. Ces dispositions amélioreront la productivité et l’innovation des entreprises africaines.

Certes, à court terme, l’application de la ZLECAf pourrait se traduire, dans « quelques secteurs », par des destructions d’emplois. Les gouvernements devront alors instaurer des filets de sécurité et des dispositifs de reconversion adaptés. D’ailleurs, les pouvoirs publics devront concevoir des politiques visant à mieux préparer leur main-d’œuvre à tirer parti des nouvelles opportunités.

Hausse des recettes des États, à terme

Dans un premier temps, l’impact de la ZLECAf sur les recettes fiscales sera faible pour la plupart des pays. Les revenus douaniers diminueraient de moins de 1,5% pour la plupart, à l’exception de la République du Congo (-3,4%) ou de la RD Congo (-2,1%).

Premièrement, les importations en provenance des pays africains représentent une petite part des recettes tarifaires pour la plupart des pays (moins de 10% en moyenne). Deuxièmement, la plupart des recettes tarifaires peuvent être protégées de la libéralisation par l’exclusion de certaines lignes.

À moyen terme, l’impact global sur les recettes tarifaires d’importation devrait être positif, dans le scénario de la ZLECAf, au niveau régional. Bien que les tarifs diminuent, l’augmentation du volume des importations conduit à une perception plus élevée des recettes tarifaires. Lesquelles augmenteraient de 3%, davantage si la croissance économique est meilleure qu’attendu.

Renforcer la résilience

La concrétisation du potentiel de la ZLECAf sera forcément retardée, du fait de la pandémie de Covid-19. Laquelle devrait entraîner jusqu’à 79 milliards $ de pertes de production en Afrique pour la seule année 2020. La Banque mondiale constate que le coronavirus a provoqué des perturbations majeures dans les échanges commerciaux sur le continent, notamment pour des biens essentiels tels que les fournitures médicales et les denrées alimentaires.

C’est pourquoi, en développant le commerce régional, en abaissant le coût des échanges et en rationalisant les procédures aux frontières, « la mise en œuvre effective de l’accord aidera les pays africains à renforcer leur résilience ». Son application favorisera les réformes de fond nécessaires pour stimuler la croissance à long terme. 

« La création d’un marché unique à l’échelle du continent pour les biens et les services, les affaires et les investissements restructurera les économies africaines », considère Caroline Freund, directrice du pôle Commerce, investissement et compétitivité. « La mise en œuvre de la ZLECAf serait un grand pas en avant pour l’Afrique, en montrant au monde que le continent est en train de devenir un chef de file de la promotion du commerce mondial. »

Rapport complet (en anglais), sur :

https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/34139

 

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