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African Banker Finance

La mutation du financement des start-up

La mutation du financement des start-up
  • Publiéjanvier 25, 2022

Les tendances amorcées en 2021 devraient s’affirmer cette année. L’Afrique francophone intéresse davantage les investisseurs en quête de sociétés en croissance, pour un spectre plus large de secteurs d’activité et des fonds plus imposants, parfois venus du continent.

Par Tom Collins

Les flux d’investissement dans l’écosystème technologique africain ont considérablement augmenté, ces dernières années. En 2021, les start-up africaines auraient levé 4,9 milliards de dollars, faisant mieux que doubler leur performance en un an (2,4 milliards $ en 2020), selon les chiffres de Briter Bridges.

En 2021, 6% des financements connus l’étaient par emprunt. Si les sociétés de capital investissement restent les moteurs du financement des jeunes entreprises, les fondateurs cherchent aussi un effet de levier de la dette, sans perte de part au capital.

Clairement, l’appétit pour la technologie africaine n’a pas diminué avec la pandémie. Au contraire, de nombreux modèles commerciaux semblent dynamisés par la Covid-19, et les plateformes numériques sont rapidement devenues un moyen facile d’offrir des services dans le contexte de confinement généralisé et de distanciation sociale.

La demande d’entreprises technologiques se reflète dans le nombre d’entreprises qui ont atteint la barre du milliard de dollars de valorisation, pour devenir des « licornes ». Fawry, la plus grande plateforme de paiement d’Égypte, est devenue la troisième licorne d’Afrique en octobre 2020.

La société de paiement nigériane Flutterwave a suivi peu de temps après, en mars 2021, lorsqu’elle a levé 170 millions $ dans un tour de série C (destinée à accélérer sa croissance).

La société serait en pourparlers avec des investisseurs pour lever un nouveau tour de table, poussant sa valorisation à 3 milliards $ au moins, avant une éventuelle introduction en Bourse. On vient d’ailleurs d’apprendre qu’elle s’associe dans sa démarche à MPower Financing, une société de technologie financière nord-américaine.

Le fournisseur d’argent mobile basé au Sénégal, Wave, s’est ajouté à la liste en septembre 2021 après avoir levé 200 millions $, portant sa valorisation à 1,7 milliard $. L’accord a battu plusieurs records : il s’agissait de la plus grande série A (première phase de développement, après l’amorçage de l’entreprise) en Afrique, de la plus grosse opération venant d’une start-up francophone, de la première licorne francophone d’Afrique.

Wave, la licorne sénégalaise

Là réside la première mutation : alors que les principaux gagnants de ces deux dernières années sont les entreprises de technologie financière, certains signes témoignent que les choses évoluent, depuis quelques mois.

Les succès de la technologie africaine étaient jusque-là limités à certains pays et secteurs, mais une croissance constante à tous les niveaux a entraîné l’arrivée de davantage d’entreprises. C’est pourquoi les analystes s’attendent à voir le secteur technologique africain se développer en profondeur et en ampleur, en 2022.

Wave est un bon exemple d’entreprise francophone qui a fait pencher la tête des investisseurs américains vers l’Afrique francophone, une autre mutation en cours. Son cycle de financement a été codirigé par les poids lourds californiens Stripe, Ribbit Capital, Sequoia Heritage et Founders Fund.

La taille des tickets en Afrique francophone a longtemps souffert par rapport au Nigeria, au Kenya et à l’Afrique du Sud, pays qui attirent la part du lion des capitaux américains et européens, et à l’Égypte, qui attire généralement les capitaux du Golfe.

Alors que des pays comme le Sénégal, le Bénin, le Maroc et la Côte d’Ivoire commencent à faire jouer leurs muscles technologiques, les grandes augmentations francophones devraient être beaucoup plus fréquentes en 2022 et au-delà.

Toutefois, l’Afrique anglophone n’est pas délaissée. Elle a également enregistré des succès notables, en 2021. En juillet, l’edtech sud-africaine Go1 a levé 200 millions $ lors d’un tour de table de série D mené par SoftBank Vision Fund, AirTree Ventures et Salesforce Ventures.

La plateforme d’apprentissage en ligne est devenue la première d’Afrique à atteindre le statut de licorne, signe supplémentaire que davantage de start-up africaines autres que les Fintechs atteignent progressivement la barre du milliard de dollars de capitalisation.

Le nivellement progressif d’un plus grand nombre de secteurs s’observe aussi par le nombre de start-up qui clôturent des cycles relativement importants. Au total, treize jeunes entreprises ont levé plus de 100 millions $ en 2021, mettant l’Afrique sur la bonne voie pour une année de financement record.

Agriculture, santé, propreté, immobilier, sont désormais des secteurs de technologie qui attirent les investisseurs, en 2022. L’immobilier, par exemple, s’oriente vers une mutation, en Afrique : les start-up vont des entreprises qui fournissent aux développeurs des plateformes numériques innovantes pour économiser des frais et du temps sur les chantiers, aux entreprises de livraison de meubles.

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Par Tom Collins

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