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African Banker

La BID, une offre alternative intimement liée à l’économie réelle

Hani Salem Sonbol, (ITFC), Oussama Kaissi (SIACE), Ayman Sejiny (SID) présentent le travail, les priorités et les spécificités du Groupe de la Banque islamique de développement. À pied d’œuvre face à la crise sanitaire, la BID concourt à l’essor économique et social de ses pays membres. Interview exclusive, première partie.

Par Marie-Anne Lubin

Très tôt, en 2020, le programme AATB s’est engagé dans le soutien aux pays en développement, face à la pandémie de coronavirus. Quels enseignements tirez-vous de vos actions, aujourd’hui ?

Hani Salem Sonbol : Ce programme Ponts du commerce arabo-africain (AATB) que vous évoquez est, en effet, l’un des programmes phares de l’ITFC. Nous l’avons lancé en 2017 pour promouvoir et accroître le commerce et l’investissement entre les régions arabe et africaine, deux grandes régions de l’OCI.

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Le Groupe de la Banque islamique de développement et l’Afrique

Dès le 9 avril 2020, en effet, le Comité exécutif de l’AATB a décidé un plan de riposte à la crise Covid-19. Notre objectif était de renforcer les capacités des pays membres dans la lutte contre la pandémie et à renforcer la résilience du secteur de la santé dans les pays africains et arabes. L’unité de gestion des projets ainsi que les partenaires du programme AATB ont rapidement réorienté leurs priorités et redéployé leurs efforts pour soutenir les pays les plus impactés.

Hani Salem Sonbol, (ITFC)

Aux laboratoires d’Afrique de l’Ouest, nous avons fourni des kits de test Covid-19, du matériel et des équipements de protection individuelle pour le personnel médical et paramédical. Nous avons aussi mené des programmes de formations et de partage de connaissances. Cela a été possible grâce à une plateforme électronique facilitant l’apprentissage et le partage des connaissances entre les équipes médicales. Nous avons aussi bénéficié de l’expertise et des expériences des pays, en Afrique et dans le monde, qui sont avancés dans la préparation et la riposte à la pandémie. 

Les partenariats, les structures et les initiatives du programme AATB ont grandement soutenu le commerce entre les régions arabe et africaine, en plus de soutenir le secteur de la santé, par amélioration des capacités technologiques, en facilitant la migration des meilleures pratiques et en augmentant la préparation à faire face aux risques de la chaîne d’approvisionnement.

Grâce au programme AATB, nous sommes en mesure de proposer des solutions adaptées de renforcement des capacités, en fournissant aux citoyens des pays arabes et africains les connaissances et les moyens matériels nécessaires pour construire un avenir meilleur.

Désormais, nous sommes en mesure de proposer des solutions adaptées de renforcement des capacités, en fournissant aux citoyens des pays arabes et africains les connaissances et les moyens matériels nécessaires pour construire un avenir meilleur. À ce jour, les initiatives commerciales dans le cadre du programme AATB ont donné lieu à des transactions pour environ 150 millions de dollars.

Oussama Kaissi : Le programme AATB est destiné à soutenir le commerce international des pays africains dont certains souffraient déjà d’une faible intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Les membres de ce programme ont doublé d’effort pour contrer les effets de la pandémie, notamment à travers des syndications visant à maintenir le niveau des échanges commerciaux pré-Covid.

Oussama A Kaissi (SIACE)

Aussi, la pandémie a confirmé le rôle crucial des institutions multilatérales comme le Groupe de la Banque pour mobiliser du capital vers les pays en développement, notamment grâce à des solutions de « de-risking » des transactions. Ces solutions ont été déterminantes pour maintenir la confiance des acteurs du commerce international tout en limitant l’impact du surcoût financier généré par la dégradation du risque pays.

En effet, nous avons noté une forte demande pour les solutions d’atténuation des risques politiques et de crédit que propose la SIACE. Très rapidement, celle-ci a pu mobiliser plus de 275 millions $ à travers le programme ICERI, en collaboration avec le Fonds de solidarité islamique. Ce fonds facilite l’importation des produits sanitaires et des produits de première nécessité. Plusieurs transactions ont vu la participation des membres AATB, notamment à travers des solutions innovantes de « blended finance » implémenté par la SIACE combinant les dons, le financement et l’assurance.   

Le commerce intra-africain, ainsi que de l’Afrique vers les pays du Golfe, est notoirement insuffisant. Quelles sont les priorités, alors que l’on prépare déjà l’après-Covid ?

Hani Salem Sonbol : Nous gérons un programme qui vise à stimuler le commerce intra-OCI (Organisation de la coopération islamique) : l’Initiative d’aide pour le commerce en faveur des États arabes (AfTIAS). Cette initiative vise à renforcer la compétitivité des entreprises par des réformes de la politique commerciale, à améliorer les capacités des institutions nationales, régionales et d’appui au commerce. Cela passe par des programmes d’assistance technique, de facilitation du commerce et de formation, ainsi que par des efforts de soutien pour intégrer les PME dans les chaînes de valeur mondiales. Il reste d’importantes opportunités dans des secteurs qui peuvent soutenir la croissance et renforcer la participation des pays membres dans les chaînes de valeur mondiales.

Au niveau de l’AATB, les efforts de promotion du commerce entre les pays africains et arabes se concentreront sur les secteurs où une valeur ajoutée significative est créée, en particulier dans les industries qui peuvent promouvoir la création d’emplois. Les premiers secteurs où l’impact de ce programme se fera le plus sentir sont les intrants agricoles et l’industrie de la santé et des produits pharmaceutiques.

Ayman Sejiny : Le conseil d’administration de la SID vient d’approuver une enveloppe globale de 250 millions $ dédiés à la crise pour soutenir le secteur privé de nos pays membres. De cette enveloppe, 50 millions $ seront destinés aux prises de participation tandis que 200 millions $ seront dédiés aux lignes de financement à des institutions financières pour le soutien aux PME. Au minimum 50% de ces fonds bénéficieront à l’Afrique.

Ayman Sejney

De plus, nous continuons de traiter les autres différentes requêtes. Malgré tous les retards liés à la pandémie, nous osons croire que d’ici la fin de l’année, nous pourrons décaisser plusieurs projets en cours d’instruction. Par exemple, la SID a lancé une plateforme qui comprend une centaine d’institutions financières pour démontrer les applications productives de la FinTech dans les affaires commerciales suivant les modalités modernes. Elles permettent de réduire les coûts de transaction financière pour ses banques affiliées, les sociétés de crédit-bail, les institutions de microfinance, et elles améliorent les services de conseil qu’offre la SID à ses partenaires.

Oussama Kaissi : La priorité est de permettre une sortie de la crise sanitaire avec le minimum de dégâts humains avant tout, économiques et sociaux. C’est pourquoi l’effort de la communauté internationale et des banques de développement doit être maintenu pour garantir un accès équitable aux vaccins, qui paraît être la seule solution de sortie de crise. Ensuite, il faudrait mettre l’accent sur la relance des PME. Particulièrement, il faudrait encourager l’offre exportable africaine de qualité qui pourra conquérir de nouveaux marchés tels que les pays du Golfe. Aussi, il faudrait doubler d’effort pour subvenir aux besoins colossaux d’infrastructure en Afrique, notamment celles directement liées au commerce international, ports, aéroports, axes routiers…

Le commerce de l’Afrique vers les pays du Golfe ne pourra qu’augmenter étant donné les changements profonds dans les chaînes de valeurs et le développement d’une industrie africaine notamment dans des pays comme le Nigeria, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Sénégal.

Quel est l’apport du Groupe de la BID, vis-à-vis des autres structures ?

Hani Salem Sonbol : L’ITFC et les autres entités du Groupe de la BID forment une banque de développement qui a pour spécificité de mener ses opérations en conformité avec les principes de la finance islamique. C’est une finance alternative intimement liée à l’économie réelle et où l’impact positif sur les populations est primordial. De ce fait, le Groupe de BID dispose d’outils innovants pour faire aux différentes crises, tout en participant au soutien à la résilience économique.

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La BID atténue la prime de risques africaine

Oussama Kaissi : Nous faisons partie de la grande famille des banques de développement ! Le Groupe de la BID donne une importance majeure au partenariat et à la coopération avec la communauté du développement. Il a signé plusieurs accords de coopération et a cofinancé plusieurs projets avec les autres institutions de développement dans le but d’accomplir les Objectifs de développement durables. Le groupe de la BID compte 57 pays membres de l’OCI, avec une présence régionale sur quatre continents. Le Groupe apporte sa capacité à mobiliser des capitaux supplémentaires en vue du financement des investissements et du commerce international, à travers les instruments conformes à la Charia.

En tant que membre, la SIACE œuvre pour l’élargissement de la portée des transactions commerciales et des flux d’investissement entre les pays membres de l’OCI. La SIACE place le partenariat au cœur de son modèle économique. Ainsi, la société travaille en permanence avec ses partenaires stratégiques, telles que les agences de crédit à l’exportation et société d’assurance privées, pour réassurer ou co-assurer ses opérations. Elle travaille aussi avec les institutions multilatérales et régionales pour mobiliser des financements au profit de ses pays membres.

Siège de la BID

Ayman Sejiny : Alors que la croissance mondiale est incertaine et que les déficits publics se creusent, les institutions multilatérales, par leurs efforts coordonnés, s’avèrent essentielles pour mobiliser et canaliser des fonds. Nous pensons que les banques multilatérales de développement, y compris le Groupe de la BID et autres institutions financières internationales, ont la puissance financière nécessaire pour aider les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Elles disposent de fonds d’intervention et de redressement qui aideront à faire face à l’urgence sanitaire et à atténuer les conséquences de la crise. Ces banques jouent également un rôle crucial sur les marchés émergents pour aider à contrecarrer la nature procyclique des marchés financiers : les banques privées ayant tendance à prêter de manière agressive en période de forte expansion, puis à rationner le crédit en période de ralentissement économique. 

Justement, quels sont les secteurs d’activité que vous privilégiez, désormais ?

Hani Salem Sonbol : Nous avons pour vocation de faire progresser le commerce entre les pays membres de l’OCI. Nous agissons dans les secteurs phares des pays membres, notamment l’agriculture, l’énergie, la santé et le secteur privé, surtout les PME. Depuis le début de ses activités en janvier 2008, l’ITFC a déjà octroyé plus de 55 milliards $ pour financer le commerce.

Ayman Sejiny : La SID a commencé ses activités en 1999 et a contribué à financer pratiquement tous les secteurs autorisés du point de vue islamique, à savoir, l’agriculture, l’immobilier, l’industrie, le secteur financier, l’énergie, les infrastructures, la santé, l’eau, le transport, etc. Ses secteurs prioritaires aujourd’hui sont constitués des infrastructures, l’énergie, l’eau, les PME ainsi que toute autre activité ayant un fort impact sur le développement et la promotion de la finance islamique.

Oussama Kaissi : Depuis 2010, la Stratégie de partenariat avec les pays membres définit les axes et les secteurs prioritaires. Il s’agit d’identifier les goulots d’étranglement du pays concerné ainsi que le recours à une approche axée sur les chaînes de valeur, visant à tirer parti des avantages compétitifs intrinsèques du pays pour accélérer la croissance, améliorer la productivité et promouvoir le travail décent. Nous voulons attirer l’investissement privé, tout en optimisant l’utilisation des ressources publiques.

On déplore, en Afrique, une inadéquation des savoir-faire, des compétences, en dépit, dans de nombreux pays, de niveaux de qualifications élevés. Comment combler progressivement ce gouffre ?

Hani Salem Sonbol : Nous sommes conscients de l’inadéquation que vous décrivez. C’est pourquoi, ces dernières années, nous avons considérablement accru nos services d’assistance technique, ciblant des secteurs cruciaux des chaînes de valeur et mettant au cœur de ses programmes la formation et le développement des capacités.

Je vous citais nos plateformes de formation pour les laboratoires de santé. Dans l’agriculture, ITFC a récemment signé un partenariat avec OCP Africa, sous l’égide de l’AATB, ayant pour vocation de former plus de 20 000 agriculteurs ivoiriens aux bonnes pratiques agricoles, en plus d’un soutien matériel et financier. On peut aussi citer le programme « OCP School Lab », produit d’un précédent partenariat entre ITFC et OCP Africa, qui vise à accroître les rendements et les revenus des petits exploitants agricoles sénégalais.

Oussama Kaissi : L’Afrique regorge de talents et de compétences, elles sont tout simplement soit sous-exploitées soit exportées dans d’autres pays dont les conditions et l’écosystème permettent leur épanouissement. Cela expliquerait le gouffre. Les pays africains doivent se montrer plus volontaristes pour développer et conserver le capital humain en investissant dans l’éducation pour les métiers de demain tel que les métiers du digital et l’économie de la connaissance.

Pendant la crise de la Covid-19, la SIACE a maintenu son support aux projets de réhabilitation et de construction des infrastructures éducatives, pour aider ses pays membres à lutter contre le décrochage scolaire, en offrant à la jeunesse africaine des infrastructures de très grande qualité. 

Avez-vous des exemples d’aides spécifiques aux PME ?

Hani Salem Sonbol : Citons l’accord de subvention de 50 000 $ en faveur de La Société́ nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS) afin d’améliorer sa productivité. Nous aidons l’achat de nouveaux équipements destinés à la détermination de la composition en acides gras des huiles alimentaires. Cet investissement a permis notamment à la SONACOS de réduire le temps et les coûts de traitement de la production d’huile d’arachide. La formation du personnel à l’utilisation et à l’entretien de ces nouveaux équipements va lui permettre de mener à bien des recherches sur ses produits.

Sonacos

Plus généralement, le « Programme de l’ITFC pour les PME d’Afrique de l’Ouest », doté d’une enveloppe de 18 millions dollars, a pour objectif de combler le déficit de financement du commerce des PME de la région. Il met à disposition, entre autres, des lignes de financement, et un programme étendu de renforcement des capacités.

Son impact sera positif tant sur les banques que sur les PME. Pour les banques, il augmentera l’offre de produits de financement du commerce, et fournir des outils de formation et d’évaluation aux PME pour démarrer ou renforcer leurs pratiques de prêt. Pour les entreprises, il augmentera considérablement le nombre de PME bancables qui accèdent au financement et renforcera leur capacité à réduire le taux de défaillance sur les prêts bancaires.

Le projet pilote est structuré en deux clusters : le premier, banque et PME dont la mise en œuvre devrait aboutir à l’approbation et au décaissement supplémentaires des banques de financement pour les PME et à la réduction du rejet des propositions de prêt. Le programme a été lancé le 5 septembre 2018 au Burkina Faso avec Coris Bank, dans le cadre de la mise en œuvre du Pôle PME. Le pilote au Burkina Faso a été achevé en considérant la composante PME uniquement avec un taux de réussite de 30%. Ainsi, 30% des entreprises participantes ont été converties de PME rejetées en société ayant reçu un financement.

Le deuxième pilote du programme a été lancé en novembre 2019 à la suite d’un partenariat entre les acteurs multilatéraux, privés et publics pour proposer divers instruments de financement (prêts, garanties de fonds propres et subventions d’assistance technique) pour augmenter les enveloppes de financement et réduire le coût de financement des PME.

Nos partenaires comprennent l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), la Délégation générale à l’entreprenariat rapide – DER (gouvernement du Sénégal) et Coris Bank Sénégal.

En Afrique de l’Ouest, le « Programme de l’ITFC pour les PME », doté d’une enveloppe de 18 millions $, a pour objectif de combler le déficit de financement du commerce des entreprises. Il met à disposition des lignes de financement, et un programme étendu de renforcement des capacités.

Environ 200 PME sénégalaises multisectorielles seront sélectionnées par phases (2020 et 2021), dont au moins 40 entreprises dirigées par des femmes. Elles participeront à un programme de quinze mois qui comprendra un soutien pré et post-financement consistant en d’assistance technique à la préparation des projets, à la soumission des demandes de prêts et au suivi post-financement des projets.

Dans le cadre de la crise sanitaire, le projet a été repositionné pour donner la priorité aux PME impliquées dans la santé et aux secteurs qui atténuent les contraintes créées par les interruptions d’écoles et les fermetures de magasins. La combinaison de différents instruments financiers et d’une assistance technique contribuera à augmenter le volume de financement avec des risques limités pour les banques et une réduction des coûts pour les PME.

Au 29 avril 2021, deux cohortes de 60 PME étaient en cours d’évaluation par les partenaires du programme. Les PME sont formées aux techniques de gestion du fonds de roulement et à la gestion de crise, ce qui leur permet d’atténuer les impacts de la crise. 50 PME supplémentaires seront formées d’ici à décembre 2021.

En ce qui concerne le volet bancaire, il a été achevé pour Coris Bank Burkina Faso et Coris Bank Sénégal en décembre 2020. Le projet est en cours d’exécution pour la composante PME au Sénégal et l’ITFC s’emploie à mettre en œuvre son programme en Côte d’Ivoire. Des discussions sont en cours avec Bridge Bank et avec le ministère du Commerce.

MALU

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