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African Banker

La BEAC modérément optimiste

La Banque centrale des États d’Afrique centrale rappelle les conséquences économiques de la pandémie, appelant les pays à prendre la pleine mesure de la situation. Si elle se garde de tout catastrophisme, elle n’hésite pas à agiter le spectre de la dévaluation.

Par Laurent Soucaille

Dans son rapport de la politique monétaire de la zone Cemac, rendu public le 28 avril, la BEAC (Banque centrale des États d’Afrique centrale) détaille ses prévisions et revient sur le choc économique né de la crise sanitaire actuel.

Ce rapport est le fruit des constats enregistrés à partir de la mi-mars, face au brutal décrochage de l’Asie, de l’Europe. Avant même que les pays d’Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad) ne soient eux-mêmes touchés par l’épidémie.

Pour autant, la BEAC considère qu’en cas de maîtrise rapide du Covid-19, le solde budgétaire de la Cemac sera déficitaire de 0,9% de son PIB. Contre une prévision d’excédent de 0,9% initialement. Un déficit, bien sûr, mais somme toute limité. Cette détérioration des finances publiques résulterait à la fois de la baisse des recettes budgétaires (-0,5 point de PIB) et d’une augmentation relative des dépenses publiques (+0,9 point de PIB).

« En l’absence d’ajustement budgétaire et de mobilisation conséquents des financements extérieurs, la BEAC serait de nouveau soumise aux mêmes risques sur la parité de sa monnaie qu’en fin 2016. »

Les pertes de recettes pétrolières devraient atteindre 992,5 milliards de F.CFA (1,51 milliard d’euros). Quant aux recettes hors pétrole, elles diminueraient faiblement en valeur absolue, « en lien avec le ralentissement des activités non pétrolières et l’incapacité des entreprises les plus impactées par la crise Covid-19 à honorer leurs obligations fiscales », détaille la BEAC.

Bien sûr, dans tous les pays de la Cemac, il est envisagé une sensible augmentation des dépenses de santé et de soutien aux secteurs les plus touchés par la pandémie.

Un tel effort se ferait au détriment d’autres dépenses publiques, notamment celles liées au fonctionnement, aux transferts et subventions et aux investissements publics. Néanmoins, les déficits budgétaires additionnels pourraient atteindre 1,8% du PIB.

Des niveaux de risque différents

Compte tenu de la faiblesse des réserves budgétaires des pays de la Cemac, ces déficits financés par un recours accru aux ressources monétaires et bancaires, voire à l’endettement extérieur. Voilà qui va aggraver un peu plus la situation, déjà tendue, de la dette de la zone Cemac, rappelle la Banque centrale.

À fin 2019, un seul pays, la Centrafrique, était classé comme étant « à risque d’endettement modéré » par le FMI. L’institution considérait le Cameroun et le Tchad « à risque d’endettement élevé » et craignait le « surendettement » pour le Congo.

Tensions sur le franc CFA

D’autre part, la BEAC rappelle que la crise pandémique intervient alors que la zone peinait déjà à affronter la baisse sensible des cours du pétrole. Le niveau des réserves de change de la zone ressortait à 3,2 mois d’importations des biens et services à fin février 2020, selon l’agence Fitch. Soit un niveau à peine supérieur au seuil minimal de trois mois d’importations des biens et services. « Sachant qu’il est exigé un niveau de cinq mois pour les pays exportateurs de matières premières comme ceux de la Cemac », fait observer la BEAC.

Aussi, averti l’institution, « si les pays ne luttent pas efficacement contre la pandémie pour en limiter les conséquences économiques et financières, la situation deviendrait insoutenable ». Un tel comportement se traduirait par « un fort recul » des réserves, autour de deux mois d’importations des biens et services, voire en deçà ».

Une négligence (que rien n’indique aujourd’hui) synonyme de dévaluation du franc CFA. « En l’absence d’ajustement budgétaire et de mobilisation conséquents des financements extérieurs, la BEAC serait de nouveau soumise aux mêmes risques sur la parité de sa monnaie qu’en fin 2016. »

Une inquiétude partagée, ces derniers jours, par les agences de notation financière. La Banque centrale a multiplié les initiatives pour accroître la liquidité du marché monétaire, à l’exemple de sa voisine d’Afrique de l’Ouest, la Bceao.

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