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Georgieva et Adesina dénoncent « un désastre pour l’Afrique »

Georgieva et Adesina dénoncent « un désastre pour l’Afrique »
  • Publiéoctobre 6, 2023

Les prêts adossés aux ressources naturelles ne sont pas transparents, sont coûteux et rendent difficile le règlement de la dette, jugent la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, et Akinwumi Adesina, président de la BAD.

 

À l’approche des assemblées générales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva s’est entretenu avec le président de la BAD (Banque africaine de développement).

C’est la première fois qu’un directeur du FMI se rend au siège de la Banque depuis sa création en 1964. En réponse aux propos de son hôte, Kristalina Georgieva a fermement invité les pays d’Afrique à cesser d’emprunter des prêts garantis par leurs ressources naturelles.

« Si cette initiative réussit, nous verrons une expansion significative de la capacité financière des pays, même au-delà de nos années de mandat ! »

Selon Akinwumi Adesina, en effet, « les prêts adossés aux ressources naturelles ne sont pas transparents, sont coûteux et rendent difficile le règlement de la dette ». À son sens, si la tendance se poursuit, « ce serait un désastre pour l’Afrique ».

Kristalina Georgieva a répondu que l’équipe de direction du FMI allait procéder « à une évaluation approfondie » de cette question. « Nous parlerons d’une voix forte pour dire aux pays de ne pas ouvrir des voies à des prêts prédateurs et asservissants. »

La question serait également débattue lors de la table ronde mondiale sur la dette souveraine, qui réunit des créanciers bilatéraux, des créanciers privés et des pays emprunteurs. Cette table ronde est coprésidée par le FMI, la Banque mondiale et la présidence du G20. L’Union africaine a rejoint le G20 en septembre en tant que membre permanent.

D’autre part, la directrice du FMI a déclaré qu’elle se rendait en Afrique à un moment où le continent est très prometteur pour une croissance plus dynamique dans le monde. Les Assemblées générales des « Institutions de Washington » se dérouleront du 9 au 15 octobre 2023 à Marrakech.

« Nous nous concentrons souvent sur les défis auxquels le continent est confronté parce que c’est ici que l’impact du changement climatique est beaucoup plus grave, où l’instabilité macroéconomique et financière et la dette sont amplifiées. »

 

Mieux orienter les DTS

Et la directrice du FMI : « Nous voulons nous concentrer sur les opportunités en Afrique pour la simple raison que les capitaux se trouvent dans le Nord et qu’une population jeune se trouve dans le Sud, principalement ici en Afrique. Si nous ne construisons pas un pont pour que les capitaux puissent circuler là où ils sont le plus nécessaires, cela pourrait conduire à un problème plus important. »

De son côté, Akinwumi Adesina a salué les « efforts audacieux » déployés par le directeur du FMI et la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, au plus fort de la pandémie en 2021, pour soutenir l’économie mondiale en allouant 650 milliards de dollars en DTS (Droits de tirage spéciaux).

Cela étant, l’Afrique, qui compte plus de 1,2 milliard d’habitants, a reçu environ 33 milliards de dollars de DTS, soit seulement 5 % de l’allocation totale, la plus petite portion parmi les différentes régions du monde.

C’est pourquoi la BAD continue de mener des discussions et de développer des modèles qui permettront de réacheminer les DTS par l’intermédiaire des banques multilatérales de développement. Ces dernières peuvent multiplier ces ressources par trois ou quatre par rapport à leur valeur initiale. BAD et le FMI travaillent de concert sur une initiative qui pourrait permettre de canaliser les DTS par l’intermédiaire des banques multilatérales de développement.

« Avec la Banque interaméricaine de développement, nous avons mis au point un modèle qui répond au statut d’actif de réserve du FMI. Si vous acheminez 5 milliards $ par l’intermédiaire de la banque, nous utiliserons notre pouvoir de levier et cela pourrait facilement se transformer en 20 milliards $ de nouveaux financements pour l’Afrique », a expliqué le président de la BAD.

À son sens, cette initiative apporterait un soutien indispensable aux pays d’Afrique où la dette post-pandémique reste un défi majeur. « La situation est plus grave pour les pays à faible revenu ; lesquels sont également les plus vulnérables au monde face au changement climatique. »

Kristalina Georgieva, qui a publiquement soutenu l’initiative évoquée sur les DTS, a déclaré que les deux institutions continueraient à travailler ensemble pour trouver des moyens de déployer les DTS en tant que capital hybride. « Si cela réussit, nous verrons une expansion significative de la capacité financière des pays, même au-delà de nos années de mandat ! » Cette initiative a également reçu le soutien du secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Enfin, la directrice du FMI a salué l’initiative de la BAD, en collaboration avec l’Union africaine, visant à créer un mécanisme africain de sécurité financière pour protéger le continent contre les chocs exogènes tels que l’impact de Covid-19.

En effet, a regretté Akinwumi Adesina, « l’Afrique est la seule région du monde qui ne dispose pas d’un filet de sécurité contre les chocs. L’Europe l’a. L’Asie l’a. L’Amérique l’a. Le Moyen-Orient l’a. »

@AB

Écrit par
Kimberley Adams

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