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La BIDC suspendue à l’attitude des pays sahéliens

La BIDC suspendue à l’attitude des pays sahéliens
  • Publiéavril 17, 2024

La menace d’un retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO fait peser un risque financier sur la Banque d’investissement et de développement de la Communauté.

 

Fitch Ratings a maintenu son appréciation sur la BIDC (Banque d’investissement et de développement de le CEDEAO), gardant sa note « B, perspectives stables », mais prévenant de « risques élevés ».

D’un côté, l’agence souligne les risques résultant du retrait potentiel de trois États membres (Burkina Faso, Mali et Niger) de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de la banque. De l’autre, elle reconnaît « un certain nombre d’améliorations » dans les politiques de gestion des risques de la banque au cours des dernières années qui ont soutenu une baisse des prêts non productifs. Le début des paiements de capital dans le cadre de la nouvelle augmentation de capital, en 2023, devrait également soutenir la stabilisation des ratios de capital à moyen terme, juge l’agence.

Les pays d’opérations de la banque sont des pays à revenu faible ou moyen inférieur et sont exposés à un degré élevé d’instabilité politique.

Après une chute brutale en 2022, les ratios de capital de la BIDC ont modérément diminué en 2023, le ratio fonds propres/actifs tombant à 29 % à la fin de 2023, contre 31 % en 2022, notamment. Si les prêts augmentent, les actifs de trésorerie également.

Se basant sur les informations communiquées par la BIDC, Fitch s’attend à ce que la croissance du portefeuille de prêts ralentisse dans les années à venir et à ce que les ratios de fonds propres se stabilisent à un niveau élevé.

La banque a commencé à recevoir des paiements de capital versé de la part de ses principaux actionnaires. En 2023, le Ghana a versé 19,8 millions de dollars. Au premier trimestre 2024, la banque a reçu 29,6 millions $ du Ghana et de la Côte d’Ivoire.

Évoquant le niveau des risques, Fitch constate qu’environ la moitié des prêts sont accordés à des États souverains, « qui étaient tous performants à la fin de 2023 ». Le statut de créancier privilégié de la BIDC pour ses expositions souveraines rassure l’agence de notations.

Les prêts non performants représentaient 5,7 % du total des prêts à fin 2023, contre 7,5 % en 2022 et 9,8 % en 2021, et étaient entièrement concentrés dans le portefeuille non souverain. Selon Fitch, ce type de prêts devrait demeurer sous les 6%.

La banque de la CEDEAO a conduit diverses réformes, ces dernières années, qui commencent à porter leurs fruits, avec l’introduction de nouveaux indicateurs prudentiels pour surveiller le capital et la liquidité, un nombre limité de nouveaux prêts non performants, la mise en évidence de critères de souscription plus stricts et l’alignement sur les meilleures pratiques d’autres banques multilatérales de développement.

 

Des risques à couvrir

Toutefois, « la gestion des risques est toujours considérée comme une faiblesse par rapport à ses pairs. Un historique d’opérations avec un cadre de gestion des risques plus strict pourrait soutenir une évaluation plus solide », jugent les analystes financiers.

Qui s’inquiètent surtout de l’attitude du Burkina Faso, du Mali et du Niger ; ces trois pays totalisent 23 % du total des prêts de la banque et le tiers des prêts aux États. Ils pourraient décider de se retirer de la CEDEAO, ce qui entraînerait également leur départ de la BIDC. Bien qu’il ne soit pas certain que les trois pays concrétisent leur intention, Fitch estime que ce scénario pourrait affecter la performance des expositions à ces trois pays, entraînant une augmentation des prêts non productifs.

Pour limiter l’impact sur les ratios de capital, la banque pourrait retenir le capital versé de ces trois pays (33 millions $) pour couvrir une partie de ses expositions brutes aux trois dettes souveraines (124 millions $). L’exposition nette resterait de 91 millions $, équivalant à 6 % des prêts bruts à la fin de 2023.

Dans ce contexte, la BIDC présente une autre « faiblesse » : Seule une petite partie des actifs de trésorerie (6 %) est considérée comme de bonne qualité. Le reste des actifs de trésorerie sont des dépôts dans des banques locales qui sont notées dans la catégorie « B » ou moins.

Toutefois, en matière de financement, bien qu’elle reste très dépendante de la ligne de crédit accordée par l’India Exim Bank, la BIDC a réussi à réduire la part de la ligne de crédit à 33 % des emprunts en 2023, contre 37 % en 2022 et 42 % en 2021. La banque bénéficie désormais de nouvelles sources de financement bilatérales.

Bien sûr, la BIDC subit un environnement commercial « à haut risque ». Les pays d’opérations de la banque sont des pays à revenu faible ou moyen inférieur et sont exposés à un degré élevé d’instabilité politique. L’importance politique de la BIDC est affectée par sa taille limitée par rapport à ses pairs et par les arriérés de capital libéré qui subsistent. L’évaluation du risque élevé tient également compte de l’expansion rapide des activités de la banque. Et Fitch de plaider pour une « amélioration de l’approche de la gestion des risques ».

Plus surprenant, l’agence constate « un faible soutien des actionnaires » à qui elle attribue des notations souvent médiocres (CCC+). L’évaluation par Fitch de la propension des actionnaires à soutenir la société est affectée par les arriérés de paiement du capital versé, prévient l’agence, qui surveillera, avant de modifier son jugement sous un jour plus favorable, la poursuite des paiements liés à la troisième tranche de l’augmentation de capital approuvée en 2022, « qui soulignent l’engagement à soutenir la banque par ses principaux actionnaires ».

@ABanker

Écrit par
Aude Darc

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