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La Bourse d’Éthiopie prépare ses premières cotations

La Bourse d’Éthiopie prépare ses premières cotations
  • Publiéjuillet 9, 2024

L’Ethiopian Securities Exchange doit bientôt inscrire à la cote une cinquantaine d’entreprises, réussissant progressivement à convaincre entreprises et partenaires.

 

Après plus de deux ans passés à jeter les bases d’un système efficace de marchés des capitaux, l’Éthiopie prépare le lancement de son premier marché boursier à part entière, l’Ethiopian Securities Exchange (ESX). Les acteurs du secteur privé du pays, y compris les principales banques et compagnies d’assurance locales, faisant des offres pour acquérir des participations dans la nouvelle bourse. L’ESX espère lever 625 millions de birr (11 millions de dollars) auprès du secteur privé, y compris des sociétés de services financiers éthiopiennes.

Elle a déjà levé 275 millions de birr (4,9 millions $) auprès de quatre entreprises publiques sous l’égide d’Ethiopian Investment Holdings (EIH), le fonds souverain du pays, et de FSD Africa, une opération d’« approfondissement du secteur financier » financée par le gouvernement britannique. Le soutien du secteur privé éthiopien, du gouvernement et des partenaires de développement étrangers – et la forte participation locale qu’il signifie –, vise à renforcer l’attrait du nouveau marché boursier pour les investisseurs étrangers.

Un projet de loi en cours d’examen au Parlement prévoit que « toute banque étrangère, solidement établie et en bonne santé financière, pourra implanter une filiale », en Éthiopie et qu’elle pourra détenir cette entité en partie ou en totalité. Toute banque étrangère pourra ouvrir un bureau de représentation, mais aussi entrer au capital d’une banque éthiopienne.

L’objectif de ses promoteurs est de mettre en avant l’ESX et la possibilité d’exploiter le secteur privé en plein essor du pays, explique Tewodros Sile, directeur associé d’Africa Practice, une société de conseil stratégique axée sur l’Afrique. « Le lancement de l’ESX reste prévu pour la fin de 2024 ou le début de 2025, et la poursuite des tournées de présentation aux investisseurs tout au long de l’année restera essentielle pour renforcer la confiance des investisseurs étrangers. »

Poursuivant : « Les tournées de promotion du marché ont ciblé des centres financiers clés, notamment Londres, et sont une reconnaissance du fait que, malgré les opportunités potentielles en Éthiopie, les complexités et les difficultés associées à l’entrée sur le marché nécessitent une approche proactive des investisseurs à l’extérieur du pays. »

 

Une aubaine pour le gouvernement et le secteur privé

Tewodros Sile souligne que le lancement réussi d’une Bourse des valeurs mobilières pourrait atténuer l’éternel problème de l’accès limité aux capitaux, un fardeau auquel se heurtent de nombreuses entreprises éthiopiennes. « L’ESX offre la possibilité d’augmenter les flux de financement des investisseurs nationaux et internationaux pour les entreprises qui y sont cotées. C’est d’autant plus important que, dans de nombreux cas, l’accès au financement et le manque d’apports de capitaux constituent l’un des principaux obstacles à la croissance des entreprises dans le pays. »

Signatures des documents portant création de l'ESX, en octobre 2023.
Signatures des documents portant création de l’ESX, en octobre 2023.

 

Le gouvernement éthiopien espère également que la Bourse contribuera à réduire sa dépendance excessive à l’égard de la dette extérieure. Grâce à l’ESX, le gouvernement pourrait émettre des obligations à long terme en birr, réduisant ainsi sa dépendance à l’égard des sources étrangères de financement du Budget.

Le défaut de paiement de l’Éthiopie en décembre, précipité par l’incapacité du gouvernement à effectuer le paiement d’un coupon de 33 millions de dollars sur ses euro-obligations, souligne les risques économiques auxquels l’Éthiopie est confrontée en raison de l’absence d’un marché national des capitaux solide.

 

Obtenir l’adhésion des citoyens

Le lancement de l’ESX vise également à donner aux citoyens éthiopiens la possibilité de participer directement aux perspectives économiques de leur pays. Tewodros Sile admet que le processus visant à encourager les Éthiopiens à participer aux marchés de capitaux naissants du pays sera probablement lent et inégal, étant donné le grand nombre de personnes dans le pays qui n’ont pas encore accès aux services bancaires formels.

L’« Éthiopie n’a jamais eu de Bourse auparavant », précise notre expert. Un département de bourse au sein de la Banque d’État a été fermé en 1974 lors de la nationalisation des entreprises. « Plus des deux tiers de la population n’ont pas accès au système bancaire formel », ajoute Tewodros Sile, soulignant qu’il sera essentiel de sensibiliser davantage la population à l’importance et à la nécessité d’avoir des marchés de capitaux dynamiques. Cela doit aller de pair avec les efforts visant à renforcer l’inclusion financière et à promouvoir la culture financière.

 

Une étude de la Banque mondiale publiée en 2021 montre qu’environ 30,5 % des adultes en Éthiopie avaient un compte dans une institution financière formelle en 2018-2019. Bien qu’il s’agisse d’une amélioration par rapport aux 21,8 % enregistrés en 2015-2016, le niveau d’inclusion financière en Éthiopie fait encore pâle figure par rapport à des voisins comme le Kenya, où 90 % de la population adulte a accès à des services financiers formels.

L’Éthiopie doit également donner la priorité aux investissements dans la technologie et l’innovation pour que ses ambitions de construire un marché des capitaux compétitif soient couronnées de succès. Il s’agit notamment d’investir dans la technologie et l’infrastructure de marché qui sous-tendent la bourse, comme les plateformes de négociation, les systèmes de compensation et de règlement, et les mécanismes de diffusion de l’information. « La mise en place d’une solution technologique et d’une infrastructure solides sera essentielle pour dissiper les craintes d’interférence dans les opérations de l’ESX et pour lui donner de la crédibilité au moment où elle démarre ses activités », commente Tewodros Sile.

 

Une gamme solide de cotations

Au début de son activité, l’ESX devrait accueillir la cotation d’au moins 50 sociétés. Ce pipeline est largement soutenu par le fonds souverain du pays, EIH, qui prévoit d’offrir des participations minoritaires dans plusieurs entreprises publiques de son portefeuille. EIH détient actuellement des entités majeures telles que Ethiopian Airlines, Commercial Bank of Ethiopia, Ethio Telecom et Ethiopian Electric Utility, entre autres.

 

La Bourse devrait également lancer des opérations sur les actions, les produits dérivés, les titres de créance et les contrats de change. Le manque d’acteurs clés du secteur financier dans le pays, notamment de courtiers en valeurs mobilières, de conseillers en investissement, de gestionnaires de fonds et de dépositaires, constitue un obstacle important qui pourrait entraver la croissance de la bourse. Cependant, lorsque la nouvelle Bourse sera opérationnelle, la demande pour ces services devrait augmenter, ce qui pourrait stimuler la croissance dans ces domaines essentiels dans les années à venir.

Le contexte macroéconomique de l’Éthiopie pourrait s’avérer un point de friction pour certains investisseurs. La monnaie, le birr, connaît une baisse de valeur à long terme par rapport aux principales devises internationales, notamment le dollar. Ce problème a été exacerbé par des pénuries persistantes de devises.

L’activité de la nouvelle Bourse constituera un baromètre crucial pour déterminer si le gouvernement a persuadé les investisseurs qu’il est sérieux en matière de libéralisation économique.

L’économie éthiopienne a également été entravée par des sécheresses persistantes et par la guerre civile de 2020-2022 entre le gouvernement éthiopien et le Front de libération du Tigré, qui a coûté des centaines de milliers de vies et tendu les relations avec les États-Unis et d’autres pays occidentaux.

 

Un train de réformes

En janvier 2022, l’Éthiopie a perdu le droit de bénéficier d’un traitement préférentiel dans le cadre de la loi américaine AGOA, en raison de sa conduite dans la guerre. Depuis, un accord de paix a été signé pour mettre fin à la guerre en novembre 2022, et le FMI prévoit une croissance de 6,2 % cette année.

Les fondamentaux économiques du pays – notamment une population de 120 millions d’habitants et une population jeune – ont encouragé les responsables d’Addis-Abeba à poursuivre les réformes axées sur le marché. L’« ESX fait partie du vaste programme de transformation et de libéralisation de l’économie, qui se concentre actuellement sur le secteur des services financiers, après la libéralisation initiale des télécommunications et l’entrée de Safaricom sur les marchés », note Tewodros Sile.

Dans le cadre de ces réformes visant à promouvoir la participation étrangère à l’économie, l’Éthiopie modifie actuellement les lois existantes afin d’ouvrir le secteur de la vente au détail du pays, qui était auparavant géré uniquement par des locaux. Par exemple, « nous allons introduire une loi qui permettra aux étrangers de posséder des biens immobiliers », déclarait le Premier ministre Abiy Ahmed à la télévision publique, fin mars.

 

Lennox Yieke, édité par LS

@ABanker 

Écrit par
Lennox Yieke

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