Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

African Banker

Top départ à la finance islamique

Les « produits finance islamique » en Algérie seront homologués. L’État compte sur le déploiement de cette niche pour améliorer la bancarisation. Les spécialistes se montrent sceptiques.

Par Samia Lokmane-Khelil 

Plusieurs banques algériennes ont annoncé ces derniers mois, la mise sur le marché de produits de finance islamique. La Banque algérienne de développement rural a indiqué que des crédits sans intérêt seront accordés aux agriculteurs pour accéder aux différentes formules de prêt logement et pour l’achat du matériel agricole.

Son président a fait savoir que toutes les agences seront pourvues de guichets, dédiés à la finance participative. Les établissements étrangers comme BNP-Paribas ont également dévoilé leur intention depuis un moment déjà, d’exploiter la filière « Hallal ».

Sur le plan légal, tout est prêt. Le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC) a approuvé, en novembre 2018, un règlement définissant les règles applicables aux produits de la finance islamique. Il est même question de créer une instance religieuse nationale pour encadrer cette activité. Le projet élaboré par le Haut conseil islamique a été remis à la Banque d’Algérie. 

Une panoplie de produits ne donnant pas lieu à la perception et au versement d’intérêts devra être proposée aux clients, comme la Mourabaha (vente), la Moucharaka (association), la Moudaraba (partenariat d’investissement), l’Ijara (crédit-bail), l’Istisna’a (financement progressif) ainsi que les dépôts en comptes d’investissement. 

La généralisation de produits hallal nécessite la modernisation des pratiques bancaires et des organismes de contrôle et de conformité. Sachant que la finance islamique ne constitue pas une solution miracle, elle augmente le volume des crédits mais pas la bancarisation. 

Le président du Haut conseil islamique, Bouabdallah Ghlamallah précise que « la finance islamique permettra aux citoyens d’épargner leur argent sans aucun souci concernant les intérêts usuraires ». Le HCI a d’ailleurs pris en charge la formation d’agents du secteur bancaire pour les familiariser avec les règles de la finance islamique. Les banques comme le gouvernement comptent beaucoup sur les produits financiers hallal pour attirer plus de clients et mobiliser des capitaux supplémentaires pour financer l’économie. 

Partage des pertes et des profits 

« Dans la conjoncture actuelle marquée par la rareté de la ressource et face à une demande constante de croissance, cela rend indispensable la réflexion pour l’introduction et le développement de nouveaux instruments de financement en vue de compléter et de renforcer la panoplie des instruments classiques déjà existants », a fait savoir le ministre des Finances, Abderahmane Raouya.

Les autorités algériennes estiment à environ 10 milliards d’euros le volume de liquidités qui circule dans le circuit informel. Il est détenu en partie par des personnes qui estiment que les pratiques bancaires universelles sont incompatibles avec les prescriptions de la Charia (qui proscrit le taux d’usure (« Riba ») et prône le principe des trois P : le partage des pertes et des profits de la part des contractants. 

« Une demande est exprimée depuis longtemps, sur la base de convictions personnelles, considérant que le taux d’intérêt est suspect du point de vue de sa proximité avec le riba. Des dizaines de milliers de particuliers et d’entreprises, pour des convictions personnelles, sont mal à l’aise, lorsque les pratiques bancaires sont assorties d’un taux d’intérêt fixe », explique Abderrahmane Benkhalfa, ancien ministre et ex-président de l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF). 

Une réglementation à peaufiner 

Selon lui, la généralisation de produits bancaires hallal nécessite la modernisation des pratiques bancaires et la mise en place d’organismes de contrôle et de conformité. Pour autant, la finance islamique ne constitue pas une solution miracle. « Les expériences des autres pays montrent que la finance islamique permet la progression des octrois de crédits, mais pas la bancarisation », observe l’ancien ministre. 

Mourad El Beseghi, expert financier, rappelle que la finance islamique dans le monde est à ses premiers balbutiements, avec un encours faible, de 1 % par rapport au total. « Cette pratique est surtout observée dans les pays du Moyen-Orient, de la Malaisie de l’Iran et de la Turquie qui représentent presque l’essentiel de l’encours total de la finance islamique. »

Mourad El Beseghi estime que l’évolution de cette niche dépend de la réglementation : « Les utilisateurs des produits islamiques en Algérie, considèrent que les coûts, marges, rémunérations et autres pour l’intermédiation sont trop élevés et constituent un frein au développement des produits financiers compatibles. Ce coût est certainement lié aux charges de fonctionnement de ces banques, mais il est évident qu’un encadrement plus soutenu par la Banque d’Algérie avec une stabilité réglementaire, serait de nature à permettre, à terme, une réduction de ces coûts et un développement graduel de ces produits financiers. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts