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African Banker

La BCEAO relève son taux directeur

Sans attendre l’installation de son nouveau gouverneur, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a décidé de relever son taux directeur. Cette hausse limitée à 25 points de base ne remet pas en cause sa politique accommodante, destinée à favoriser la reprise économique.

 

Par Laurent Soucaille

Le CPM (Comité de politique monétaire) de la Banque centrale, réuni le 1er juin 2022, a pris la décision de relever les taux directeurs, avant d’en informer les marchés huit jours plus tard. Sa deuxième réunion ordinaire de 2022 était présidée par Mamadou Diop, vice-gouverneur, chargé de l’intérim, avant l’arrivée du gouverneur Jean-Claude Brou, début juillet.

Le CPM a noté l’accentuation des tensions inflationnistes dans l’Union. Le niveau général des prix a progressé, en glissement annuel, de 6,4% au premier trimestre 2022 contre 5,0% un trimestre plus tôt. Cette accélération est imputable essentiellement à la hausse des prix des produits alimentaires et au renchérissement des combustibles solides et liquides.

Les membres du CPM ont félicité le gouverneur Tiémoko Meyliet Koné pour sa nomination en qualité de vice-président de Côte d’Ivoire, le 20 avril. « Le Comité a souligné la rigueur, le professionnalisme et le leadership dont le gouverneur a fait preuve durant son mandat à la BCEAO. Il lui a souhaité plein succès dans ses nouvelles fonctions », relate un communiqué publié par le site de l’institution.

Depuis le deuxième trimestre 2021, le taux d’inflation dans l’Union s’est situé au-dessus de 3,0%. « Alors que l’inflation devrait rester élevée à court terme, les prix à la consommation devraient progressivement décélérer, avec une hausse attendue de la production vivrière lors de la campagne 2022-2023 et l’incidence des mesures budgétaires prises par les États pour contrer la montée récente de l’inflation », résume le CPM. Qui estime l’inflation dans l’Union à 6,2% en 2022 et à 3,2% en 2023, après 3,6% en 2021.

C’est pourquoi la Banque centrale estime que « la persistance de la déviation de l’inflation par rapport à la cible fait peser des risques sur l’ancrage des anticipations d’inflation dans l’Union ». Tout en jugeant « opportun de maintenir une politique monétaire accommodante », le Comité a décidé de relever de 25 points de base les taux directeurs de la BCEAO, afin de favoriser le retour progressif de l’inflation dans la zone cible, « condition indispensable pour une croissance économique saine et inclusive ». Ainsi, le taux minimum de soumission aux appels d’offres d’injection de liquidité passe de 2,00% à 2,25% et le taux du guichet de prêt marginal de 4,00% à 4,25% à compter du 16 juin 2022. Le coefficient de réserves obligatoires applicable aux banques, reste inchangé à 3,0%.

 

Une conjoncture porteuse, mais…

Évoquant la conjoncture, le Comité a noté que le redressement de l’activité économique mondiale fait face, depuis le début de l’année 2022, à une nouvelle dégradation de la situation sanitaire, principalement dans les régions d’Asie et du Pacifique, ainsi qu’aux conséquences du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Il retient les projections publiées récemment par le FMI, qui considère que la reprise de l’activité économique mondiale devrait se poursuivre, mais à un rythme moindre, avec une croissance attendue à 3,6% en 2022 et en 2023. « Néanmoins, la prolongation des tensions géopolitiques, le resserrement des conditions monétaires internationales et le ralentissement de la croissance de l’économie chinoise induit par sa stratégie zéro Covid-19 pourraient peser négativement sur ces perspectives », prévient le CPM.

Sur les marchés des matières premières, la hausse des cours des produits énergétiques s’est accélérée durant le premier trimestre de l’année 2022 ; de même, les prix des produits hors-énergie se sont accrus, portés par l’augmentation des cours des produits alimentaires.

Dans l’UEMOA, la reprise de l’activité économique s’est poursuivie au premier trimestre 2022, avec une croissance du PIB réel, en rythme annuel, de 5,6%, après 5,7% au trimestre précédent. Les prévisions tablent sur un PIB de l’Union en hausse en 2022 (+5,9%) et 2023 (+7,2%). Toutefois, « la reprise demeure fragile et entourée de risques essentiellement baissiers, en liaison avec l’évolution de la situation sécuritaire et sociopolitique dans la sous-région, la persistance des tensions géopolitiques et le resserrement des conditions de financement à l’échelle internationale ».

Néanmoins, l’exécution des opérations financières des États membres de l’UEMOA, au cours du premier trimestre 2022, laisse apparaître une légère amélioration du déficit budgétaire par rapport à la même période de l’année précédente. De même, les conditions monétaires sont demeurées favorables au cours du premier trimestre 2022, en ligne avec le maintien de l’orientation accommodante de la politique monétaire de la BCEAO.

L’encours des créances sur l’économie s’est accru, sur une base annuelle, de 13,0% à fin mars 2022. En revanche, les actifs extérieurs nets des institutions monétaires de l’Union se sont contractés en une année. Reflétant ces évolutions, la masse monétaire a progressé, en rythme annuel, de 11,9% à fin mars 2022. Pour autant, les réserves assurent à l’Union 5,2 mois d’importations de biens et services contre 5,5 mois au trimestre précédent.

BCEAO : les dossiers chauds du nouveau gouverneur

@AfricanBanker

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