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African Banker

Habib Karaouli : Des bienfaits de la « stratégie du second rôle »

Le PDG de Cap Bank Tunisie, Habib Karaouli, appelle les banquiers et les pouvoirs publics de son pays à accélérer la numérisation. Détaillant le positionnement spécifique de sa banque d’affaires et de conseils, il appelle également à une plus forte ouverture vers l’Afrique.

Propos recueillis par Hichem Ben Yaïche et Nicolas Bouchet

Quels sont le bilan d’activités de Cap Bank Tunisie et son fonctionnement ?

Cap Bank est une banque d’affaires créée en 1997 à la faveur d’une décision du gouvernement tunisien d’entamer un travail de restructuration des entreprises, notamment publiques, et de déréglementer l’activité économique. Elle a été créée à l’initiative de huit banques, trois tunisiennes et cinq étrangères, pour accompagner ces restructurations d’entreprises publiques et procéder en sale side ou en buy side à des opérations de conseil.

« Chaque opportunité montrer le foisonnement d’idées et d’innovations dans les start-up permet de démontrer les expériences qui peuvent être des sources d’inspiration pour le système bancaire tunisien. Lequel regarde beaucoup plus vers le Nord, mais sans l’imiter, en conservant des pratiques domestiques. »

Nos activités comprennent le conseil, la fusion-acquisition, les introductions en Bourse et les opérations de restructuration des entreprises. Nous pratiquons aussi tout ce qui touche au financement des entreprises, à court terme sous forme de crédit-relais et de portage. Enfin, nous œuvrons dans le domaine du Private equity, en intervenant dans les bilans des entreprises et en prenant des participations minoritaires pour les accompagner pendant cinq ans au maximum, le temps qu’elles retrouvent de la vigueur.

Quel est le degré d’efficacité en matière d’action et d’affaires ? Et quelle est votre implication dans le tissu économique ?

Quand la banque a commencé à travailler, on ne nous prenait pas au sérieux. Pour les opérations les plus importantes, même les autorités faisaient appel à des banques étrangères ! Au départ, nous ne pouvions pas soumissionner aux grandes opérations. J’ai développé une théorie de management dont je suis fier et que j’ai appelé « la stratégie du second rôle ».

Nous avons recherché des partenariats avec de grandes banques d’affaires pour nouer des accords en Tunisie jusqu’à ce qu’on apprenne le métier, qu’on acquière et développe les prérequis techniques demandés par les donneurs d’ordre, et qu’on puisse soumissionner seuls. Nous avons eu la chance de travailler sur les plus grosses opérations de privatisation et d’entrée de partenaires stratégiques en Tunisie. Dans le domaine des télécoms, nous avons eu le privilège de travailler sur l’opération d’augmentation de capital de 35% de Tunisie Telecom. Nous avons participé à une cession à hauteur de douze fois l’Ebitda, ce qui est un record mondial pour une cession de ce type.

Vous vous appuyez sur une certaine technicité vous permettant d’entrer dans les dossiers, mais non sans contraintes. Qu’en est-il du bilan de Cap Bank après un an de crise sanitaire ?

Nous avons eu de la chance et la crise ne nous a pas trop affectés. Nous avons changé de position sous l’effet de la crise. Nous avions un niveau de dépendance à la commande publique qui s’élevait jusqu’à 80% de notre chiffre d’affaires. Nous avons senti les mutations qui allaient s’opérer sur le marché tunisien et avons basculé complètement pour privilégier les grands groupes tunisiens. Cela en faisant du conseil permanent sous forme d’abonnement et en accompagnant les PME et PMI tunisiennes. Aujourd’hui, plus de 90% de notre activité provient du secteur privé. Nous avons aussi développé l’activité de Private equity de manière substantielle en créant des fonds d’investissement. Le troisième fonds a un focus sectoriel qui suit notre lecture du développement macroéconomique tunisien et concerne l’innovation, la robotique, l’IA, l’aéronautique, la biotechnologie, l’industrie pharmaceutique… tout ce qui fait le futur et est consubstantiel de l’industrie 4.0.

Avec ses 24 banques, le FMI et les bailleurs pointent du doigt le système bancaire et financier tunisien pour être enfermé dans un certain conservatisme. Comment expliquer ces pesanteurs, dans un pays qui a grand besoin de vitalité ?

 Vous mettez le doigt sur ce que je considère être les deux faiblesses majeures du système bancaire tunisien. D’abord l’atomisation : 24 banques, c’est beaucoup et paradoxalement nous avons un des taux de bancarisation les plus faibles, à peine 36%. Si on affine l’analyse pour aller vers la catégorie des 18-25 ans, ce taux est d’à peine 9%. C’est dire le chemin à parcourir pour l’inclusion financière, en particulier des catégories professionnelles à bas revenus, des étudiants et des femmes. La concentration ensuite : six banques seulement concentrent 73% du produit net bancaire et 75% des dépôts, et presque 75% des crédits accordés aux PME, aux PMI et aux particuliers.

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