x
Close
African Banker

La Tunisie fait marcher la planche à billets

La Tunisie fait marcher la planche à billets
  • Publiéfévrier 7, 2024

À titre « exceptionnel », la Banque centrale de Tunisie comblera une partie des besoins de paiement du Budget 2024. Les économistes s’inquiètent d’une dépréciation du dinar et d’une relance de l’inflation.

 

La manœuvre n’est pas sans danger. Le Parlement de Tunisie a autorisé le gouvernement à faire financer directement le Budget 2024 par la BCT (Banque centrale de Tunisie). Bien que touchée dans sa – théorique – indépendance, cette dernière rejoint l’argumentation du gouvernement qui parle d’« exception ». Pourtant, ce financement par émission monétaire inquiète les économistes qui redoutent une baisse du dinar et une relance de l’inflation.

Parallèlement, l’introduction de taxes dans divers secteurs, comme le tourisme, la banque, ainsi que le renforcement des contrôles fiscaux, n’ont pas eu les résultats escomptés.

La loi interdit à la BCT de financer le Trésor public. À une large majorité (92 voix sur 133 élus) les Représentants du peuple ont donc voté un amendement qui permet à la Banque centrale de prêter « à titre exceptionnel » à l’État 7 milliards de dinars (2,08 milliards d’euros), remboursables sans intérêts en dix ans après une période de grâce de trois ans.

Ces fonds serviront à combler – en partie seulement – le déficit budgétaire de 2024 (28,7 milliards de dinars, 8,55 milliards d’euros) dont 16 milliards de dinars d’emprunts extérieurs. L’État n’ayant pas encore réussi à trouver les dix milliards manquant. Ce, alors qu’une importante échéance obligataire intervient en ce mois de février 2024.

De son côté, la ministre des Finances Sihem Boughdiri Nemsia a assuré devant les parlementaires que ces fonds ne sont pas destinés à financer des dépenses courantes. Trois milliards de dinars (900 millions d’euros) serviront à rembourser d’anciennes dettes tandis qu’une partie servira au financement d’investissements publics, promet la ministre.

Cité par la presse tunisienne, l’économiste Aram Belhadj considère que ce recours à la BCT « est la conséquence directe de la fermeture des portes » décidée par le président Kaïs Saïed lors des négociations avec le FMI. La Tunisie a vu s’envoler un éventuel prêt de 1,9 milliard de dollars. Les autorités « demandent une exception de 7 milliards de dinars mais rien ne garantit qu’en 2025, il n’y aura pas une autre exception, puis une troisième, une quatrième et une cinquième », s’alarme l’économiste auprès de l’AFP.

 

De maigres recettes

Pour sa part, le gouverneur de la BCT, Marouane El Abassi (photo ci-dessus), averti que cette émission de masse monétaire peut entraîner une baisse des réserves en devises, ce qui pourrait peser sur le cours du dinar. Cette opération risque, juge le Gouverneur – dont le mandat arrive à expiration dans quelques jours –, de stimuler une inflation déjà forte (environ 8%), car « vous aurez une quantité de monnaie en circulation sans contrepartie en termes de biens et de services » échangés.

Le Gouverneur redoute également que l’opération ne vienne encore retarder « les nécessaires réformes » des dépenses publiques. Il fait allusion au financement des entreprises publiques et des salaires de la fonction publique. Et indirectement à la volonté de Kaïs Saïed de maintenir les subventions sur les produits de première nécessité et les carburants, un point central de discorde avec le FMI.

Cet accord, repoussé en octobre, aurait eu pour effet bénéfique de rassurer les marchés et les bailleurs internationaux. Faute de quoi, la Tunisie a emprunté à taux élevé, le plus souvent auprès de banques tunisiennes alors que les agences spécialisées abaissaient leurs notations. Lesquelles considèrent aujourd’hui très sérieusement le risque de défaut du pays.

Parallèlement, l’introduction de taxes dans divers secteurs, comme le tourisme, la banque, ainsi que le renforcement des contrôles fiscaux, n’ont pas eu les résultats escomptés. Il en est de même du recouvrement de « biens mal acquis », qui n’aurait rapporté que 26,9 millions de dinars sur les 13,5 milliards escomptés.

*****

En bref

La BCT rejoint le système PAPSS

 

La Banque centrale de Tunisie annonce son adhésion au Système de paiement et de règlement panafricain. Le PAPSS est une infrastructure de marché financier, lancée depuis janvier 2022 par Afreximbank, dédiée au règlement instantané et sécurisé des transactions commerciales transfrontalières en monnaies locales dans le cadre de la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) dont la Tunisie est membre depuis juillet 2020. Il compte désormais 109 participants dont 13 banques centrales et 96 banques commerciales africaines.

Invitant La Poste et les banques à rejoindre le mécanisme, le gouverneur Marouane El Abassi souligne que l’adhésion au système PAPSS témoigne de l’inscription de la BCT aux priorités stratégiques d’intégration régionale du pays dans le continent africain sur le plan économique et financier. Après son adhésion début 2022 au système interarabe de paiement et de règlement (BUNA), la BCT continue ainsi à s’inscrire dans les priorités stratégiques du pays, juge le Gouverneur.

La Banque centrale de Tunisie rejoint la plateforme PAPSS

@AB

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *