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African Banker

La Grande muraille verte, un mur qui rassemble

Sauf au Sénégal, la Grande muraille verte est en retard. La voilà relancée par de nouveaux financements, émanant de la Banque africaine de développement et de ses partenaires, ainsi que de la Banque mondiale. D’autres mécanismes viendront en appui de ce projet majeur.

Par Marie-Anne Lubin

La région du Sahel est au cœur des discussions du One Planet Summit. Cette initiative du président français Emmanuel Macron est l’occasion de diverses annonces fermes ou de déclarations d’intention en faveur du climat et de l’Afrique. Ainsi, la BAD (Banque africaine de développement) a-t-elle révélé son appui à la Grande muraille verte, s’engageant à verser jusqu’à 6,5 milliards de dollars sur cinq ans, pour faire progresser cette initiative historique.

Ces ressources permettront de mettre en œuvre une série de programmes de soutien à la Grande muraille verte, en s’appuyant sur des sources de financement internes et externes. Des partenaires multilatéraux de développement se joignent à la BAD pour aider à mobiliser un financement en faveur de la Muraille, qui vise à restaurer les paysages désertiques actuels de l’Afrique, en assurant la sécurité alimentaire, en créant des emplois et en incitant des millions d’Africains, du Sénégal à Djibouti, à rester dans la région du Sahel.

Le programme « Technologies pour la transformation de l’agriculture en Afrique » vise à transformer le Sahel en une terre d’opportunités et de croissance verte inclusive. Son objectif est d’augmenter la production alimentaire en Afrique de 100 millions de tonnes, d’ici à 2025.

« Au moment où nous remontons la pente face au coronavirus et à ses répercussions sur notre monde, nous devons réajuster notre modèle de croissance » a déclaré le président de la BAD. Selon qui « nous devons prioriser la croissance qui protège l’environnement et la biodiversité, et cesser de privilégier celle qui compromet notre bien commun ».

S’exprimant en visioconférence depuis le siège de la BAD, à Abidjan, Akinwumi Adesina a rappelé : « La Grande muraille verte fait partie du système de défense de l’environnement en Afrique. » Elle constitue un bouclier contre les assauts de la désertification et de la dégradation de l’environnement. « L’avenir de la région du Sahel en Afrique dépend de la Grande muraille verte. Sans elle, le Sahel risque de disparaître sous l’effet du changement climatique et de la désertification. »

Protéger notre existence collective

De son côté, la Banque mondiale prévoit d’investir plus de 5 milliards $ au cours des cinq prochaines années pour contribuer à restaurer les paysages dégradés, améliorer la productivité agricole et renforcer les moyens de subsistance, dans les pays sahélo-sahariens.

 « Cet investissement, qui intervient à un moment crucial, permettra d’améliorer les moyens de subsistance dans des pays qui se relèvent de la Covid-19 tout en étant confrontés aux conséquences des pertes subies par la biodiversité et du changement climatique sur leurs populations et leurs économies », souligne David Malpass.

L’enveloppe viendra soutenir l’agriculture, la biodiversité, le développement communautaire, la sécurité alimentaire, la restauration des paysages, la création d’emplois, la construction d’infrastructures résilientes, la mobilité rurale et l’accès aux énergies renouvelables.

Le changement climatique est la cause de températures extrêmes, de précipitations fluctuantes et de la sécheresse au Sahel, une région où vivent 250 millions de personnes dans dix pays, dont les moyens de subsistance et les progrès durement acquis en matière de développement sont menacés.

« La restauration des écosystèmes naturels dans les zones arides d’Afrique profite à la fois aux populations et à la planète », a commenté Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine.

Le plan de la Grande muraille verte consiste à planter une mosaïque d’arbres, de prairies, de végétation et de plantes sur 8 000 kilomètres de long et 15 kilomètres de large à travers le Sahara et le Sahel pour restaurer les terres dégradées et aider les habitants de la région à produire une nourriture adéquate, à créer des emplois et à promouvoir la paix. Le programme fournira de l’électricité à 250 millions de personnes dans onze pays du Sahel et contribuera à protéger la Grande muraille verte.

« La Grande muraille verte est un mur qui rassemble les populations, et non un mur qui les sépare. Un mur qui met à l’abri, et non un mur qui isole. Un mur qui protège notre existence collective. Un mur pour l’environnement et pour la planète », a plaidé le président de la BAD.

Jusqu’à présent, le manque de financement représente la principale contrainte du projet pour réaliser son objectif de créer dix millions d’emplois, séquestrer 250 millions de tonnes de carbone et restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées dans les onze pays de la région.

La Banque a fait de la région du Sahel une priorité absolue en matière d’investissement et de mobilisation de nouvelles sources de financement pour faire progresser les opportunités climatiques de l’Afrique. C’est le cas du programme « Desert to Power » destiné à créer la plus grande zone d’énergie solaire au monde.

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Adesina le « Champion »

Pour répondre à ce manque de moyens financiers, le Centre mondial sur l’adaptation (GCA en anglais), hébergé par la BAD, vise précisément à mobiliser des ressources et trouver des solutions qui stimulent les progrès de l’Afrique en matière d’adaptation au changement climatique.

 « La création de GCA Afrique marque une étape cruciale dans notre tentative pour accélérer et renforcer nos efforts visant à relever le triple défi de la perte de la biodiversité, de la dégradation des terres et de l’adaptation au changement climatique », explique Kevin Kariuki, vice-président de la BAD. « Nous développerons et mettrons en œuvre des programmes conjoints qui mobiliseront des ressources à grande échelle pour soutenir la Grande muraille verte. »

De même, le programme « Technologies pour la transformation de l’agriculture en Afrique », (TAAT en anglais), est une autre initiative clé de la BAD pour transformer le Sahel en une terre d’opportunités et de croissance verte inclusive. Son objectif est d’augmenter la production alimentaire en Afrique de 100 millions de tonnes d’ici à 2025. TAAT a, par exemple, permis aux agriculteurs soudanais de faire pousser un maïs résistant à la sécheresse.

Dans une déclaration solennelle, le président français Emmanuel Macron a nommé le président Akinwumi Adesina de « Champion de la Grande muraille verte ». Adesina a été reconnu pour son engagement personnel dans la lutte contre le changement climatique en Afrique. Cette distinction permettra au président de la BAD de jouer un rôle important dans la mobilisation du soutien politique et économique en faveur de cette initiative.

Par ailleurs, en collaboration avec de nombreux partenaires, le dispositif Progreen, un fonds fiduciaire de la Banque mondiale destiné à intensifier les efforts déployés par les pays pour enrayer la dégradation des terres, investira 14,5 millions $ dans cinq pays du Sahel : Burkina Faso, Niger, Mali, Mauritanie et Tchad.

ML 

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