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African Banker

La sécurité alimentaire, une affaire de banquier

La sécurité alimentaire, une affaire de banquier
  • PubliéAugust 31, 2022

Admassu Tadesse, directeur général de TDB, explore les voies de réponse à l’insécurité alimentaire et énergétique en Afrique, ainsi que des autres domaines prioritaires de la banque, tels que les produits pharmaceutiques et les vaccins, et de son éventail d’investissements.

 

Président émérite et directeur général du groupe de la Trade Development Bank (TDB), Admassu Tadesse, affirme que l’insécurité alimentaire et énergétique en Afrique figure actuellement en tête des priorités de sa banque.

« Ce sont deux domaines prioritaires qui font l’objet d’une attention renouvelée », explique-t-il. « Il y a bien sûr aussi la question des produits pharmaceutiques et des vaccins, à laquelle nous sommes très sensibles après ce qui s’est passé ces deux dernières années. Cette question est également devenue une priorité absolue. Les problèmes liés à l’inflation des prix et aux blocages de la chaîne d’approvisionnement en blé et en intrants essentiels comme les engrais ont fait de l’alimentation une priorité. »

L’un des principaux mandats de la TDB est de soutenir le commerce en Afrique orientale et australe, qui représente environ deux tiers du portefeuille de prêts de la banque. Dans le cadre de ce mandat, l’activité de financement du commerce s’est concentrée sur le développement et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement pour un ensemble diversifié de produits de base tels que les engrais, les denrées alimentaires, les produits pharmaceutiques et le carburant. Cette année encore, TDB a accordé diverses facilités à ses clients pour les aider à financer l’importation de ces produits, un grand nombre de ces transactions étant effectuées via la technologie blockchain.

Admassu Tadesse a été le lauréat de l’African Banker Awards Infrastructure Deal of the Year en 2019, et également un lauréat conjoint en 2021 pour le SGR de Tanzanie, avec Standard Chartered, l’arrangeur principal mandaté, et Nedbank. La banque a des actifs d’une valeur de plus de 8 milliards de dollars et elle engage environ 2 milliards de dollars chaque année.

Selon Admassu Tadesse, la récente crise devrait renforcer l’attention des décideurs politiques sur le raccourcissement des chaînes d’approvisionnement et le développement d’une production locale et régionale plus proche des marchés domestiques de l’Afrique.

« L’une des leçons que l’Afrique peut tirer de ce choc est de stimuler la production et la valeur ajoutée des produits de base dans les pays africains. Ces produits ne doivent pas nécessairement se trouver dans tous les pays, mais au moins s’ils sont proches, les chaînes d’approvisionnement sont plus courtes et la sécurité de l’approvisionnement est meilleure, en plus de réduire l’empreinte carbone associée au transport de produits lointains. »

 

Construire des infrastructures essentielles

La banque s’attaque également à l’insécurité alimentaire en soutenant les infrastructures agricoles essentielles comme les installations de stockage et divers équipements.

Selon Admassu Tadesse, la crise constitue un nouveau « signal d’alarme » pour l’Afrique. Le continent devra prendre la sécurité alimentaire régionale et nationale beaucoup plus au sérieux.

En plus des interventions de DTB, il ajoute qu’il pourrait y avoir des cas de subventions gouvernementales pour les engrais « mais cela devrait être fait très prudemment parce que dans de nombreux cas, ce n’est tout simplement pas faisable » et il reste a d’autres questions importantes étroitement liées telles que le stockage des aliments et la commercialisation, en plus de la production.

Outre la sécurité alimentaire, les banques de développement ont commencé à investir davantage dans les infrastructures sociales et sanitaires depuis le début de la pandémie.

Le manque de vaccins et de matériel de dépistage a renforcé la nécessité pour l’Afrique de produire sa propre technologie médicale, de la même manière qu’elle doit produire ses propres engrais.

« Nous avons vu une série de projets et de transactions se concrétiser, tant pour les usines pharmaceutiques que pour les hôpitaux », fait-il observer. « Les politiques publiques et les investissements dans le domaine du secteur de la santé sur le continent ont fait l’objet de nombreuses discussions. Il est prometteur que l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Égypte, le Sénégal et le Maroc soient des pays qui cherchent sérieusement à stimuler ou à établir des usines pharmaceutiques pour produire des médicaments à un niveau beaucoup plus abordable et stratégique. »

L’infrastructure des télécommunications est également un autre domaine d’intérêt pour la banque, notamment les investissements dans la fibre optique et les services numériques. Une autre priorité stratégique est l’investissement dans des projets énergétiques dans la région. « La demande d’énergie et de projets énergétiques est tellement importante. Et cela concerne aussi bien les besoins sociaux que les besoins économiques et environnementaux », explique le banquier. Le transport est un domaine clé, car il demeure « une énorme lacune en termes de transports efficaces et abordables en Afrique ». Et de préciser : « Vous pouvez avoir un grand projet minier ou une entreprise agricole, mais une fois que vous avez le produit, vous devez le transporter, et parfois, c’est si cher que cela érode tout l’attrait initial du produit. »

 

Investissements récents

L’un des derniers investissements de TDB dans les infrastructures de transport transformationnelles est le chemin de fer à écartement standard (SGR) de la Tanzanie, qui reliera à terme le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et la RD Congo, essentiellement enclavés, à l’océan Indien.

La première phase entre Dar es Salaam et Morogoro est achevée, ouvrant la voie à un commerce et un développement accrus dans toute la région.

En 2018, TDB a directement alloué 100 millions de dollars pour financer une partie du projet, complétant ainsi une facilité russe d’un milliard $ qui sert à financer des projets d’infrastructure de développement en Tanzanie.

D’autres prêts souverains de ce type ont été levés dans d’autres États membres, notamment en Ouganda l’année dernière, pour aider à financer des infrastructures et d’autres secteurs, et créer une marge de manœuvre budgétaire pour faire face aux chocs lies à la crise Covid.

Un autre projet est le projet éolien du lac Turkana au Kenya – le plus grand parc éolien d’Afrique, avec une capacité installée de 310 MW et 365 turbines éoliennes.

TDB a été l’un des principaux cofinanciers de ce projet historique, avec une combinaison de financement à long terme et de quasi-fonds propres.

TDB finance également de nombreux projets hydroélectriques dans la région, et a récemment accordé un financement à une PME au Kenya qui fournit de grands systèmes solaires domestiques dans les communautés rurales et semi-rurales et emploie des centaines de représentantes des communautés locales.

Dans le domaine de la santé, TDB a accordé des financements à divers hôpitaux et cliniques, afin d’offrir davantage de services, avec des équipements de pointe, ainsi qu’à des sociétés pharmaceutiques.

L’un des projets dont la banque est très fière est le Burundi Backbone System, qui a relié toutes les provinces du pays à un câble en fibre optique pour un accès plus rapide et plus stable à l’internet, créant ainsi des opportunités pour tous les secteurs de la société grâce à une infrastructure numérique améliorée.

La banque multilatérale, qui compte 41 actionnaires souverains et institutionnels, a également accordé une facilité de prêt de premier rang de 99,2 millions $ pour le projet de gaz naturel liquéfié flottant Coral South (Coral Sul FLNG) au Mozambique, qui doit être la première unité FLNG en eau très profonde au monde. Le gouvernement du Mozambique devrait générer plusieurs milliards de revenus sous forme de redevances, d’impôts et de dividendes au cours des 25 ans de vie commerciale du projet.

Selon le banquier le succès de Coral South a servi de catalyseur pour l’obtention de plusieurs autres mégaprojets de GNL terrestres. Admassu Tadesse a été le lauréat de l’African Banker Awards Infrastructure Deal of the Year en 2019, et également un lauréat conjoint en 2021 pour le SGR de Tanzanie, avec Standard Chartered, l’arrangeur principal mandaté, et Nedbank.

 

Lauréat du prix Banquier africain de l’année 2109, Admassu Tadesse recevant le trophée de Olukayode Pitan (Bank of Industry).

 

La banque a des actifs d’une valeur de plus de 8 milliards de dollars et elle engage environ 2 milliards de dollars chaque année. Admassu Tadesse indique que la banque est à un stade avancé de la conclusion de son prochain cadre stratégique quinquennal, le précédent arrivant à échéance cette année.

« Nous savons tous que le financement du climat est une question de premier plan. Il y a de nombreux aspects autour du financement climatique que nous examinons, pas seulement l’atténuation mais aussi l’adaptation. » Selon lui, l’Afrique a la possibilité de passer à des formes d’énergie plus propres en raison de l’absence historique de projets énergétiques sur le continent.

@ABanker

 

 

Écrit par
Tom Collins

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