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African Banker

Yves Eonnet : Au service d’une banque illimitée

Accélérer l’entrée des banques dans le digital et amplifier l’inclusion financière, tel est le pari de la plateforme de cloud computing TagPay. Yves Eonnet, PDG de TagPay présente ses solutions pour élargir une clientèle connectée, sécuriser les données des banques et faire face à la concurrence des GAFA.

Par Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

TagPay au cœur de l’univers et de la révolution digitale. Quel est votre concept et comment vous définir ?

TagPay est un éditeur de logiciels qui répondent aux besoins des banques ; celles-ci entrent dans un nouveau cycle technologique qu’on appelle le cycle digital. La société est donc un acteur du monde des banques qui leur fournit tous les outils pour entrer dans le XXIe siècle.

Quel est le sens de ce qu’on appelle la chaîne des valeurs bancaires ? Comment traduit-elle votre positionnement ?

Avant tout, la banque est un acteur indispensable de l’économie et, bien sûr, de l’économie africaine. Pour des raisons historiques, culturelles et technologiques, elle a eu énormément de mal à s’implanter dans l’ensemble de la population. Notre valeur, ce que nous apportons, ce sont des outils pour que la banque participe à la vie des gens et devienne un compagnon de leur vie.

La banque classique est menacée par le monde auquel vous appartenez, la digitalisation et la néobanque qui naît avec…

Pendant des dizaines d’années, la banque a été contrainte par la technologie. Elle devait installer une agence, donc avoir des investissements très importants et ne pouvait servir que les urbains et pas l’ensemble de la population, ce qui est sa mission. Grâce à la technologie, elle a accès à des processus et à des façons de faire qui sont puissants et bon marché. La rentabilité est au rendez-vous, et on peut ainsi servir les clients de façon plus efficace et plus adaptée à leurs attentes tout en ayant un équilibre économique viable.

Qu’est-ce qui pousse ces acteurs à vous faire confiance et à vous choisir comme fournisseur ?

Pour une rupture comme celle que j’ai décrite, les nouveaux entrants doivent asseoir une réputation, devenir crédibles et être des acteurs de confiance pour les banques. Nous existons depuis quinze ans et la seule façon de faire est de convaincre de grands acteurs de la finance. Ils nous permettent de prouver à l’ensemble du marché, comme nous l’avons fait avec la Société Générale, la Banque Postale, Trust Merchant Bank, Coris Bank, que nous sommes des gens de confiance.

Comment votre univers est-il structuré ? Est-il « borné » ?

Nous sortons des bornes justement ! Nous avons construit une plateforme, un logiciel dans le Cloud qui n’a pas besoin d’être dans un serveur physique de la banque cliente. Elle a pour qualité d’être incroyablement modulaire et ouverte.

La banque d’autrefois était limitée par sa structure, celle que nous proposons est illimitée car dès qu’elle a besoin de nouvelles fonctions, partenaires ou services, nous savons les intégrer dans cette structure qui a été conçue pour cela.

Quand une banque installe un système informatique, elle vit au rythme des nouvelles versions tous les deux ou trois ans. Dans nos technologies, les mises à jour sont faites tous les deux mois comme le font les GAFA.

La plateforme proposée est indépendante du serveur. Si un client veut utiliser ce système à son domicile, nous savons le faire. Ce même logiciel est situé chez des gens dont c’est le métier d’héberger des plateformes. Le Cloud est une architecture, une façon de concevoir les produits pour qu’ils soient indépendants du lieu où ils sont hébergés.

On voit l’Afrique comme une terre de conquête pour le Mobile banking mais sur le continent la bancarisation se situe entre 10% et 15%. La fracture numérique est claire…

La fracture est bancaire et non pas numérique ! 100% de la population africaine a un téléphone mobile. Ce ne sont pas tous des smartphones certes mais nos technologies sont compatibles avec tous les téléphones et toute personne peut donc recevoir et faire des transferts d’argent, payer des factures, gérer son épargne.

Qu’est-ce qui poussera l’Afrique à aller plus vite dans sa volonté de digitaliser tous les services et les secteurs de l’économie ? Cet enjeu a aussi un coût.

Quand on lance une entreprise avec une nouvelle offre rentable, un coût c’est un investissement pour gagner de l’argent. Ce n’est pas un obstacle.

Le plus important tient dans l’impact que les banques digitales auront sur l’économie. Il faut que l’argent sorte des matelas et aille dans les banques qui financeront les entreprises qui créeront des emplois. Nous essayons de construire ce cercle vertueux.

Ce qui va pousser la banque à agir, ce sont ce que j’appelle des aiguillons. Ce sont par exemple les opérateurs télécom qui font des Wallets et des transferts d’argent. Ce sont Google et Facebook qui travaillent sur des solutions bancaires. Autant de stimulants pour que la banque bouge car les personnes sans service bancaire à portée de main prendront le premier service disponible.

Un autre enjeu se pose à l’Afrique, certains parlent de pillage des cerveaux. Tout tourne autour des ingénieurs et des informaticiens et l’on se bat pour les avoir. Comment éviter cette dispersion d’énergie pour l’Afrique alors qu’elle a besoin de ses forces vives ?

Chez TagPay, nous mesurons notre impact social dans les pays où nous travaillons. Ceci implique le nombre d’emplois créés grâce à notre technologie. Celle-ci génère du travail car nous offrons une base appelée le Core banking mais la banque se voit offrir des dizaines d’extensions comme des applications pour smartphones. Tout est conçu pour que le développement soit fait en local par des intelligences et du savoir-faire africains.

Avec la digitalisation apparaissent des fragilités et des failles de système. Comment aujourd’hui garantir la non-violation des données ?

En tant qu’experts, nous mettons énormément d’énergie dans la lutte contre les attaques et la fraude. Quand une banque fait héberger son système dans le Cloud, elle bénéficie de toute une expertise de sécurité. La plus dangereuse des attaques est l’attaque interne d’un système d’information. Quand on héberge un système dans le Cloud, on a résolu une très grande partie de ce problème. Nous travaillons en permanence sur de nouvelles idées pour garder un temps d’avance sur les hackers et les fraudeurs, mais il n’y a pas de sécurité absolue.

Vous tenez un discours euphorique et optimiste sur l’Afrique. Quelle est la réalité de votre implantation sur le continent ? Et quelle est la géographie de votre présence ?

TagPay est aujourd’hui présente dans une quinzaine de pays et compte de très gros clients comme la Société Générale qui a ouvert ses filiales Yup dans sept pays, de Madagascar au Sénégal. Trust Merchant Bank au Congo utilise nos technologies de manière à assurer l’inclusion financière des populations.

Nous avons de nouveaux développements très enthousiasmants comme en Mauritanie avec la banque BMCI qui a fait appel à nous, en mars 2020, en plein confinement. Nous avons dialogué avec ses équipes uniquement par les réseaux et avons vendu et installé le système bancaire et le lancement a eu lieu.

Le plus important tient dans l’impact que les banques digitales auront sur l’économie. Il faut que l’argent sorte des matelas et aille dans les banques qui financeront les entreprises qui créeront des emplois. Nous essayons de construire ce cercle vertueux.

En Afrique, se posent aussi des questions de formation, et surtout des métiers à développer pour la néobanque et des besoins en digitalisation, notamment.

Nous jouons un petit rôle dans cela car nous formons les cadres à l’utilisation de nos technologies pour qu’ils puissent faire leur métier. Nous travaillons aussi avec des labos qui utilisent les ouvertures de plateformes appelées API. Ce sont des connecteurs qui permettent de développer de nouveaux services. Un troisième axe est de nous rapprocher des écoles d’ingénieur et d’informatique africaines chez qui nous pourrions installer des « bacs à sable » (Sandbox) c’est-à-dire des plateformes d’entraînement pour se former.

On voit aujourd’hui le poids des GAFA qui s’engagent dans les métiers de la néobanque ; comment supporterez-vous la concurrence de ces poids lourds ?

C’est une question essentielle. Ces acteurs ne sont pas nos concurrents mais ceux des banques et notre métier est d’apporter aux banques tous les outils pour qu’elles puissent faire face. Ce sera évidemment difficile, mais la banque doit s’équiper des armes nécessaires et d’outils même supérieurs à ceux des GAFA. Son avantage est de connaître son métier tandis qu’eux doivent tout apprendre.

En Afrique se pose la question du big data car ses données ne lui appartiennent pas. Comment le continent aujourd’hui peut-il s’approprier ses propres données ?

Pour être un peu technique, quand on parle à un banquier africain, on lui explique que l’information qu’il mettra sur le cloud lui appartiendra. Ce sera sa data et personne n’y touchera car elle n’est accessible qu’à lui et aux outils dont il dispose et qui lui permettent de créer de la valeur.

HBY et NB

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