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La cotation du Sango Coin attendra

La cotation du Sango Coin attendra
  • Publiédécembre 20, 2022

Face aux conditions de marché et aux difficultés à vendre les avantages de sa cryptomonnaie, la République centrafricaine en retarde la cotation. Les droits liés au Sango Coin, qui restent à pérenniser, en font davantage un titre de propriété qu’une monnaie.

 

La République centrafricaine retarde la cotation de sa cryptomonnaie, baptisée Sango Coin, en raison des conditions actuelles du marché et « pour des raisons de marketing ».

L’annonce en a été faite sur la chaîne officielle Telegram de cette monnaie virtuelle, lancée en grande pompe en juillet 2022 par le président Faustin-Archange Touadéra. Son objectif était de lever près d’un milliard de dollars en un an. Jusqu’à présent, cependant, la pièce n’a été vendue qu’à hauteur de 1,66 million $, selon le site Internet de Sango. Cette somme ne représente que 8% des 210 millions de pièces Sango officiellement mises en vente.

Le Sango Coin offrirait des incitations intéressantes aux investisseurs étrangers, notamment la citoyenneté par investissement et, à terme, un passeport, ainsi que des avantages en matière de gouvernance.

Le projet de cotation serait repoussé au premier trimestre 2023. Les autorités centrafricaines ont également annoncé le report de la levée des restrictions sur la vente du Sango. Les détenteurs ne peuvent donc pas vendre jusqu’à 5% de leurs pièces, encore « verrouillées pendant un an ».   

En avril 2022, la République centrafricaine a fait de Bitcoin comme monnaie légale, devenant ainsi le premier pays africain à se lancer dans cette aventure. Entre autres retombées, la monnaie doit servir à valoriser le patrimoine de la Centrafrique, et à financer indirectement un grand centre d’affaires et d’activité, qui serait situé sur une île en plein cœur de Bangui.

Le pays avait également annoncé précédemment un projet visant à permettre aux investisseurs étrangers d’acheter la citoyenneté pour 60 000$ de pièces Sango. Cependant, cette initiative a été bloquée comme étant inconstitutionnelle par la plus Haute cour du pays en août.

En matière de « marketing », le Sango Coin se heurte à deux écueils. Tout d’abord, la méfiance, pour ne pas dire l’hostilité de la Banque centrale des États d’Afrique centrale. « Je tiens à préciser que pour tous les pays de la zone Cemac, la seule monnaie est le franc CFA… l’option de la Banque centrale est de dire aux citoyens de ne pas investir dans ces actifs spéculatifs, parce qu’ils sont très risqués », prévenait fin novembre Abbas Mahamat Tolli. Le gouverneur savait toutefois que la législation de la Cemac autorise les prestations de services en actifs numériques et en jetons.

 

Une monnaie de singe ?

Justement, selon certains spécialistes, le Sango Coin s’apparente davantage à un « jeton » (« token ») qu’à une véritable monnaie. Il n’en a pas les caractéristiques de liquidité, de confiance et d’unité de mesure. Il a davantage pour but d’attirer l’attention sur la Centrafrique, voire de conférer certains droits – y compris la citoyenneté. Et constituerait surtout un outil d’accompagnement au bitcoin, que la Centrafrique a légalisé également. Or, la loi sur le bitcoin ne fait mention que de cette cryptomonnaie, il n’est pas spécifié d’autres monnaies ayant déjà cours, et encore moins le Sango Coin.

On peut donc voir « un clivage » entre Sango et Bitcoin, dans la loi elle-même. « La loi stipule que la monnaie numérique qui a cours légal est le bitcoin. Nous reconnaissons cette monnaie comme notre monnaie officielle. […] Sango Coin est un projet de l’État centrafricain. » Ces propos sont soutenus par le président Touadéra. Selon qui le Sango est « un catalyseur de la tokénisation des vastes ressources naturelles du pays ». Et selon qui « la stratégie ambitieuse visant à construire rapidement une économie performante ne peut que s’appuyer sur les nouvelles technologies qui ont pris le monde d’assaut et ont permis à l’argent d’accéder à un autre niveau, avec le bitcoin comme mot d’ordre ».

L’ile aux singes, telle que rêvée par les concepteurs du Sango Coin (Source : Sango.org)
L’ile aux singes, à Bangui, telle que rêvée par les concepteurs du Sango Coin (Source : sango.org)

 

Le Sango Coin offre donc des incitations intéressantes aux investisseurs étrangers, notamment la citoyenneté par investissement et, à terme, un passeport, ainsi que des avantages en matière de gouvernance. Il faut détenir les « jetons » pendant au moins cinq ans. Les détenteurs de long terme (au moins dix ans) pourraient même prétendre à la possession d’un terrain de 250 mètres carrés. La Cour constitutionnelle avait retoqué les premiers éléments, en août, jugeant que « la nationalité n’a pas de valeur marchande, tandis que la résidence exige un séjour physique en République centrafricaine ». Voilà qui n’empêche pas le site officiel de ce produit de vanter l’ensemble de ses avantages initiaux.

D’une certaine manière, observent certains spécialistes, le produit est comparable aux obligations volcano du Salvador, car la pièce offre un service d’investissement étranger accéléré. D’autres périodes de vente de Sango coins sont prévues, le prix unitaire, de 0,15 $ actuellement, sera de 0,17 $ la prochaine fois, le prix devant augmenter à chaque cession…

@ABanker

Écrit par
Aude Darc

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